Monde

50 vérités sur Ernesto « Che » Guevara -6-

Un article de Salim Lamrani

Salim Lamrani / 27 juin 2017

Le « guérillero héroïque » cubano-argentin perdure dans la mémoire collective comme symbole de résistance à l’oppression.

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Le 7 octobre 1967, Guevara se trouve près de La Higuera avec 16 combattants et rédige son ultime réflexion dans son journal de bord, après « 11 mois » de lutte.

Le 8 octobre 1967, l’armée surprend la troupe à Quebrada del Churo. Afin de permettre aux blessés de s’échapper, Che décide d’affronter l’armée avec les quelques hommes valides. Après plusieurs heures de combat, Guevara, blessé à une jambe, est capturé par l’armée, qui l’enferme dans une école de La Higuera. Seuls cinq guérilléros survivront et réussiront à se réfugier au Chili.

Le 9 octobre, le dictateur Barrientos, suivant les ordres de la CIA, ordonne l’exécution du Che. Le colonel bolivien Miguel Ayoroa, qui a participé à la capture du Che, témoigne : « Un des hommes de la CIA était Félix Rodríguez, un Cubain exilé. Il est entré dans la petite école et a crié ‘Tu sais qui je suis ?’. Le Che l’a regardé avec mépris et lui a répondu : ‘Oui, un traitre’, et il lui a craché dessus ».

Félix Rodríguez racontera plus tard : « J’ai demandé [au sergent] Terán d’accomplir l’ordre. Je lui ai dit qu’il devait viser en dessous du cou car ainsi nous pourrions démontrer qu’il était mort au combat. Terán a demandé un fusil et est entré dans la salle avec deux soldats. Quand j’ai entendu les tirs, j’ai noté dans mon carnet 1h10 pm, 9 octobre 1967 ».

Le sergent Mario Terán racontera son expérience en 1977 à la revue française Paris-Match : « Je suis resté 40 minutes avant d’exécuter l’ordre. J’ai été voir le colonel Pérez en espérant que l’ordre avait été annulé. Mais le colonel est devenu furieux. C’est ainsi que ça s’est passé. Ça a été le pire moment de ma vie. Quand je suis arrivé, le Che était assis sur un banc. Quand il m’a vu il a dit « Vous êtes venu pour me tuer ». Je me suis senti intimidé et j’ai baissé la tête sans répondre. Alors il m’a demandé : « Qu’est-ce qu’ont dit les autres ? ». Je lui ai répondu qu’ils n’avaient rien dit et il m’a rétorqué : « Quel courage ! ». Je n’osais pas tirer. À ce moment je voyais un Che, grand, très grand, énorme. Ses yeux brillaient intensément. Je sentais qu’il se levait et quand il m’a regardé fixement, j’ai eu la nausée. J’ai pensé qu’avec un mouvement rapide le Che pourrait m’enlever mon arme. « Sois tranquille me dit-il, et vise bien ! Tu vas tuer un homme ! ». Alors j’ai reculé d’un pas vers la porte, j’ai fermé les yeux et j’ai tiré une première rafale. Le Che, avec les jambes mutilées, est tombé sur le sol, il se contorsionnait et perdait beaucoup de sang. J’ai retrouvé mes sens et j’ai tiré une deuxième rafale, qui l’a atteint à un bras, à l’épaule et dans le cœur. Il était enfin mort ».

En 1997, les restes du Che et de ses camarades de lutte sont transférés à Cuba où ils reposent dans le Mémorial Ernesto Guevara de la ville de Santa Clara.

Doté d’une grande intelligence, Guevara a laissé de nombreux écrits et une philosophie politique nommée Guevarisme. Selon Fidel Castro, « le Che était un homme de pensée profonde, d’une intelligence visionnaire, un homme de grande culture. Il réunissait en sa personne l’homme d’idées et l’homme d’action […]. La pensée politique et révolutionnaire du Che aura une valeur permanente au sein du processus révolutionnaire cubain et du processus révolutionnaire latino-américain ».

Che Guevara reste dans la mémoire collective des peuples comme le défenseur des opprimés, celui qui s’est indigné face aux injustices, le symbole du désintéressement, et l’homme qui a pris les armes au nom de l’intérêt supérieur des damnés de la terre.

Fin

Salim Lamrani

Docteur ès Etudes Ibériques et Latino-américaines de l’Université Paris IV-Sorbonne, Salim Lamrani est Maître de conférences à l’Université de La Réunion, et journaliste, spécialiste des relations entre Cuba et les Etats-Unis.

Son nouvel ouvrage s’intitule Fidel Castro, héros des déshérités (Paris, Editions Estrella, 2016) et comporte une préface d’Eduardo Galeano.

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