Monde

À Haïti, la survie ne tient qu’en un mot  : “Solidarité”

Tremblement de terre

Témoignages.re / 26 janvier 2010

Dans les ruines de Port-au-Prince, l’envoyée spéciale de "l’Humanité" Cathy Ceïbe témoigne de la souffrance populaire, de la lenteur de l’acheminement de l’aide et de la vie qui, malgré tout, tente de reprendre ses droits.

D’une main lasse, Esterline évente son petit Sony. Couchée sur un carton crasseux posé à même la terre, la jeune mère tente vainement de repousser des mouches nerveuses. Tout autour, ce ne sont que tissus et plastiques sales posés sur des branches de bois. Sous ses abris improbables, la chaleur est suffocante, quasi irrespirable. Bernadette a posé son enfant à quelques mètres. Allongée sur un matelas de mousse rongée, elle caresse l’énorme bandage qui enserre sa jambe fracturée. La jeune femme de vingt-deux ans jette des regards las.
« Nous sommes vingt personnes à dormir sous ces deux toiles », raconte Jovin Feblkière. À peine quelques sacs et de vieilles casseroles décorent cet endroit exigu. Il s’estime chanceux. Il n’a perdu que trois des siens, lors du tremblement de terre du 12 janvier qui a dévasté Haïti. Sa maison est détruite. Il n’a plus rien. « Nous manquons de tout, poursuit Jovin. Nous n’avons pas assez à manger et à boire, nous manquons de médicaments ».
Esterline arrive à peine à donner le sein à son fils.

À Rivière-Froide, dans cette localité reculée du quartier de Carrefour, au Sud de Port-au-Prince, douze camps de réfugiés ont poussé à même les montagnes escarpées. L’aide internationale, qui continue pourtant d’affluer, n’est toujours pas parvenue jusqu’aux habitants de cette terre inhospitalière. Livrés à leur sort, ils subissent l’attente. Isolés, ils ne doivent leur salut qu’à la Congrégation des Petits Frères de Sainte-Thérèse.

La misère, le Frère Léandre la côtoie tous les jours

Certains de ces campements de fortune abriteraient jusqu’à quatre cents personnes. « Nous avons un besoin urgent en eau potable, mais l’urgence, c’est tout et c’est partout », déclare le Frère Léandre, le supérieur général. Pour faire face à la détresse, la Congrégation a mis à disposition le peu de moyens dont elle dispose. Mais ils sont insuffisants. « Nous avons frappé à toutes les portes, mais nous n’avons rien reçu, raconte-t-il. Nous sommes dans une situation de dénuement total, c’est du jamais vu ».

La misère, le Frère Léandre la côtoie tous les jours dans ce pays qui a été réduit à l’état de dépendance. À son époque déjà, le fondateur des Petits Frères avait « touché du doigt le problème de la campagne », rappelle-t-il. À savoir l’importance des « paysans qui nourrissent la population ». La Congrégation n’a pas échappé au séisme. Le dortoir en construction, une bâtisse de béton qui n’avait pas encore servi, n’est plus qu’un amas de pierres comme s’il avait été bombardé.

Les traumatismes et la peur sont latents

Les ateliers de craie et de textile, eux, ne fonctionnaient plus depuis longtemps, à l’image d’une nation qu’on a contrainte de vivre épisodiquement. Les douze écoles qu’elle administre ont été détruites. Celle qui jouxte ces bâtiments menace à tout moment de s’écrouler. Le Frère Lozama, qui nous fait visiter les lieux, tente de dissuader un père et sa jeune fille d’entrer dans l’établissement scolaire. Malgré le danger, ils veulent récupérer le cartable laissé sur place après que les élèves ont quitté précipitamment les lieux, le 12 janvier. Le bien peut paraître dérisoire au regard du danger encouru, mais dans l’océan de pauvreté… « Il faudra désormais accompagner le peuple d’un point de vue psychologique », assure le Frère Léandre. Les traumatismes après le « cataclysme », comme on dit ici, et la peur sont latents même si la vie commence à reprendre ses droits.

Sous les tonnelles de vigne qui jouxtent la Congrégation, près de deux cent quarante personnes « vivent » dans ces mêmes abris de fortune qui ont essaimé dans la capitale. Mme Minelle a ouvert les portes de son terrain où les poules rachitiques disputent le sol aux déplacés. Ici encore, « pas d’eau, pas à manger ». Aucun sanitaire non plus. « Ce sont les mêmes problèmes qu’hier, mais ils se sont multipliés », estime-t-elle. Des enfants curieux au regard malicieux jouent, et rient, semant un peu d’espoir sur cette désolation oppressante. Dans cet univers dénué de tout, affirme Mme Linette, la survie quotidienne ne tient qu’en un mot  : “La solidarité”.



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  • A propos de solidarité internationnale , je rapelle la proposition que j’ai faite dans les journaux de la Réunion le 18 Janvier 2004 , visant à créer un fonds internationnal de solidarité pour venir en aide aux victimes des catastrophes naturelles . Je viens de rappeler cette proposition dans le forum sur l’aide de 10 milliard demandée par les pays pauvres après la conférence Copenhague . Je vous renvoie à cette proposition . Cependant comme on ne peut attendre la création de ce fonds de solidarité pour venir en aide aux sinistrés . Votre journal pourrait rappeler systèmatiquement tous les jours en première page l’adresse à laquelle chacun de nous peut envoyer une petite contribution.

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