Mayotte

Le gouvernement veut-il les mêmes erreurs qu’à La Réunion ?

Six mois après la transformation en département, grave crise sociale

Céline Tabou / 22 octobre 2011

Lors de la conférence de presse d’Elie Hoarau, Gilles Leperlier et Jean-Hugues Ratenon, jeudi 20 octobre, Paul Vergès, président de l’Alliance, a tenu à rappeler les conséquences de la départementalisation sur les Réunionnais. Ce dernier a appelé à « tirer les leçons de la départementalisation à La Réunion pour que Mayotte n’ait pas à subir ce que subit La Réunion aujourd’hui ».

La Réunion est un département depuis 1946. Mais le refus d’appliquer l’égalité dès le 1er janvier 1947 a eu pour conséquence une « crise structurelle ». Car l’égalité appliquée à 250.000 habitants aurait permis de corriger des retards considérables dans les domaines économique, social, politique et culturel.
À l’époque, le gouvernement a refusé cette possibilité, cela a fermé à La Réunion les portes d’un véritable développement. Le gouvernement actuel veut-il reproduire à Mayotte cette même erreur ?

Misère sociale et rejet de la culture réunionnaise

La Réunion compte près de 120.000 chômeurs, soit 29,8% de la population, 55,3% des jeunes sans emploi, 49% de la population réunionnaise vit sous le seuil de pauvreté, 122.000 Réunionnais sont illettrés, 27.000 demandes immédiates de logements sociaux… Le président de l’Alliance a expliqué comment l’État était responsable de cette situation « explosive ».
« Les événements actuels à Mayotte ont révélé un peuple menant, depuis plus de trois semaines, une lutte contre l’exploitation d’une situation de monopole commercial. Dans une situation déjà fragile, les mêmes biens de consommation courante connaissent des prix plus élevés qu’à La Réunion », a-t-il indiqué.
À La Réunion, la lutte contre la vie chère s’est engagée depuis des années, afin que les prix soient alignés sur ceux de la France métropolitaine.
La cherté de la vie et le coût élevé des produits de consommation « justifient les indemnités de vie chère » que l’État verse à toute la fonction publique et « parapublique ». Cependant, « le gouvernement refuse toute augmentation du SMIC et des autres minima sociaux, alors que ceux-ci sont alloués à des personnes déjà en situation de pauvreté ».

Mayotte face à l’égalité de ses droits

Dans le sillage de l’intégration-départementalisation, force est de constater l’importation d’un mode de vie responsable de prix élevés du gaz, de l’alimentation, du logement, souvent supérieurs aux prix pratiqués à La Réunion.
Cette élévation des prix est due aux monopoles existant dans l’économie mahoraise. Cette situation est, comme l’a révélé Elie Hoarau, député au Parlement européen, interdite par la législation européenne contre la concurrence déloyale. En tant que département, Mayotte est désormais une Région ultrapériphérique de l’Union européenne, ce texte doit donc s’y appliquer. De fait, les sociétés de monopole sont dans l’illégalité et devront répondre de sanctions.
Le statut de département doit conférer les mêmes droits sociaux que ceux dont bénéficie La Réunion aujourd’hui après 50 années de lutte. « Mayotte pourrait faire l’économie d’un demi-siècle de luttes pour l’égalité sociale, comme les Réunionnais les ont menées, entre 1946 et 1988 », a conclu Paul Vergès.

Céline Tabou


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