Monde

Barack Obama peut démanteler la quasi-totalité de l’embargo

La visite à Cuba de Barack Obama « répare une anomalie historique »

Témoignages.re / 26 mars 2016

Salim Lamrani, professeur à l’Université de La Réunion, spécialiste des relations entre Cuba et les Etats-Unis et auteur du livre « Cuba parole à la défense » a donné une interview aux journaux du groupe de presse quotidienne régionale EBRA (Le Progrès, L’Est Républicain, Le Républicain lorrain, les Dernières Nouvelles d’Alsace, Vosges Matin, L’Alsace, Le Journal de Saône-et-Loire, Le Progrès, Le Dauphiné libéré, Vaucluse Matin). Il apporte un éclairage sur la visite à Cuba du président des États-Unis. En voici le contenu.

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Barack Obama reçu par Raul Castro au Palais de la Révolution.

Cette visite sera-t-elle seulement historique et symbolique ? Que faut-il en attendre ? Sera-t-elle suivie d’effets positifs pour la population cubaine ?

Il s’agit d’une reconnaissance formelle du gouvernement de Cuba par les Etats-Unis. En se déplaçant à La Havane, Barack Obama répare une anomalie historique. En effet, il est impensable que des peuples si proches, historiquement et géographiquement, soient séparés par un différend politique et idéologique. Cette visite renforcera le lien entre les Cubains et les Américains.

Pourquoi a-t-il fallu attendre si longtemps ce rapprochement entre ces deux pays ? N’était-ce pas une opposition dépassée, d’arrière-garde ?

Il convient de rappeler qu’il s’agit d’un conflit asymétrique, avec une hostilité à sens unique. En effet, Washington impose des sanctions économiques sévères à La Havane depuis 1960, suscitant l’opprobre de la communauté internationale. Cuba a toujours fait part de sa volonté à établir des rapports cordiaux avec Washington à condition qu’ils soient basés sur trois principes du droit international : l’égalité souveraine, la réciprocité et la non-ingérence dans les affaires internes.

Les Etats-Unis conditionneront ils une levée des sanctions aux droits de l’homme ?

La rhétorique diplomatique pour justifier les sanctions économiques a constamment fluctué au fil des ans. Pour justifier son hostilité vis-à-vis de Cuba depuis 1959, Washington a successivement fait allusion aux nationalisations des entreprises étasuniennes, à l’alliance avec l’Union soviétique, au soutien apporté par Cuba aux mouvements indépendantistes et révolutionnaires à travers le monde, et enfin aujourd’hui aux droits de l’homme. L’argument des droits de l’homme résiste difficilement à l’analyse, surtout lorsque l’on sait que Washington entretient des relations privilégiées avec des monarchies féodales du Moyen-Orient qui n’ont que très peu de considération pour la condition humaine.

Barack Obama a affirmé que l’embargo serait levé par son successeur à la Maison Blanche. Qu’en pensez-vous ?

En réalité, en tant que chef du pouvoir exécutif, Barack Obama dispose de toutes les prérogatives nécessaires pour démanteler la quasi-totalité du réseau de sanctions économiques, sans nécessiter l’accord du Congrès, ni attendre la prochaine élection. Ainsi, il peut autoriser le commerce bilatéral entre les deux nations, autoriser Cuba à utiliser le dollar dans ses transactions internationales, permettre à l’île d’acheter sur le marché mondial des produits contenant plus de 10% de composants étasuniens, légaliser l’importation de produits fabriqués dans le monde à partir de matières premières cubaines et consentir à vendre à crédit des produits non alimentaires à l’île. Rares sont les secteurs qu’Obama ne peut pas toucher sans l’accord du Congrès. Il faut juste avoir la volonté politique nécessaire.

Sur le long terme, Cuba peut-il devenir un « 51e » Etat américain ? Et quelle répercussion ce rapprochement diplomatique aura-t-il sur le régime communiste cubain en lui-même ?

Non, car Cuba est un pays souverain. Les Cubains, y compris les catégories les plus insatisfaites de la société, sont très attachés à leur indépendance. Ils ne souhaitent pas changer de système politique ou de modèle social. Ils aspirent plutôt à disposer d’un meilleur niveau de vie.



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  • Le Peuple Cubain et son Président Fidel Castro sont resté digne malgré ce blocus adopté par Les USA et ses valets occidentaux . De plus ce blocus était une mesure illégale et aura pesé de façon plus importante que la politique même de son pouvoir.Il y a une dizaine d’années, les pays voisins d’Amérique du sud étaient pratiquement tous dans le sillage des USA . Et là aussi ce changement des nombreux états adoptant un regime plus ou moins socialistes et ont adoptés des relations étroites avec Cuba. Ceci aura pesé dans l’attitude des américains et côté ouvert de son président ont fait les chose qui se passent actuellement. La limite de deux mandats donnera bientôt aux USA un nouveau président et les choses
    évolueront positivement ou ce sera un retour au passé. . Nasser, Mandela, Fidel Castro ... le tiers-monde semble avoir perdu la voix.

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