Mayotte

“Albalad” : le premier quotidien publié à Mayotte

La naissance d’un nouveau confrère dans notre région

Témoignages.re / 2 septembre 2010

50 salariés, 24 pages en quadrichromie, tiré à 5.000 exemplaires, distribué à 95% gratuitement, paraissant tous les jours, “Albalad” a fait son entrée dans le paysage médiatique de Mayotte le 19 juillet 2010. Le journal appartient au Groupe Al Waseet International (AWI) dirigé par l’homme d’affaires franco-syrien Bashar Kiwan, par ailleurs directeur général de Comoro Gulf Holding (CGH) qui, entre autres activités économiques, publie, dans l’Union des Comores, “Albalad Comores”. Les deux entités ont quasiment les mêmes actionnaires, des personnalités principalement issues des pays du Golfe. Dans un rapport confidentiel que s’est procuré Imaz Press Réunion, le Service départemental d’informations générales (SDIG — ex–renseignements généraux) de Mayotte réagit. Enquête.

“Albalad” (Le Pays en arabe) paraît à Mayotte depuis le19 juillet 2010. Il s’agit du premier quotidien à s’implanter dans l’île. Sa pagination est de 24 pages en quadrichromie. Annonçant un tirage à 5.000 exemplaires, il est en principe vendu à 1 euro, mais « 95% des journaux sont distribués gratuitement », reconnaît la Direction du journal. Le journal est écrit et fabriqué par une cinquantaine de professionnels.
Il appartient à la branche France du Groupe Al Waseet International (AWI) dirigé par l’homme d’affaires franco-syrien Bashar Kiwan. Lequel est également directeur général de Comoros Gulf Holding (CGH), une entité économique solidement installée aux Comores. Le journal “Albalad”, édition comorienne, pour le moins bienveillant à l’égard du pouvoir en place, est distribué gratuitement dans l’archipel.

Les ex-renseignements généraux accusent…

C’est sans doute ce qui a attiré l’attention du Service départemental d’informations générales (SDIG — ex–renseignements généraux) de Mayotte. Dans un rapport confidentiel daté du 12 mai 2010 et en possession d’Imaz Press Réunion, il estime que « la vigilance doit rester de rigueur, concernant un groupe à capitaux, sinon douteux, du moins de provenance incertaine ou de pays musulmans dont les motivations exactes restent à comprendre ».
Richard Vincent, directeur de la publication d’“Albalad Mayotte” et responsable de projet pour Al Waseet International, réfute toute activité plus ou moins trouble. Il explique, en substance, que l’implantation du quotidien dans l’île aux parfums trouve son origine dans celle d’“Albalad Comores” publié dans l’archipel depuis près de deux ans. Comme « AWI souhaitait se développer en France, c’est tout naturellement que nous nous sommes tournés vers Mayotte. Non seulement pour son appartenance à la France, mais aussi pour son profond lien avec les îles voisines des Comores », commente-t-il. Il poursuit : « Le format quotidien n’existait pas jusqu’alors à Mayotte. Nous voulions proposer un nouveau produit aux Mahorais ».

Un accueil favorable du Conseil général mahorais

Les premiers contacts entre le monde économique mahorais, en l’occurrence la Chambre de commerce de Mayotte, et le groupe fondé par Bashar Kiwan ont lieu en novembre 2009. En janvier 2010, deux représentants de AWI, Richard Vincent, et Maher Nasser, un autre cadre du groupe, « multiplient les rendez-vous avec des responsables économiques afin de discuter de diverses pistes d’implantation dans les secteurs de la banque, de la presse et de la pêche », écrit le SDIG dans son rapport confidentiel remis à la Préfecture de Mayotte. À noter que, volontairement ou pas, l’auteur de la note administrative parle du Groupe CGH et non pas de AWI. Sans doute parce que les deux entités sont dirigées par Bashar Kiwan et qu’elles ont quasiment les mêmes actionnaires.
Les prises de contact d’AWI débouchent sur la signature d’un bail de location de bureau à l’étage de l’immeuble Mega à Kawéni, un quartier de Mamoudzou, le chef-lieu de Mayotte. AWI poursuit ses rencontres avec le monde économique, politique et administratif de Mayotte. Le 7 mai 2010, Richard Vincent présente à Michel Taillefer, président du MEDEF mahorais, les projets immédiats et concrets de son Groupe. A savoir « la diffusion d’un journal gratuit, la parution d’une version mahoraise du journal “Albalad”, un magazine genre “people”, un hôtel à destination des cadres de passage et la mise en place d’une filière pêche », écrit le SDIG dans son rapport. Il ajoute : « de son côté, la Direction du développement du Conseil général a contacté des entreprises locales afin de les sensibiliser de manière favorable de la venue à Mayotte » du Groupe.

