Mayotte

Accord de sortie de crise à Mayotte

Des baisses de prix et des subventions de l’Etat

Céline Tabou / 22 décembre 2011

Selon la presse mahoraise, le conflit sur la cherté de la vie vient de prendre fin par un accord signé entre l’intersyndicale et le patronat de Mayotte le mardi 20 décembre. Mayotte a vécu 44 jours de grève, marquée par de violents affrontements entre policiers et manifestants. Le mouvement avait été suspendu le 9 novembre puis avait repris lundi.

Malgré l’aggravation de la situation, la lassitude des Mahorais face à une situation injuste s’est fait ressentir lors de la dernière manifestation, qui a réuni une soixantaine de personnes, venues essentiellement des villages du Nord de Mayotte. « Les gens n’ont pas de nouveaux éléments sur lesquels ils peuvent juger utile de se mobiliser en masse. Ils ont des tas de soucis et de préoccupations », avait déclaré à l’“Agence France Presse” Ansoir Abdou, leader du Collectif des citoyens perdus, une des associations ayant appelé à la mobilisation. Vis-à-vis de cette faible mobilisation, l’intersyndicale (CGT Ma, Cisma-CFDT, CFE-CGC) a décidé de signer l’accord de sortie de crise sous peine de se voir accusée d’avoir entrainé l’effondrement de l’économie de Mayotte « pour rien ».

Les distributeurs s’en sortent bien

Les représentants de la grande distribution et du patronat se sont entretenus avec les représentants de l’intersyndicale et des associations de consommateurs, sous l’égide d’un médiateur du gouvernement et ancien préfet de l’île, Denis Robin, pour signer le protocole de fin de grève. Suspendu le 9 novembre dernier, le protocole n’était pas signé et aucune mesure n’avait été mise en application en dehors des « bons Penchard » qui avaient été une offense pour les Mahorais, qui s’étaient vu autoriser seulement pour certains foyers à des réductions de prix de 5 euros sur quelques produits de première nécessité pour quelques semaines.
Le protocole oblige « les entreprises du secteur de la grande distribution, de vente de sable et de gaz à accepter de réduire les prix de 11 produits de première nécessité » et « l’État s’engage pour accompagner ces baisses à apporter un soutien au pouvoir d’achat des familles modestes » dans l’attente de l’arrivée du RSA à Mayotte.

Depuis Paris, la ministre de l’Outre-mer, Marie-Luce Penchard, « s’est félicitée » de la signature de cet accord « qui valide le processus de médiation mis en place, à savoir la mission confiée à Stanislas Martin sur la fixation des prix, et à Denis Robin, ancien préfet de Mayotte. […] Je suis toujours au travail pour Mayotte et les Mahorais sur deux chantiers très importants : le plan de relance de l’économie et celui de la départementalisation ». Cette dernière s’était fait remarquer par son mépris flagrant à l’encontre des Mahorais en tenant un discours décalé et ayant mis le feu aux poudres à l’aéroport.

Baisse de prix des produits alimentaires

Les baisses sur les prix concernent neuf produits alimentaires de première nécessité (ailes et cuisses de poulet, riz, bœuf congelé, farine, huile végétale et de palme, tomates en boîte, lait et sardines), s’appliqueront jusqu’au mois de mars et non définitivement comme voulu. Le protocole concède en cas de rupture de stock le remplacement de celui-ci. Le bon déroulement cette mesure sera surveillé par la DIECCTE-CCRF de Mayotte (Direction des Entreprises, de la Concurrence, de la Consommation, du Travail et de l’Emploi) selon « les cotations officielles à sa disposition ».
Le prix du gaz sera fixé par la préfecture et bénéficiera d’une subvention de l’État. Il passera de 26 et 31 euros actuellement, selon le distributeur, à 24 et 25 euros, desquels on pourra encore déduire les 5 euros des « bons Penchard ». Tous les distributeurs du réseau Somagaz devront afficher à leur niveau le prix maximum « afin d’éviter une dérive des prix ». Du côté des “Doukas”, petites boutiques de quartier, et sur les différents marchés de Mayotte, de nombreux produits vendus jusqu’à deux fois plus cher devront également baisser leurs prix.

Contribution de l’État

Le protocole indique que « L’État s’engage pour accompagner ces baisses à apporter un soutien au pouvoir d’achat des familles modestes dans l’attente du premier versement du RSA », qui doit intervenir en mars 2012, par le biais de bons d’achat (50 euros par foyer) et des aides à l’acquisition d’une résidence principale, notamment.
Préférant venir en aide aux entreprises, la ministre chargée de l’Outre-mer, Marie-Luce Penchard, a décidé de mettre en place un dispositif de soutien aux sociétés de Mayotte dont l’activité a été fortement perturbée par le mouvement social : « en complément du plan de relance de l’investissement public que j’ai proposé aux élus, j’ai tenu à apporter un appui immédiat aux entreprises en difficultés à Mayotte, pour éviter le cercle vicieux de dépôts de bilan et d’augmentation du chômage ». En dépit de ces mesures, la cherté de la vie devrait refaire surface avec la crise de la dette française et les conséquences des trois plans de rigueur mis en œuvre par l’UMP.

Céline Tabou


A La Réunion, on attend toujours

Malgré les multiples appels de Jean-Hugues Ratenon de l’Alliance réunionnaise contre la pauvreté (ARCP), l’État est resté sourd aux demandes de baisse des prix du gaz et de l’essence. De plus, le débat sur les prix élevés des produits alimentaires n’a toujours pas été ouvert par le préfet, malgré les demandes des syndicats et des associations de consommateurs. Faudra-t-il un mouvement de colère comme celui des Mahorais pour que la question de la cherté de la vie soit prise en considération à La Réunion ?


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