Monde

870 millions d’« affamés » dans le monde

Dernier rapport de la FAO

Céline Tabou / 11 octobre 2012

Près de 870 millions de personnes, soit un habitant de la planète sur huit, souffraient de sous-alimentation chronique entre 2010 et 2012, selon le dernier rapport sur la faim dans le monde, publié le 9 octobre par l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).

Entre 1990 et 2012, le nombre de personnes sous-alimentées a diminué de 132 millions selon ce rapport, intitulé “l’État de l’insécurité alimentaire dans le monde en 2012”, diffusé par la FAO, le Fonds international de développement agricole (FIDA) des Nations unies et le Programme alimentaire mondial (PAM).

« Un enjeu majeur »

Le rapport indique que « le nombre de personnes qui souffrent de sous-alimentation chronique reste cependant à un niveau inacceptable et l’éradication de la faim demeure un enjeu mondial majeur ». En effet, la majeure partie des personnes souffrant de la faim vivent dans les pays en développement, ils représentent 15% des 852 millions de mal-nourris. De plus, 16 millions de personnes sont sous-alimentées dans les pays développés.

José Graziano da Silva, Kanayo F. Nwanze et Ertharin Cousin, respectivement chefs de la FAO, du FIDA et du PAM se sont indignés lors d’une conférence de presse à Rome que « dans ce monde aux possibilités techniques et économiques sans précédent, il nous paraît totalement inacceptable que plus de 100 millions d’enfants de moins de cinq ans souffrent d’insuffisance pondérale ». Ces derniers ont ajouté que « la malnutrition infantile soit, chaque année, une cause de décès pour plus de 2,5 millions d’enfants ».

Face à l’engrenage de la crise économique et financière internationale, les trois institutions ont appelé la communauté internationale à redoubler d’efforts pour aider les plus pauvres à réaliser leur droit fondamental à une nourriture suffisante. « Le monde possède les connaissances et les moyens d’éliminer toutes les formes de l’insécurité alimentaire et de la malnutrition », ont-ils ajouté.

Le rapport indique que « si la réduction annuelle moyenne de la faim des 20 dernières années se poursuit jusqu’en 2015, le pourcentage de la sous-alimentation dans les pays en développement devrait atteindre 12,5%, toujours au-dessus de l’OMD de 11,6%, mais beaucoup plus près de cet objectif que précédemment estimé ».

Une politique volontariste pour éradiquer la faim

Le rapport indique que l’Objectif du millénaire pour le développement (OMD) concernant la réduction de moitié de la prévalence de la sous-alimentation dans les pays en développement pour 2015 « peut être atteinte, pour autant que l’on fasse le nécessaire pour inverser le ralentissement tendanciel que l’on observe depuis 2007–2008 ». Ce ralentissement ne prend pas en compte l’ensemble des effets sur la faim tels que les pics de hausses des prix des matières premières entre 2007 et 2008, ni le ralentissement de l’économie que connaissent certains pays depuis 2009. La FAO indique qu’elle a besoin d’autres indicateurs pour « pouvoir évaluer de façon plus complète la sous-alimentation et la sécurité alimentaire ».

Dans son rapport, la FAO préconise cinq points essentiels pour parvenir aux objectifs de réduction de la sous-alimentation. Tout d’abord, tour que la croissance économique se traduise par une amélioration de la nutrition des plus démunis, il faut que les pauvres soient parties prenantes au processus de croissance et qu’ils en bénéficient. La croissance agricole est un outil particulièrement efficace de lutte contre la faim et la malnutrition. La FAO indique également que la croissance économique et agricole devrait prendre en compte des considérations nutritionnelles et que la protection sociale est décisive pour accélérer la lutte contre la faim. Enfin, l’organisation internationale explique que pour accélérer la réduction de la faim, il faut que la croissance économique soit doublée d’une action volontariste et déterminante des pouvoirs publics.

 Céline Tabou 

« Un Africain sur quatre souffrant de la faim »


L’Afrique est « la seule région du monde où le nombre d’affamés a augmenté au cours de la même période, passant de 175 à 239 millions, dont près de 20 millions au cours des quatre dernières années ». La prévalence de la faim a légèrement augmenté depuis 2009, passant de 22,6 à 22,9%, soit presque un Africain sur quatre souffrant de la faim. En Afrique subsaharienne, les progrès modestes réalisés ces dernières années jusqu’en 2007 se sont inversés, la faim ayant augmenté de 2% par an depuis lors, écrit le rapport sur « l’État de l’insécurité alimentaire dans le monde en 2012 ».

Ce document fait état de la régression de 30% de la sous-alimentation en Asie-Pacifique au cours des 20 dernières années, faisant passé le nombre d’affamés de 739 à 563 millions, notamment grâce aux progrès socio-économiques réalisés dans de nombreux pays. « Mais en dépit de la croissance démographique, la prévalence de la sous-alimentation dans la région est passée de 23,7 à 13,9% », explique le rapport. D’autres progrès ont été réalisés en Amérique latine et dans les Caraïbes faisant passer de 65 millions d’affamés en 1990-1992 à 49 millions en 2010-2012, la prévalence de la sous-alimentation a également chuté, de 14,6 à 8,3%. « Mais le rythme de la progression s’est récemment ralenti », indique le rapport. Dans les régions développées, le nombre d’affamés a augmenté passant de 13 millions entre 2004 et 2006 à 16 millions entre 2010 et 2012.


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