Monde

Burkina Faso : les États-Unis sortent du bois

Prise de position contre l’armée arrivée au pouvoir

Témoignages.re / 2 novembre 2014

Les États-Unis ont condamné la tentative de l’armée burkinabèe "d’imposer sa volonté au peuple du Burkina Faso", et demandé aux militaires de transférer immédiatement le pouvoir à des autorités civiles. Ces commentaires des Etats-unis surviennent à un moment où les manifestants, mécontents de la "confiscation" par l’armée de la victoire de leur peuple, appellent à d’autres manifestations ce dimanche contre la prise du pouvoir par les militaires après la fuite de M. Compaoré en Côte d’Ivoire voisine.

« Nous exhortons les dirigeants civils à être guidés par l’esprit de la constitution du Burkina Faso et à organiser immédiatement une élection présidentielle libre et juste », a déclaré le Département d’État américain dans un communiqué sur son site web repris à Accra dimanche.

Dans leur premier commentaire sur l’évolution de la situation politique dans cet État d’Afrique de l’Ouest la semaine dernière, qui a débouché sur la démission du Président Blaise Compaoré vendredi, les États-Unis ont déclaré : « Nous regrettons les pertes de vies cette semaine au Burkina Faso et invitons toutes les parties à éviter d’autres violences ».

Ces commentaires des États-Unis surviennent à un moment où les manifestants, mécontents de la “confiscation” par l’armée de la victoire de leur peuple, appellent à d’autres manifestations ce dimanche contre la prise du pouvoir par les militaires après la fuite de M. Compaoré en Côte d’Ivoire voisine.

Les autorités militaires burkinabèes ont désigné samedi le Lieutenant-colonel Yacouba Isaac Zida comme chef d’État pour conduire la transition jusqu’à l’installation d’un président démocratiquement élu. Des élections étaient prévues pour l’année prochaine avant le soulèvement populaire de centaines de milliers de personnes.

Samedi, moins de 24 heures après la démission du Président Blaise Compaoré sous la pression populaire, une apparente lutte pour le pouvoir a eu lieu dans les rangs de l’armée faisant craindre une éventuelle confrontation.

Le Lieutenant-colonel Zida, numéro deux de la garde présidentielle, indiquait dans un communiqué qu’il assumait la responsabilité de la transition, contredisant le chef d’état-major des armées, le général Honoré Traoré, qui s’était annoncé comme le chef de l’État « conformément aux dispositions constitutionnelles ».

Mais les chefs de l’armée, considérés comme proches du président déchu, ont présenté rapidement un front uni lors d’une réunion samedi en s’entendant sur le fait que le Lieutenant-Colonel Zida devait diriger la transition.

D’autre part, le favori des manifestants, qui ont chassé M. Compaoré du pouvoir, est le général à la retraite Kouamé Lougué. Son nom était scandé et inscrit sur de nombreuses banderoles lors des manifestations monstres dans la capitale du Burkina Faso, Ouagadougou.

Dr Mohamed Ibn Chambas, émissaire du secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, en Afrique de l’Ouest, est au Burkina Faso et a commencé à s’entretenir avec les diverses parties pour résoudre cette crise.

M. Ban Ki-moon a déclaré que la mission de M. Chambas, un ancien président de la Commission de la CEDEAO, était entreprise conjointement avec l’UA et la CEDEAO.

M. Compaoré, qui a dirigé le Burkina Faso pendant 27 ans, cherchait à amender la constitution afin de pouvoir briguer un autre mandat.

Par ailleurs, le Conseil de Paix et de Sécurité de l’Union africaine (Cps) doit se réunir lundi, pour se pencher sur une éventuelle suspension du Burkina Faso, après la démission du Président Compaoré et la prise du pouvoir par les militaires.

La présidente de la Commission de l’Union africaine (Cua), Nkosazana Dlamini-Zuma, a indiqué que l’armée burkinabèe devait immédiatement remettre le pouvoir à un candidat consensuel pour diriger un gouvernement de transition qui organiserait des élections après le renversement du président.

L’Ua s’est félicitée de la démission du Président Compaoré, en estimant qu’elle « ouvrait l’espace politique nécessaire pour permettre à toutes les parties d’œuvrer ensemble à trouver une solution durable à cette crise ».

"La présidente continue à suivre étroitement la situation au Burkina Faso. Elle prend acte de la démission du Président Blaise Compaoré, qui ouvre l’espace politique nécessaire pour tous les acteurs concernés pour œuvrer ensemble à trouver une résolution durable à la crise dans ce pays », selon un communiqué de l’Ua.

Mme Zuma a déclaré que les politiques et la société civile au Burkina Faso devaient travailler ensemble dans un esprit de consensus et de responsabilité, afin de s’entendre sur une transition conduite par un régime civil. Ce gouvernement de transition devant organiser une élection « le plus tôt possible ».

Mme Zuma a déclaré qu’il était du devoir et de l’obligation des forces de défense et de sécurité de se placer à la disposition des autorités civiles qui dirigeraient la transition et d’agir dans un esprit républicain.

Elle a invité les chefs des forces de sécurité et de défense à s’abstenir de tout acte ou déclaration qui pourrait conduire à encore plus d’instabilité au Burkina Faso et avoir un impact négatif sur la sécurité et la stabilité régionales.


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