Mayotte

Mayotte : calme précaire

Île aux parfums : Colère contre la vie chère

Témoignages.re / 10 octobre 2011

Sous l’étroite surveillance des gendarmes, la reconstitution des faits au cours desquels un petit garçon de 9 ans a été grièvement blessé par un tir de flash-ball dans la nuit de vendredi soir a eu lieu hier matin sur la route de Longoni, sur la côte Est de Mayotte. Il s’agissait de déterminer dans quelles circonstances l’enfant a été blessé par ce tir qui, selon les premières informations, provenait des gendarmes. Cette reconstitution s’est déroulée alors qu’un calme précaire a régné toute la journée sur l’Ile aux parfums. Un répit avant les nouvelles manifestations contre la vie chère annoncées pour aujourd’hui.

Ils n’aiment généralement pas être photographiés ou filmés par les journalistes. Encore moins lorsqu’ils font l’objet d’une possible mise en cause. Alors, hier, les gendarmes ont organisé un barrage filtrant des deux côtés du site de la reconstitution. Les voitures et les deux-roues des particuliers pouvaient passer à condition de ne pas ralentir devant le groupe de gendarmes et de magistrats. Les piétons étaient interdits de passage. « Faites du stop pour passer le barrage », a conseillé un gendarme à trois jeunes à pied. En voiture, en moto, en vélo ou a pied, les journalistes n’ont pas été autorisés à franchir les barrages. « Si on vous laisse passer, les appareils photo et les caméras vont tourner à fond », a simplement expliqué un gendarme.

L’arme d’un gendarme

La reconstitution a donc eu lieu à l’abri des regards jugés indiscrets. Un gendarme a même été placé en faction en plein soleil sur le sable rougeâtre situé en contrebas de la route. Un luxe de précautions. Sans doute parce que les faits sont graves. Ils se sont produits dans la nuit de vendredi alors que les gendarmes intervenaient pour disperser des jeunes ayant érigé une barricade à proximité du port de Longoni. Nasri, 9 ans, originaire de la ville de Koungou, a été touché à la tête par un tir de flash-ball « venant, selon toute vraisemblance, des gendarmes, puisque personne à Mayotte, à part les forces de l’ordre, n’a ce type d’arme », commente sous couvert d’anonymat une source proche de l’enquête.
Gravement blessé, son pronostic vital ayant été engagé, l’enfant a été évacué vers le centre hospitalier de Saint-Pierre de La Réunion. Il a été opéré ce dimanche matin et il semble désormais sorti d’affaire. « La crainte des autorités est que ces faits jettent de l’huile sur le feu et attisent encore la colère des manifestants », remarque la même source.

Cela n’a pas été le cas hier. Un calme précaire a régné sur l’Ile aux parfums. Des barrages ont été dressés dans le centre-ville de Mamoudzou, la ville principale de Mayotte, et à l’entrée de Longoni. Ils ont rapidement été soit carrément levés, soit désertés. « C’était comme ça aussi le week-end dernier. Les gens restent calmes, ils essayent de trouver des provisions pour la semaine qui vient, car ils savent que tous les magasins seront fermés », remarque Saïd, un jeune travailleur social.

De fait, les commerces de proximité sont pris d’assaut dans les quartiers et les villages par les Mahorais. Les restaurants qui ont ouvert sont bondés. Les clients sont essentiellement des M’zoungous (Blancs en langue Chimaore). « C’est un répit, on essaye de retrouver une vie normale au moins pour quelques heures », dit encore Saïd. « On en profite, car les manifestations vont recommencer dès lundi et elles ne s’arrêteront pas de la toute la semaine. Les manifestants, en fait cette population qui aujourd’hui reprend des forces, n’ont pas l’intention de céder. C’est normal, les Mahorais en ont assez d’être les vaches à lait de la grande distribution, des grands groupes qui tiennent le commerce alimentaire ou non », commente Ibrahima, père de famille et militant syndical.

Grève aujourd’hui

Ce sont en effet les prix prohibitifs au regard du revenu moyen mahorais qui sont à l’origine du mouvement de colère des Mahorais. « Ce revenu moyen est d’environ 200 euros par mois alors que la caisse d’ailes de poulet, denrée symbole de l’alimentation mahoraise, coûte 27 euros les 10 kg et la bouteille de gaz oscille entre 24 et 32 euros. Cela ne peut plus durer », estime Ibrahima.

Soutenus par les syndicats, les manifestants réclament l’alignement des prix sur ceux de La Réunion qui, bien que plus élevés qu’en métropole, sont moins chers que dans l’Ile aux parfums. Samedi soir, le Préfet Thomas Degos a annoncé que la Préfecture allait envoyer des représentants des associations de consommateurs à La Réunion « pour étudier les prix et se rendre compte que certains sont moins élevés et d’autres plus élevés ». Il a aussi dit qu’il allait recevoir toutes les parties prenantes du conflit « de dimanche à mercredi ».
Les syndicats, soutenus par leur base, ont jugé « irrecevables » ces propositions. Interrogé, le préfet a dit comprendre « le mécontentement de la population » concernant la cherté de la vie, a estimé qu’il fallait « créer de l’activité et donc du travail » et commenté que « personne n’est obligé de rester vivre à Mayotte »…

La poursuite de la grève générale a donc été votée pour ce lundi. En attendant, hier, la vie a donc repris son cours presque normal. Avec aussi ces deux enfants fouillant dans une benne à ordures à l’entrée de Mamoudzou à la recherche de restes de nourriture… Scène de vie quotidienne et presque normale à Mayotte, 101ème département français depuis mars 2011.

Mahdia Benhamla à Mayotte pour www.ipreunion.com


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