Mayotte

Mayotte : 84 % de pauvres

40 ans après la décision de la France de séparer l’île des Comores

Manuel Marchal / 9 décembre 2014

Des inégalités encore plus importantes qu’à La Réunion et 84 % de la population en dessous du seuil de pauvreté. C’était la situation à Mayotte en 2011, révélée par une étude publiée hier par l’INSEE. 40 ans après la décision du gouvernement français de séparer Mayotte des Comores, l’île est dans une situation totalement différente des autres départements français alors qu’elle a depuis peu ce statut.

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A Mayotte, les riches ont 14 fois plus que les pauvres, et 84 % des Mahorais vivent sous le seuil de pauvreté. C’est le bilan de 40 ans d’intégration à la France.

L’INSEE a présenté hier le résultat de sa dernière enquête Budget des familles relative à Mayotte. L’île fait face à une pauvreté et à des inégalités plus importantes qu’à La Réunion :

« En 2011, 84 % de la population mahoraise vit sous le seuil de bas revenus national (959 euros/mois/UC), contre 16 % en France métropolitaine ».

27 % du budget est consacré à la nourriture. Seule l’autoconsommation permet de réduire quelque peu la facture. Chez les plus pauvres, elle permet d’augmenter de 54 % l’apport de nourriture. En moyenne, la production des aliments permet aux familles mahoraises d’économiser 174 euros par mois.
La nourriture reste le premier poste de dépense pour la grande majorité de la population, celle qui gagne moins de 1000 euros par mois. À noter que l’alimentation a connu une inflation de 35 % entre 2006 et 2011
A Mayotte, l’automobile est un signe de richesse incontestable. Si 26 % des familles en sont équipée, cette proportion est très contrastée en fonction du niveau de revenu. Chez les 20 % les plus riches, 70 % ont une voiture. Mais seulement 15 % des familles en ont une chez les 80 % les plus pauvres.

Inégalités

Un autre constat de 40 ans de séparation de Mayotte des Comores, c’est aussi une société très inégalitaire. Les plus riches ont 14 fois plus de revenu que les plus pauvres. C’est encore plus grave qu’à La Réunion. L’INSEE rappelle en effet que :

« les disparités de revenu sont très fortes à Mayotte. Les 10 % les plus aisés ont un niveau de vie supérieur à 1 230 euros par mois, les 10 % les plus modestes déclarent disposer de moins de 87 euros ».

Cette étude date de 2011, et c’est le moment choisi par la France pour intégrer encore plus Mayotte. En effet, de collectivité départementale, le statut de Mayotte a évolué vers celui de département français. L’île est aussi une région ultrapériphérique de l’Union européenne, au même titre que La Réunion.
Si Mayotte et La Réunion ont maintenant le même statut, leurs habitants n’ont pas les mêmes droits. Car comme pour La Réunion, le gouvernement français a refusé l’égalité aux Mahorais. Seuls les fonctionnaires d’État ont un salaire équivalent à celui de la France, majoré par des primes d’éloignement. Le SMIC est plus faible, et le RSA encore plus.

Quel rattrapage ?

L’étude de l’INSEE souligne donc l’ampleur du rattrapage qui serait nécessaire si la France voulait faire des Mahorais des citoyens à part entière de la République. Le défi est d’une ampleur encore plus importante que pour La Réunion en son temps, car la France n’est plus dans une situation de forte croissance économique et de plein emploi. Au contraire, Paris fait subir des restrictions partout, même en outre-mer, au nom de la réduction du déficit public. Or, la croissance démographique va se poursuivre à Mayotte.
Mayotte avait 45.000 habitants quand la France a choisi de séparer l’île des Comores, elle a aujourd’hui plus de 210.000 habitants et cette augmentation est loin de se terminer. La France a-t-elle vraiment la volonté de mettre les moyens pour que l’égalité soit respectée ?
En attendant, il n’est donc pas étonnant que les Mahorais ayant le statut de citoyen français viennent s’installer à La Réunion pour avoir les droits que la République garantit à ses ressortissants.


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