Monde

Batailles de chiffres sur la crise

L’austérité contestée par des économistes

Céline Tabou / 19 avril 2013

Après les erreurs de calcul sur les multiplicateurs budgétaires, un article écrit par deux économistes conclut qu’une étude stipulant qu’une dette élevée dans les pays riches entraîne une récession et impose donc des mesures d’austérité, composait « de graves erreurs ».

L’article “Croissance en période de dette” ("Growth in a Time of Debt"), publié en 2010 par deux économistes réputés de Harvard et ancien cadres du FMI, Carmen Reinhart et Kenneth Rogoff, « démontre que la croissance s’est révélée sensiblement inférieure dans les pays dont la dette publique dépassait 90% du PIB », a indiqué le quotidien “Le Monde”.

Cependant, trois économistes ont prouvé que l’article, utilisé par les gouvernants, avait omis l’Australie, Autriche, le Canada, le Danemark et la Belgique dans leur panel. Les économistes contestent la méthode utilisée par les chercheurs d’Harvard, malgré tout il semble que l’austérité ne répond pas à la crise.

Une étude très utilisée

«  Cette étude (d’Harvard - NDLR) a été abondamment citée pour appuyer l’idée que la dette publique était la question du jour. Mais leurs auteurs ont commis de graves erreurs  », a affirmé jeudi 18 avril, à l’Agence France Presse l’un des auteurs, Michael Ash, professeur d’économie à l’Université Amherst du Massachusetts.

Selon leurs travaux, « les périodes — où la dette publique des pays riches avait dépassé 90% de leur PIB — correspondaient, en moyenne, à des récessions de l’ordre de -0,1% ». Cette étude a été utilisée par les gouvernements. Basée sur une analyse des données entre 1946 et 2009, les auteurs Carmen Reinhart et Kenneth Rogoff ont estimé que « la croissance économique des pays avec ce ratio de dette a en réalité été de +2,2% ». Mais l’étude des trois économistes remettent en question les deux auteurs, car, ils auraient procédé « à un tri des données ». Les trois universitaires ont assuré que leurs nouvelles conclusions imposent de revoir les « objectifs d’austérité » défendus en Europe ou aux États unis.

« Ce serait vraiment une très mauvaise décision pour un gouvernement d’utiliser ce seuil de 90% », a estimé Michael Ash. Ce seuil de 90% du PIB est utilisé, car il axe, selon l’étude d’Harvard, une récession à 0,1%. Le Groupe des 20 puissances mondiales a proposé que tous les membres du G20 orientent leur politique budgétaire de façon à réussir à ramener le niveau de la dette bien en dessous de 90% du PIB. Pour l’heure, de nombreux pays européens dont la France dépassent les 90% du PIB, les États-Unis sont à 105% environ, le Japon à 200%.

Le pari de la relance

La croissance était plus faible dans les pays dont la dette était supérieure à 90% du PIB, car le taux de croissance moyen ne serait donc pas négatif (- 0,1%) mais positif (2,2%). Cette guerre des chiffres remet en question les politiques d’austérité imposées par l’Union européenne, le FMI et la Banque centrale européenne. Car le 90% du PIB entraînant une récession de 0,1% est acté dans la politique envisagée par le gouvernement Ayrault, dans le programme de stabilité, présenté prochainement.

Pour Evariste Lefeuvre, chef économiste chez Natixis, «  la vraie leçon est qu’en économie, les seuils n’existent pas ». Pour de nombreux responsables politiques, l’austérité est jugée inutile, car nuisant à la relance de l’économie et pesant sur les mangés. 

Mercredi 17 avril, les parlementaires européens réunis ont exhorté la BCE à « faire davantage pour la croissance et l’emploi », notamment par une politique de prêts à taux très réduit bénéficiant « directement à l’économie réelle »,  a expliqué “Les Echos”. Certains États européens ont d’ailleurs tranché, avec la relance, ou l’effondrement de l’économie. Pour exemple, les Pays-Bas ont misé sur une relance de la consommation et de l’investissement pour sortir de la crise. Au Portugal, la Cour constitutionnelle a censuré les nouvelles coupes budgétaires jugées discriminatoires. Seul bémol, selon “Le Monde”, les dirigeants devront convaincre certains partenaires européens d’assouplir l’objectif des 3% de déficit public, afin de concilier rigueur budgétaire et croissance économique.

Céline Tabou


Kanalreunion.com