Monde

30 ans au côté des plus fragiles

Handicap International :

Témoignages.re / 20 juillet 2012

Handicap International fêtait hier ses 30 ans. L’occasion de faire un gros plan sur cette association qui s’est fixé comme mission de remettre sur le chemin de la vie ceux qui en sont le plus exclus.

« La révolte fondatrice de Handicap International il y a 30 ans, c’était la volonté farouche d’agir pour les 6.000 amputés cambodgiens auxquels l’aide humanitaire déployée au chevet du peuple khmer ne proposait rien ! », explique le Docteur Jean-Baptiste Richardier, Directeur général et co-fondateur de Handicap International.
Dans les situations de conflits, de cataclysmes naturels ou de dénuement extrême, là où les systèmes sociaux et les structures de santé sont inexistants ou défaillants, l’urgence d’une aide aux populations justifie souvent une réponse massive qui, dès lors, ne sait pas suffisamment prendre en compte les besoins spécifiques des individus fragilisés et leurs familles, notamment les personnes handicapées. Oubliées, laissées pour compte de la solidarité internationale, celles-ci sont invariablement exclues des plans d’action humanitaire.
C’est pour répondre à cette urgence que depuis trois décennies, Handicap International œuvre inlassablement aux côtés des populations les plus vulnérables des pays à faibles ressources afin de répondre à leurs besoins essentiels, améliorer leurs conditions de vie et promouvoir le respect de leur dignité et de leurs droits. Elle déploie aujourd’hui plus de 300 projets dans près de 60 pays.
Avec ces années d’expérience, l’association a appris que les réponses humanitaires sont nécessairement multiples. Soins aux blessés, appareillage et réadaptation, projets d’insertion scolaire ou économique et développement des compétences locales, prévention par la protection maternelle et infantile, activités de plaidoyer pour changer les lois nationales ou les normes internationales lorsqu’il le faut…
Handicap International s’est engagée à veiller sur les personnes les plus fragiles. Lors d’une crise, celles-ci deviennent particulièrement vulnérables et risquent d’être oubliées, voire exclues de l’aide humanitaire, déjà débordée. Personnes handicapées, personnes âgées ou femmes enceintes isolées ont souvent des difficultés à se déplacer et à se faire entendre. L’un des premiers rôles de l’association est de les localiser puis d’identifier leurs besoins spécifiques. Des équipes mobiles sont déployées au sein des communautés ou des camps pour référencer ces personnes et s’assurer qu’elles soient correctement prises en charge sur le court et le long terme.
Aujourd’hui, l’association doit faire face à de nouveaux défis humanitaires, les catastrophes naturelles se multiplient, les conflits armés changent de visage en s’ancrant toujours plus longtemps et profondément au sein des populations civiles, la pauvreté se répand et engendre des carences chroniques des systèmes sociaux et des structures de santé, les conditions de sécurité se dégradent. Aujourd’hui plus que jamais, les enjeux de développement se juxtaposent aux contextes d’urgence, lorsque ce n’est pas l’inverse, nécessitant des approches combinées.
Pour relever ces défis tout en garantissant son indépendance financière et sa liberté d’action, Handicap International s’est organisée en fédération et en associations nationales. Au nombre de huit (l’Allemagne, la Belgique, le Canada, les États-Unis, la France, la Grande-Bretagne, le Luxembourg et la Suisse), celles-ci ont pour objectif de mobiliser des ressources privées et publiques, de sensibiliser les bailleurs de fonds et le grand public, de recruter des spécialistes du monde entier. Parallèlement, les 324 programmes gérés par la Fédération se sont structurés avec un objectif d’action dans les 72 heures qui suivent une catastrophe, tout en proposant un accompagnement sur le long terme des populations affectées.


Un milliard de personnes handicapées : la plus grande minorité du monde !

Selon un rapport de l’OMS, 1 milliard de personnes sont handicapées dans le monde. Elles représentent 15% de la population mondiale. Une très large partie vit dans les pays en développement.
Souvent sans revenu, les personnes handicapées comptent parmi les plus pauvres. Symétriquement, la pauvreté entrave l’accès aux soins et à une alimentation correcte accroissant les risques de déficiences.
Elles sont souvent oubliées des politiques nationales et des programmes de solidarité internationale. Les équipes de Handicap International travaillent avec et au nom de cette minorité au travers de projets visant à lui offrir un meilleur accès à la santé, à l’éducation, à l’emploi ou aux loisirs.


Les missions d’Handicap International

Née dans un contexte d’urgence auprès des réfugiés cambodgiens, Handicap International a toujours répondu présente pour les victimes de crises humanitaires, qu’elles soient consécutives à des conflits ou à des catastrophes naturelles.

