Monde

Catalogne : l’intervention du roi d’Espagne accentue les tensions

Le chef d’État s’exprime en faveur d’un parti politique au lieu d’appeler au dialogue

Manuel Marchal / 5 octobre 2017

Au lieu d’appeler au dialogue, l’intervention du roi d’Espagne dans la crise institutionnelle entre la Catalogne et le pouvoir central ne fait qu’accroître les tensions.

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Le chef de l’Etat espagnol n’a pas condamné la violence de la répression.

Mardi, la Catalogne était en grève générale. Une manifestation pour l’indépendance et contre la répression lors du scrutin de dimanche a rassemblé le même jour plus de 700.000 personnes à Barcelone. Mardi soir, le roi d’Espagne est sorti de sa réserve. Il a condamné la tenue du référendum et soutenu le camp de la répression sans avoir un mot pour les victimes des violences policières.

Cette position marque une brutale irruption de la monarchie comme soutien d’un parti politique. Elle est inquiétante au regard de l’histoire contemporaine de l’Espagne. En effet, avant la dictature de Franco, l’Espagne était une république dirigée par un Front populaire, qui venait de mettre fin à la monarchie. À la fin de la Seconde guerre mondiale, le régime franquiste a échappé au même sort que le nazisme en Allemagne et les fascismes en Italie et en Europe de l’Est en se mettant sous le parapluie des États-Unis. L’Espagne a adhéré à l’OTAN, et est devenue une base importante pour l’armée américaine en Europe. Franco a donc pu garder le pouvoir jusqu’à sa mort. Il s’est même permis de choisir son successeur et de garantir l’impunité pour les complices de ses crimes. Il décida le retour à la monarchie avec à sa tête Juan Carlos, petit-fils du dernier roi d’Espagne.

Ce dernier mit rapidement fin à la dictature, lui laissant malgré tout le temps d’autodissoudre ses structures politiques. Il soutint ensuite le processus démocratique en appelant l’armée à désobéir pour faire échouer un coup d’État mené par des officiers réactionnaires en 1981. Le retour au parlementarisme s’est accompagné du rétablissement de l’autonomie pour le Pays Basque et la Catalogne comme au temps de la République, à ceci près que les libertés des élus catalans ne sont pas aussi importantes que celles de leurs homologues basques.

Appel à l’unité, pas au dialogue

Historiquement, la monarchie espagnole a succédé au franquisme, et c’est au dictateur qu’elle doit son retour à la tête de l’État. Le compromis trouvé était celui de la monarchie parlementaire, avec un roi qui ne se mêle pas des affaires de l’État. À la différence de Juan Carlos en 1981, le roi Philippe est intervenu pour prendre parti en faveur d’un acteur d’une crise politique. En effet, la démocratie n’est pas menacée en Espagne par des militaires tentés par un retour au franquisme. Il est par contre clairement établi qu’il faut remonter à l’époque de Franco pour voir un pouvoir utiliser de telles méthodes pour empêcher des personnes d’aller voter.

L’intervention du roi d’Espagne dans la crise aurait été bénéfique s’il avait adressé un message de soutien aux victimes des violences et s’il avait lancé un appel au dialogue. Tel n’a pas été le cas, et le fossé s’est encore agrandi entre les partisans de l’indépendance de la Catalogne et ceux du maintien de ce pays dans l’Espagne.

M.M.



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Messages






  • - malmener son peuple qui veut seulement voter est une dictature,
    - emprisonner les dirigeants de la Catalone est une dictature,
    Apres tous les derniers scandales de la monarchie...
    le roi se permet de s’exprimer contre les independistes,,,
    tout le monde en prison...retablissons l’ordre en Catalone !
    Et a propos de sa soeur,"no lo se",
    et de son beau-frere toujours pas en prison...
    vivant dans un luxueux attico a Genevre,
    la justice serait-elle egale pour tous en Espagne ?...
    L’abolition de la monarchie permetterait l’unification de toutes les regions d’Espagne.

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