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Boko Haram : catastrophe économique au nord du Cameroun

La crise sécuritaire influence les prix dans les zones où sévit la secte Boko Haram

Témoignages.re / 10 mars 2015

La crise sécuritaire due à la secte islamiste Boko Haram dans la partie septentrionale du Cameroun et les tensions politiques en Centrafrique, ont fortement impacté les prix des produits dans les zones menacées, selon un rapport du ministère de l’Economie du Cameroun publié en mars 2015.

Le rapport indique qu’un double effet sur la hausse des prix inhérente à la baisse de l’approvisionnement des produits importés en provenance du Nigeria - carburant, produits manufacturés, etc. - a été observé en octobre dernier.

Il ressort du rapport par exemple une hausse de 35% du prix du carburant provenant des canaux informels, mais qui continue d’alimenter les circuits d’approvisionnement en carburant qui reste néanmoins le plus demandé en raison de son prix bas - 600 F CFA le litre par rapport au carburant des stations-service issu du circuit formel qui coûte 674 F CFA le litre et des capacités de stockage limitées.

Ce phénomène a été relativement contenu en ce qui concerne d’autres produits grâce à la hausse de l’approvisionnement des substituts d’origine camerounaise en provenance du Sud du pays.

Les marchandises circulent difficilement

En effet, selon le même rapport, on observe une reconversion de certains clandestins ou informels vers les canaux d’approvisionnement formels. Ce phénomène a permis d’éviter les pénuries et a atténué l’effet sur les prix.

L’impossibilité d’exporter les produits locaux tels que le riz paddy, les céréales, les tubercules, les oignons, l’ail, les fruits, les légumineuses et autres bestiaux vers le Nigeria, a induit une abondance de l’offre et une baisse de prix dans certaines localités.

C’est ainsi que le prix du sac de mil a chuté d’environ 44% par rapport à la même période l’année dernière, le prix du kilo de viande a chuté de 20% pendant que le prix du riz a baissé de près de 19%.

Les difficultés que traversent les différents secteurs d’activités affectent également l’emploi, notamment les emplois directs dans les secteurs agricoles, de tourisme et d’hôtellerie, de transport, du commerce, des travaux publics et les emplois indirects.

De nombreux licenciements

Le rapport a également noté des licenciements, des abandons, des accumulations d’arriérés de salaires et des mises au chômage technique dans ces localités.

A titre d’illustration, les informations fournies par le Président régional du Syndicat Patronal des Industries Hôtelières et du Tourisme, Chambre de l’Extrême-nord (Spiht-En) font état de près de 25% du personnel compressé (licenciement, chômage technique, mise à la retraite anticipée) uniquement dans le secteur hôtelier à Maroua, à cause des effets de la situation d’insécurité.

Le phénomène est encore plus accentué dans certains établissements phares comme Novotel et l’Hôtel Porte-Mayo qui ont perdu respectivement 50% et 40% de leurs personnels.

Régulièrement en proie à la crise alimentaire favorisée à la fois par les causes naturelles que sont les aléas climatiques, la pauvreté des sols, les inondations, les invasions d’insectes structurelles et par la forte croissance démographique, la difficulté d’accès aux intrants agricoles, la mauvaise gestion des récoltes, l’exportation vers les pays voisins par manque de structures de transformation, la région de l’Extrême-nord se trouve plus affaiblie par la crise sécuritaire qu’elle traverse.

Cette situation qui est à l’origine de la déscolarisation, des risques sanitaires, de chômage des jeunes et de toutes sortes de banditisme (coupeurs de route, enrôlement dans les mouvements terroristes) constitue un frein pour le développement de l’activité économique de la région.

Le stockage pour lutter contre la volatilité

Pour y remédier, le ministère propose des pistes de solutions telles que la construction des magasins de stockage des produits agricoles, la construction et l’aménagement des forages et autres points de retenue d’eau à usages divers.

Il en est de même de l’accroissement des capacités de stockage et de distribution des produits pétroliers dans les localités concernées, la mise en œuvre du projet d’industrialisation des filières bovines et porcines par la construction d’abattoirs modernes et des entrepôts frigorifiques au Cameroun dans les localités concernées, la promotion de l’industrie de transformation du cuir, la création des nouvelles zones de pâturages, des pistes des bétails dans les localités d’accueil des déplacés et autre vaccination et traitement des cheptels dans l’ensemble des localités concernées.

Avec la maîtrise de la situation sécuritaire par les forces de défense, le gouvernement devra permettre à la partie septentrionale de relancer ses activités économiques et soulager ses populations pour favoriser une meilleure contribution à l’économie nationale, conclut le rapport.


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