« La rentabilité d’ici quelques années »

L’implantation de AWI à Mayotte se concrétise le 19 juillet 2010, avec la parution du premier numéro d’“Albalad”. Comme l’édition comorienne, le quotidien propose 24 pages d’informations (actualité locale, nationale, internationale, sport, dossiers…), plusieurs rubriques et des pages en quadrichromie.
D’abord distribué gratuitement, il est désormais vendu en kiosque à 1 euro. La distribution demeure pourtant gratuite pour les entreprises et les administrations. « Nous voulons que la clientèle s’approprie le journal », affirme Richard Vincent. « À l’heure actuelle, 95% de nos journaux sont distribués gratuitement. Mais dans les prochaines semaines, le journal sera vendu à 1 euro pour tous », explique le directeur de publication. « Nous espérons parvenir à la rentabilité d’ici quelques années », ajoute-t-il. La société de presse propose deux autres revues : un hebdomadaire d’annonces gratuites (Waseet) et un mensuel "people" (Layalina) imprimé sur papier glacé et vendu à 5 euros.
Une gageure dans une île où il n’existe pas de tradition pour l’achat d’une presse quotidienne (les journaux locaux sont hebdomadaires) et où le pouvoir d’achat des lecteurs potentiels ne leur permet pas forcément de "dépenser" 1, voire 5 euros pour acheter un journal. À cela s’ajoute le coût de fabrication des publications. « Tirer à 5.000 exemplaires, un journal de cette qualité a un coût important à Mayotte », explique un journaliste mahorais anonyme. Selon ce même journaliste, « la Direction d’“Albalad” ne fait même pas payer ces publicités ». « C’est faux », répond Richard Vincent. « Les annonceurs payent leurs espaces publicitaires. Les recettes commencent même à être extrêmement significatives », se réjouit le directeur de la publication.

"Albalad" ouvert à toute vérification

Ce modèle économique intrigue les policiers de la France. « L’installation effective du Groupe CGH (l’auteur de la note associe toujours CGH à AWI - NDLR) à Mayotte n’est pas sans laisser interrogatif, même si les financements apparaissent réels, tant sur la provenance des fonds (…) que sur les conséquences de la main mise de capitaux "arabes", donc islamiques, dans une île déjà à 95% musulmane où la venue de "prédicateurs" avertis pourrait être un facteur de déstabilisation », note très crûment le rapport. « Les enquêteurs peuvent venir vérifier nos comptes s’ils le veulent », rétorque Richard Vincent. « Je ne vois pas ce qu’il y a de douteux dans un virement interne effectué par AWI France, par le biais d’une banque située à Paris, la HSBC, sur le compte BFCOI de AWI installé à Mayotte. Nous n’arrivons pas sur l’île avec des valises pleines d’argent », lâche le directeur d’“Albalad”. Il précise que le groupe de presse est présent dans 17 pays et 50 villes dans le monde. Il emploie 5.000 salariés.

Imaz Press Réunion (www.ipreunion.com)


Déjà d’importants investissements dans l’Union des Comores

Aux Comores comme dans d’autres pays de notre région et du continent, le déclin des anciennes puissances coloniales européennes est indiscutable, et les partenariats se nouent désormais avec les pays du Golfe, l’Inde, la Chine, les Etats-Unis ou le Canada entre autres. L’implantation de Comoro Golf Holding aux Comores est donc sans doute déstabilisante pour ceux qui n’arrivent pas à comprendre que le monde est en train de changer.

