Mayotte

Amplifions le soutien et l’aide aux Mahorais

Au lendemain de la tragique répression du mouvement social

Céline Tabou / 21 octobre 2011

Elu de l’Alliance de l’Outre-mer, le député au Parlement européen Elie Hoarau s’est rendu mardi et mercredi à Mayotte, accompagné de Jean-Hugues Ratenon, de l’Alliance des Réunionnais contre la pauvreté (ARCP), et de Gilles Leperlier, de l’Alliance des Jeunes pour la formation et l’emploi à La Réunion (AJFER). Ces derniers étaient situés non loin de l’agression tragique de deux Mahorais par les forces de l’ordre. Ils ont fait hier un compte-rendu de leur mission, en présence de Paul Vergès, président de l’Alliance.

24 heures après une conférence de presse organisée à Mayotte émaillée par un événement tragique (voir encadré), la rencontre avec la presse tenue hier à Saint-Denis a été l’occasion de « faire la lumière sur les problèmes de fond que connaissent les Mahorais », a indiqué Elie Hoarau. C’était aussi l’occasion de s’exprimer sur la lutte menée par les Mahorais ainsi que le déroulé des évènements lors de la mort d’un homme âgé de 39 ans, suite, officiellement, à une crise cardiaque due à l’envoi d’une bombe assourdissante à ses pieds.

« Mépris de l’administration »

Après avoir exprimé sa solidarité et ses condoléances aux familles des victimes de flash-ball, et de grenades lacrymogènes, Elie Hoarau a expliqué qu’il était « tout à fait normal d’exprimer sa solidarité envers les Mahorais en lutte contre la vie chère et contre les inégalités subies à Mayotte ».
Les manifestations successives montrent que « le peuple Mahorais est en train de bâtir son avenir sur la base de l’égalité et du respect e la dignité » a déclaré le député au Parlement européen. En effet, la crise que connait Mayotte depuis trois semaines a fait émerger « les problèmes du refus de la misère et des injustices, ainsi que le mépris de l’administration vis-à-vis de la population mahoraise ». Mayotte est le département français où plus de la moitié de la population est âgée de moins de 25 ans, 26,4% des Mahorais sont sans emploi et 54% sont sous le seuil de pauvreté.
Face à une telle situation, les trois hommes appellent « le gouvernement français à prendre conscience de la situation mahoraise, qui écrit une nouvelle page de son histoire après être devenu département français ». Jean-Hugues Ratenon, président de l’ARCP, a également indiqué qu’il était « urgent de sortir de la crise et de mettre en place une politique de développement sur le long terme, afin que cessent ces injustices sociales ».

« Créer les conditions d’un développement durable à Mayotte »

Après avoir rencontré plusieurs représentants syndicaux, politiques et associatifs, Elie Hoarau a expliqué qu’il existait « des injustices qui ne peuvent pas durer. Quand un fonctionnaire est muté à Mayotte, il touche 11 mois de prime, après un contrat de deux ans, ce dernier repart avec cette prime de 11 mois, alors qu’un fonctionnaire mahorais, de même statut, sera payé 900 euros par mois. Cette inégalité ne peut plus durer ».
Indiquant qu’il n’était pas possible de régler tous les problèmes d’un coup, le député de l’Alliance des Outre-mer préconise des mesures d’urgence, afin de donner une preuve de « bonne volonté de la part du gouvernement d’agir », par la suite, les problèmes de fond devront également être réglés. Elie Hoarau a expliqué qu’il fallait créer les conditions du dialogue pour aller vers un programme de développement. Cependant, face aux revendications et propositions faites par les acteurs de la société mahoraise, le gouvernement décide d’user de « mépris, de haine, en matraquant, lançant des bombes lacrymogènes et en tirant au flash-ball ».

Ne pas faire les erreurs que connaissent les Réunionnais

La Réunion est devenue en 1946 un département français, mais elle a dû lutter près de 50 ans avant d’avoir l’égalité des droits que parvient à atteindre une certaine classe de la population réunionnaise. Aujourd’hui, les Mahorais saluent la départementalisation par trois semaines de mobilisations contre la vie chère et pour l’égalité des droits, a expliqué Paul Vergès.
Ce dernier appelle les Mahorais à tirer les leçons de la départementalisation faite à La Réunion, qui a donné lieu à cinquante années de luttes pour l’égalité des droits. Celle-ci a également entrainé des dysfonctionnements majeurs dans l’île avec, entre autres, l’assimilation, le combat des réactionnaires contre la culture réunionnaise, la destruction de l’économie locale.
Le président de l’Alliance a indiqué que « le gouvernement français pouvait éviter ou aggraver ce qui a été fait à La Réunion ». Réaffirmant la demande Jean-Hugues Ratenon d’aligner le RSA à Mayotte sur celui de la France, Paul Vergès a indiqué que pour calmer les esprits, le gouvernement pouvait octroyer rapidement cette allocation afin de travailler sur le long terme à des solutions pour le développement durable de l’île.

Céline Tabou


Gilles Leperlier revient sur les circonstances du décès d’un manifestant

Loin de la version officielle diffusée pour expliquer les causes du décès d’un manifestant mercredi, le président de l’AJFER a expliqué que les évènements ne s’étaient pas déroulés comme les autorités le font croire. En effet, le jeune homme était situé à une vingtaine de mètres de la scène. Il a expliqué qu’après une demi-heure de conférence de presse dans un des cafés-terrasses de Mamoudzou, « des balles de flash-ball et bombes lacrymogènes sont tombées dans le café sans raison ».
Elie Hoarau, Jean-Hugues Ratenon et Gilles Leperlier ont attesté que les différents rassemblements sur la place se déroulaient dans le calme, « les évènements ont dégénéré après qu’une bombe assourdissante soit tombée au pied du jeune homme décédé de 39 ans », a expliqué Gilles Leperlier.
« Ce n’est pas la bombe qui a tué ce jeune homme, mais la répercussion de cette bombe a entrainé son décès. De plus, un deuxième homme est tombé de son scooter après avoir reçu dans le ventre une de ces balles et est tombé tête la première. Mais, heureusement, nous avons appris qu’il était sorti indemne de cette agression », a indiqué le président de l’AJFER.
Face à l’ampleur des manifestations et à la répression, Gilles Leperlier pointe du doigt la responsabilité de l’État. « La seule réponse à laquelle ont eu droit les Mahorais est le mépris et la violence. L’attitude du gouvernement est démesurée, abusive, disproportionnée, nous avons été au cœur de la manifestation et nous pouvons témoigner qu’il n’y avait aucun débordement, tout s’était déroulé dans le calme ».



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  • Pourquoi la presse nationale ne se fait elle pas echos de ce qui se passe dand le 101 eme département Français ?
    Pourquoi l’état ignore ce qui s’y passe ?

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    • la presse nationale ne fait pas échos de ce qui se passe à Mayotte parce qu’elle craint que cela fasse tache d’huile dans les autres départements d’outre mer et aussi en métropole ! les Français d’outre mer et ceux de métropole en ont assez de souffrir par la fautes des gros financiers et banquiers qui ont comme objectifs se remplir les poches sur le dos des gens qui travaillent ! de plus les présidentielles approchent et cela risque d’affaiblir encore plus sarkozy qui est déja batu d’avance en 2012 !

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