Mayotte

La situation se radicalise

Manifestation contre la vie chère

Cinthia Fontaine / 21 octobre 2011

Après le décès d’un homme de 39 ans au cours d’affrontements entre les forces de police et les manifestants, la situation a dégénéré et entrainé des scènes de pillage.

La situation se radicalise à Mayotte après le décès d’un homme de 39, mercredi. Ali El Anziz aurait été victime des suites d’un possible problème cardiaque lors d’un affrontement entre la police et les manifestants à Mamoudzou. Pris en charge tardivement en état d’arrêt cardiaque, il est décédé vers 11h30 dans le service de réanimation de l’hôpital de Mamoudzou. L’autopsie permettra de clarifier les causes de ce décès. La préfecture a annoncé qu’une enquête serait menée.

La charge policière qui a causé la mort d’un homme et l’hospitalisation d’un autre a mis le feu aux poudres. Un climat de guerre civile s’est installé dans les rues Chirongui, Mtsangabeach, Koungou et Majicavo Koropa, où plusieurs barricades ont été dressées. Selon "Malango actualité", si certains barrages sont le fait des syndicalistes, d’autres sont mis en place par des jeunes qui réclamaient un droit de passage. Des magasins ont été pillés. Le magasin Shopi de la place Mariage et le Somaco de Kawéni ont été dévalisés. Le Méga de Kawéni a été épargné grâce à l’intervention de la police. Des voitures et des poubelles ont été brulées et des rideaux de magasins défoncés.

La situation pose des problèmes économiques, sociaux et sanitaires. De nombreuses entreprises, 44, selon les chiffres de la DIECCTE (Directions des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi), font une demande de chômage partiel. Au total, ce seront 1.760 salariés qui ne toucheront qu’une indemnisation de 3 euros par heure fixée par le Code du travail mahorais (1,50/État et 1,50/entreprise). Les difficultés de trésorerie après plus de deux semaines de grève pourraient amener certaines entreprises à la faillite, ce qui serait catastrophique pour le tissu économique mahorais déjà en difficulté.

Les transports scolaires ne sont plus assurés depuis hier. La FSU appelait dans un communiqué le personnel éducatif à faire valoir son droit de grève, retrait dès le jeudi afin de « ne pas s’exposer au danger en se rendant dans les établissements scolaires ». Pour le syndicat, « la répression dans ce conflit social et grave ne mènera qu’à l’échec. L’utilisation en masse des forces de l’ordre risque encore de déboucher sur de telles horreurs ». Il déplore de plus « l’absence totale de communication du vice-rectorat depuis la rentrée des classes, lundi. Aucune consigne claire n’est donnée aux établissements scolaires. Les collations ne sont la plupart du temps pas assurées. Comment peut-on demander à des élèves le ventre creux de fournir un réel effort scolaire ? De nombreux enseignants ce matin sont restés bloqués derrière des barrages et n’ont pu venir dans les établissements ».

Les barrages posent des problèmes sanitaires. Plusieurs ambulances ont été bloquées. Près de Chirongui, une personne a été bloquée avec une crise d’asthme sévère. Elle n’a pu être transportée à l’hôpital qu’après que la route ait été dégagée par la gendarmerie.

Pour l’instant, aucune solution n’est en vue dans ce conflit qui se radicalise. La question du prix de la viande est loin d’être résolue et la durée des baisses des prix des 11 produits continue à poser problème. Une réunion est prévue à l’Observatoire des prix le 24 octobre. En attendant, les réunions de négociations se succèdent entre les syndicalistes, les consommateurs et le patronat.

Hier matin, une marche blanche rendait hommage à Ali El Anziz dans les rues de Mamoudzou. Cet hommage a été décidé par les amis et proches de la victime. Il ne reste qu’à souhaiter que ce drame poussera le gouvernement à ne plus utiliser la répression policière face aux manifestants, mais qu’il saura entamer le dialogue afin de changer cette situation de totale inégalité.

CF


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