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Bosnie : Le chômage et la pauvreté, raison de la contestation

Manifestations

Céline Tabou / 12 février 2014

Des émeutes ont éclaté en marge de la manifestation contre la pauvreté et le chômage en Bosnie, vendredi 7 février à Tuzla (nord-est de la Bosnie), à Sarajevo et à Zenica (centre). Les manifestants reprochent au gouvernement son incapacité à relancer l’économie du pays et réduire la pauvreté.

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Manifestation lundi à Zenica. (photo BiH)

Les contestataires dénoncent le gouvernement de Nebojša Radmanovic qui ne parvient pas à résorber l’appauvrissement croissant de la population en Bosnie, où près d’une personne sur deux est au chômage. Ces manifestations sont les premières aussi violentes depuis la guerre intercommunautaire des années 1990.

« La révolte des citoyens »

Depuis le 4 février, les bosniaques sont dans la rue pour dénoncer « une classe politique engluée dans des querelles politiciennes et incapable de redresser une économie sinistrée » depuis la fin de la guerre intercommunautaire de 1992-1995, a expliqué le journaliste de l’Agence France Presse.

Un des leaders de la manifestation, Aldin Siranovic, a relayé la volonté de la population de voir son gouvernement démissionner : « Ils nous volent depuis 25 ans et ruinent notre avenir. Nous voulons qu’ils s’en aillent ». Le principal quotidien local, « Dnevni Avaz », a titré en Une « La révolte des citoyens ! » et le quotidien Oslobodjenje : « Le printemps bosnien ! ».

La situation actuelle est la conséquence d’une politique opaque, où la corruption est devenue endémique. Pays balkanique de 3,8 millions d’habitants, la Bosnie est l’un des pays les plus pauvres d’Europe. Le chômage touche 44% de la population active, mais la Banque centrale a estimé le nombre de personnes sans emploi à 27,5% en raison du travail au noir.

« Le taux élevé de chômage (...) continue de représenter une menace et doit être combattu pour assurer un avenir paisible et prospère à la Bosnie », avait prévenu la directrice de la Banque mondiale pour l’Europe du Sud-Est, Ellen Goldstein, en janvier 2014.

Exaspération de la population

De plus, selon des données officielles fournies à l’AFP, le salaire mensuel moyen est de 420 euros, et près d’un habitant sur cinq vit dans la pauvreté. « De plus en plus de gens vivent dans la misère et dans la pauvreté, ils ont faim. Le peuple a perdu l’espoir et ne croit plus à une amélioration de la situation. Manifester est leur seul moyen » d’être entendu, a expliqué à l’AFP, un analyste local, Vehid Sehic.

De son côté, Srecko Latal, a indiqué que « ce qui s’est passé ces derniers jours est l’explosion du mécontentement et de la colère qui se sont accumulés au cours des dernières années ». « Cette exaspération est liée à une situation politique absolument chaotique et à une situation économique et sociale qui s’est sérieusement aggravée », a-t-il ajouté.

Après cinq jours de manifestation, le Parti Social-Démocratie (sdp), qui est l’une des principales formations membres de la coalition au pouvoir, et le membre musulman de la présidence tripartite de la Bosnie, Bakir Izetbegovic, ont appelé à l’organisation d’élections anticipées, qui devaient avoir lieu en octobre. Pour l’heure, la question es t de savoir si l’Union Européenne va envoyer des troupes dans la république ex-yougoslave. Pour le diplomate autrichien Valentin Inzko, haut représentant de la communauté mondiale à Sarajevo : « si la situation s’aggrave à l’avenir également, nous envisagerons, probablement, l’envoi de troupes de l’UE mais pas aujourd’hui », a-t-il indiqué au journal viennois Kurier.

 Céline Tabou 


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