Comoro Golf Holding est présent dans le secteur bancaire de l’archipel. La Banque Fédérale de Commerce, qui appartient à la Comoro Gulf Holding, a été inaugurée le 25 février 2008 à Moroni. Le SDIG relève que « l’objectif de la BFC est de faire venir des investisseurs étrangers en raccourcissant les délais de transaction et de favoriser la dynamique des projets locaux ». Néanmoins, fin 2008, la Banque Centrale a suspendu l’agrément de la BFC pour « non-conformité en raison de la suspicion de l’origine des fonds », note le rapport du SDIG.
Dans le secteur immobilier, la CGH a racheté en 2008 l’hôtel Itsandra dans la région de Moroni (capitale des Comores). La structure 4 étoiles a été rénovée et agrandie pour un coût de 10 millions d’euros. Elle est composée de 40 chambres et bungalows avec plage privée pour un tarif minimum de 160 euros. Mais depuis son ouverture, indique le rapport du SDIG, « l’établissement est peu fréquenté. L’hôtel est toujours déclaré complet alors que peu de chambres seraient effectivement occupées ».
Un vaste projet touristique (1.250 hectares) est lancé le long du littoral sur la Corniche, au Nord de la Grande Comores. Le projet du “Lac Salé” est composé d’un « hôtel 5 étoiles, d’une petite marina, de résidences luxueuses et de commerce ». Le rapport du Service départemental d’informations générales souligne que « ce projet a pour objectif d’attirer les ressortissants étrangers, notamment les Français résidant à Mayotte, et des touristes en provenance des pays arabes ».
Enfin, CGH est présent dans le monde des médias grâce à “Albalad Comores”. « Le journal, d’abord imprimé au Liban puis dans l’archipel, est depuis plus d’un an distribué gratuitement et transporté par vedette au petit matin dans les autres îles de l’archipel. “Albalad” emploie une vingtaine de journalistes, l’imprimerie est flambant neuve et de nouveaux locaux sont en cours de construction », relève le journaliste Christian Thoulon. Le SDIG affirme dans son rapport que « les informations (publiées par le journal - NDLR) sont particulièrement favorables au gouvernement en place », celui de Mohamed Sambi en l’occurrence.

Imaz Press Réunion (www.ipreunion.com)



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  • Je suis anjouanais de domoni et je tiens à vous signalé que la plupart de vos articles parles de la grande-comores et rarement de ce qui se passe sur anjouan et Moheli. Moi, j’aime lire aussi Albalade et j’aimerai lire , savoir aussi ce qui se passe ici à Anjouan. Ces derniers jours je ne vois meme plus ici à domoni. Ce qui arrive aux Comores reste à Moroni et ce qui reussi à parvenir à Anjouan demeure à Mutsamudu. Pensez y ! Vous pouvez me laisser des messages sur mon addresse ci-dessous. Merci !

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  • Albalad est un excellent quotidien que j’ai eu l’occasion de lire depuis sa première parution à Mayotte. Je les encourage à continuer dans notre île. Je pense que ceux sont les renseignements généraux qui sont plutôt douteux dans cette affaire. Il n’y a rien à reprocher à ce journal. Peut être que cela les embête que ce ne soit pas un journal français.

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  • Monsieur kiwan est chretien alors pourquoi toujours mentionne l’argent musulman ?

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  • Bonjour,
    Je recherche des ordinateurs usagés en bon état de fonctionnement pour aider les jeunes à apprendre l’informatique en Afrique.Les entreprises ou les administrations ou particuliers qui veulent se débarasser de leurs ordinateurs peuvent me contacter à cette adresse mail : agathaablavi@hotmail.fr

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  • j’aimerai savoir comment envoyer des sms vers les comores..merci

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  • Je viens de découvir ce quotidien. Du moins ce dont on en dit dans le net. J’ose espérer qu’il n’y a là-dessous rien de nébuleux. je n’ai rien contre le fait que des "étrangers" se mettent à faire des choses à partir du moment où les autochtones ne font rien. Pour autant, attention à ne pas confondre stratégie et tentative de noyauter... J’espère ne pas me tromper surtout que je suis particulièrement intéressé par ce quotidien. Il y en a qui comprendront peut-être.

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  • Monsieur ou Madame le rédacteur en chef ,

    je suis étonné de ne pas avoir vu le super résultat de nos deux jeunes mahorais au tournois de golf à La Réunion : Abdou et Maura madi qui ont remporté en temps qu’amateur la première place de ce tournoi qui avait lieu au golf club du bassin bleu à La Réunion du 23 au 27 décembre 2011. A l’initiative de jean-Philippe Velter professeur de golf, ces deux jeunes ont été invités et ils ont gagné....il faut en parler !!!
    Ces deux jeunes sont des cadets du golf club de Mayotte à Combani.
    Merci de relayer l’info ou de faire quelque chose, car cette info doit être médiatisée.
    Bernard Mathey un de vos fidèles lecteurs.

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