Mayotte

Situation explosive à Mayotte

Colère contre la vie chère

Témoignages.re / 11 octobre 2011

À Mayotte, où la population manifeste depuis quinze jours contre la vie chère, la situation s’est nettement tendue hier en fin de matinée. À Chirongui, dans le sud de l’île, à Kaweni, à l’entrée de Mamoudzou, la ville principale, et dans le centre-ville de cette commune, des affrontements ont opposé les forces de l’ordre aux grévistes qui avaient érigé des barricades. En fin d’après-midi, la tension est toujours très forte. « La situation est en train de s’enliser », ne cache pas un syndicaliste. Par ailleurs, le gendarme, auteur présumé du tir de flash-ball qui a blessé un petit garçon à l’œil ce vendredi, a été mis en examen ce lundi pour coups et blessures sur mineur.

« Il renseigne la police, c’est un vendu ». La rumeur s’est propagée comme une trainée de poudre sur la place du marché. Sans que l’on sache exactement ce qui a pu la motiver. Affolé, un homme s’enfuit en courant. Il est poursuivi par des dizaines de manifestants, rattrapé et roué de coups. Il sera transporté à l’hôpital peu de temps après. Quelques instants plus tôt, une autre rumeur indiquait qu’une personne prenait des photos des grévistes de l’une des fenêtres d’un hôtel surplombant la place du marché. La police est intervenue pour protéger le bâtiment et les choses se sont finalement calmées.

La situation a par contre dégénéré en milieu de matinée à proximité de la commune de Chirongui. Les forces de l’ordre sont intervenues pour dégager un barrage. Des tirs de grenades lacrymogènes et des jets de galets ont été échangés. « Il n’y a pas eu de blessé fort heureusement », indique Salim Nahouda, secrétaire général de la CGT Mayotte.

En fin de matinée toujours, un cortège de manifestants s’est dirigé vers le quartier de Majicavo à l’est de Koungou où est implantée la principale grande surface de Mayotte. La rumeur disait que le commerce avait ouvert ses portes et les manifestants voulaient lui faire baisser ses rideaux. Les grévistes ont marché pendant plus de 7 kilomètres sous un soleil de plomb.

Sur tous les carrefours de la route menant à Majicavo, gendarmes et policiers avaient pris position. « Regardez, ils sont là à nous guetter comme si on était des voleurs ou des assassins. On a juste faim. Si la France ne peut pas comprendre cela, c’est très triste » s’insurge Monsieur Mohamed. La soixantaine déjà très largement entamée, il marche en tête du cortège, en s’appuyant sur une canne.

La grande surface était en fait fermée. Certains manifestants ont symboliquement brûlé quelques poubelles avant de reprendre le chemin inverse en direction de Mamoudzou. Les grévistes, qui tôt ce lundi matin ont fait fermer les rares commerces et bureaux du centre-ville ouverts, ne semblent pas sentir la fatigue. « Vous savez, lorsque l’on est sûr d’avoir raison, cela vous donne des ailes », explique Fatouma, une mère de famille.

En début d’après-midi, alors que la tension semblait retomber, la situation s’est de nouveau tendue. Les manifestants ont enflammé une barricade dans le quartier de Kaweni, à l’entrée de Mamoudzou. Les gardes mobiles ont commencé à les repousser en tirant des grenades lacrymogènes. Quelques galets ont alors volé. Deux hommes qui se trouvaient en bordure du cortège des manifestants ont été interpellés de manière très musclée par les gendarmes. Une jeune femme qui cherchait à regagner son domicile, fortement incommodée par les gaz, a fait un malaise en pleine rue. « Vous êtes des assassins », a-t-elle crié aux gendarmes.

Peu de temps après, alors que les manifestants étaient repoussés jusqu’à la place du marché où ils se réunissent maintenant tous les jours depuis 3 semaines, de nouvelles grenades ont été tirées par les forces de l’ordre. La tension était alors à son comble.

Les derniers heurts ont eu lieu à la tombée de la nuit dans le centre-ville de Mamoudzou. Les policiers ont voulu interpeller deux jeunes garçons soupçonnés d’avoir jeté des pierres en leur direction. Les grévistes ont essayé de s’interposer. Les forces de l’ordre ont une nouvelle fois, tiré des lacrymogènes.

En début de soirée, les manifestants et les forces de l’ordre poursuivaient leur face à face tendu. « Nous ne lâcherons rien tant que nous n’aurons pas satisfaction. Demain, les gens seront encore plus énervés, les choses vont être pires qu’aujourd’hui » prévient un manifestant.

À noter que la réunion de concertation de ce lundi matin entre le préfet, Thomas Degos, et l’intersyndicale n’a rien donné. « Nous sommes déçus même si nous ne nous attendions pas à grand-chose. Le préfet a juste pris note une nouvelle fois de nos revendications. Il n’y a rien eu de plus » a commenté Salim Nahouda, secrétaire général de la CGT Mayotte, à l’issue de la rencontre avec le représentant de l’État. « Il faut absolument que l’État admette que les Mahorais en ont plus qu’assez d’être traité comme ils le sont », a ajouté le syndicaliste. Élargissant son propos, il ajoutait : « Le problème ne se limite pas à faire baisser le prix des ailes de poulet. C’est un véritable changement de société que nous voulons. Nous en avons assez d’un système dominant en place, nous voulons être les maîtres de notre propre développement. Les Mahorais doivent être maîtres chez eux ».

Un discours qui est sans doute un tournant dans le mouvement revendicatif des Mahorais contre la vie chère.

Mahdia Benhamla à Mayotte pour www.ipreunion.com


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