Mayotte

« Ce mail est très clairement une pression sur le juge »

Le chef de la gendarmerie outre-mer demande par écrit de sursoir aux convocations de deux gendarmes accusés de trafic de drogue

Témoignages.re / 16 août 2011

Selon notre confrère "Le Parisien", l’affaire des deux gendarmes mis en examen pour participation présumée à un trafic de drogue à Mayotte embarrasse fortement la plus haute hiérarchie de la gendarmerie. "Le Parisien" affirme que le chef de la gendarmerie d’Outre-mer basé à Paris a envoyé deux mails au juge d’instruction pour lui demander de sursoir à la convocation des deux gendarmes avant leur mise en examen. Le juge n’a pas cédé et a mis en examen le 27 juillet les deux gendarmes ainsi qu’un policier. Extraits :

C’est le décès par overdose d’héroïne en janvier dernier d’une jeune fille de 18 ans — Roukia — qui a mis les gendarmes de la Section de recherches (SR) sur la trace de leurs collègues du GIR. En garde à vue et face au juge d’instruction, les deux revendeurs ont expliqué qu’ils travaillaient comme indicateurs officiels pour le GIR et que la drogue avait été importée à la demande des enquêteurs et remise en circulation avec leur assentiment. Une affaire sérieuse qui gêne manifestement la Direction de la gendarmerie.
Le dossier d’instruction comprend deux mails étonnants que nous nous sommes procurés. Rédigés par le général de division Jean-Régis Véchambre, le patron de la gendarmerie outre-mer à Paris, ils sont adressés au juge d’instruction Hakim Karki. Le général paraît particulièrement inquiet de la possible convocation de ses troupes.
Dans le premier message, le 5 juillet, l’officier insiste sur le non-retour des deux enquêtes internes diligentées par l’Inspection de la gendarmerie et de la police. En l’absence des résultats, lancer des convocations serait, selon lui, « prématuré ». « Ces enquêtes internes ne changent rien à la poursuite de l’enquête judiciaire. Avec les révélations des indicateurs, il était évident que les gendarmes allaient être convoqués », estime une source proche du dossier.
Le 6 juillet : nouveau message. Sauf qu’entre temps, les convocations sont parties. « Je ne vous cache pas ma surprise », écrit alors le général Véchambre, qui ressort l’argument des inspections. A mots feutrés, l’officier tente d’influencer le magistrat en évoquant, pêle-mêle, l’atteinte à « l’image de la justice » ou la nécessaire « cohésion » qui doit régner entre les acteurs de la chaîne pénale face aux « défis majeurs de sécurité ». Mais la conclusion du mail est claire : « Je me demande donc sincèrement s’il ne serait pas prudent de remettre à plus tard de telles convocations ».
« Ce mail est très clairement une pression sur le juge », analyse une source proche du dossier. Les convocations ont néanmoins débouché sur les mises en examen des fonctionnaires. Contactée, la Direction générale de la gendarmerie reste muette.


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