• Faire face à l’urgence
Dans l’urgence, Handicap International déploie tout son savoir-faire en réadaptation fonctionnelle afin de fournir aux personnes blessées des soins post-traumatiques en kinésithérapie et ergothérapie, ainsi que des services orthopédiques. Pour prévenir les séquelles invalidantes des blessures, la prise en charge doit être la plus rapide possible, et la réactivité s’impose comme une condition de réussite de cette réponse.
Au-delà des blessures physiques, le traumatisme engendre souvent des séquelles psychologiques et des difficultés à retrouver sa place au sein de la société. Pour atténuer cet impact, les équipes d’urgence proposent également un soutien psychosocial aux individus en souffrance et à leurs familles.

• Réadaptation et autonomie
Les activités de réadaptation s’inscrivent au cœur des actions de Handicap international depuis sa création. Pour les personnes mutilées, blessées ou diminuées par une maladie, l’appareillage puis la rééducation sont les premières étapes vers l’autonomie. L’association les prend en charge dans ses centres de réadaptation fonctionnelle, où elle conçoit des prothèses sur mesure et dispense des séances de rééducation. Les techniques orthopédiques utilisées par les spécialistes de Handicap International sont adaptées aux matériaux, aux compétences et aux infrastructures disponibles sur place. L’association travaille en étroite collaboration avec les structures de santé locales pour mettre en place des formations reconnues de techniciens orthoprothésistes ou de kinésithérapeutes et soutient la création de centres d’appareillage.

• Accès au soin
L’accès aux soins pour les personnes handicapées aux services de santé de base est souvent difficile. Les équipes de Handicap International agissent sur la durée pour lever ces multiples freins, notamment à travers : la prévention et le traitement des maladies chroniques, la prévention et la détection précoce des handicaps en santé maternelle et infantile ; l’identification et le référencement des personnes handicapées et vulnérables vers les services de santé ; le renforcement.

• Scolarisation des enfants handicapés
La scolarisation des enfants handicapés, un parcours du combattant. Les obstacles à la scolarité des enfants handicapés sont nombreux. Défaut d’accessibilité des écoles, enseignement et outils inadaptés, barrières culturelles… Les enfants handicapés sont souvent contraints de rester seuls chez eux, privés d’instruction et de vie sociale. Pour lutter contre ce facteur d’exclusion et leur offrir une éducation adaptée à leurs besoins, Handicap International met en place des réponses multiples, tenant compte des contextes et des situations individuelles : intégration des enfants handicapés dans des classes ordinaires, renforcement des services spécialisés, formation des enseignants, sensibilisation des parents, etc.

Ecarter la menace quotidienne
Soigner et réparer les victimes ne suffit pas, l’association souhaite protéger les populations en contribuant à nettoyer leurs terres infestées par ces menaces latentes. Handicap International s’est engagée à lutter contre ces armes, dont la caractéristique commune est de continuer à tuer ou à mutiler longtemps après la fin des conflits. Dès 1992, l’association s’implique dans des opérations de déminage et de dépollution. Elle mène en parallèle des projets d’assistance aux victimes de ces armes. En 1992, elle fonde avec cinq autres ONG la Campagne internationale pour interdire les mines antipersonnel (ICBL), puis, en 2003, la Coalition internationale contre les sous-munitions (CMC).
L’association conduit également des programmes d’éducation et de prévention des accidents par mines et autres restes explosifs de guerre auprès des populations exposées. Une action indispensable pour aider les habitants à prendre conscience des risques qu’ils encourent et favoriser la diminution du nombre de victimes.

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Mines et sous-munitions : les chiffres de la honte !


- 1/3 des personnes blessées ou mutilées par des mines ou autres restes explosifs de guerre sont des enfants et 98% des victimes recensées de sous-munitions sont des civils.

- Plus de 80 pays et territoires sont encore pollués par les mines antipersonnel.

- 44 pays et territoires sont toujours pollués par les BASM (sous-munitions).

- Le nombre total de survivants des mines dans le monde est estimé à 500.000 personnes, qui ont besoin d’une aide à vie.

- Dans 60% des cas, l’accident a lieu au cours d’une activité de subsistance.

- Au moins 440 millions de sous-munitions ont été déversées depuis 1965 dans le monde (Vietnam, Laos, Cambodge, Irak, Afghanistan, Sud-Liban, Kosovo…).

- Entre 22 et 132 millions de sous-munitions n’ont pas explosé à l’impact.

(Sources : “Circle of Impact : The Fatal Footprint of Cluster Munitions on People and Communities” –Handicap International – mai 2007/Landmine Monitor Report 2011)


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