Monde

Che Guevara : une vie au service des opprimés

50e anniversaire de la mort du « guerillero héroïque », symbole de la résistance à l’oppression

Témoignages.re / 9 octobre 2017

Ce lundi marque le 50e anniversaire de la mort de Che Guevara. De nombreuses commémorations auront lieu dans le monde. Sa vie est riche d’enseignements. Elle avait été exposée dans un article de Salim Lamrani, publié dans Témoignages du 17 au 27 juin dernier sous le titre : « 50 vérités sur Ernesto Che Guevara ». En voici quelques extraits.

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Ernesto Guevara est né le 14 juin 1928 à Rosario, en Argentine, au sein d’une famille de cinq enfants. Ses parents Ernesto Guevara Lynch et Celia de la Serna font partie de la classe aisée et aristocratique.

En 1948, il commence une carrière de médecine à l’Université de Buenos Aires. Il obtiendra son diplôme en 1953.

De janvier à juillet 1952, à l’âge de 24 ans, Guevara réalise son premier voyage international à moto avec son ami Alberto Granado. En mai 1952, à Lima, Guevara fait la connaissance du docteur Hugo Pesce, dirigeant du Parti communiste péruvien et disciple de José Carlos Mariátegui qui travaille dans une léproserie. Cette rencontre ainsi que les mois qu’il passera au sein de l’institution médicale à soigner les lépreux se révèleront décisifs et traceront son destin futur de lutte en faveur des opprimés. Durant ce voyage, Guevara découvre la misère et l’exploitation des peuples latino-américains, notamment par les multinationales étasuniennes.

Le 24 décembre 1953, il arrive au Guatemala alors dirigé par le Président réformateur Jacobo Arbenz. Il y passera neuf mois dans des conditions économiques difficiles. Au Guatemala, Guevara se lie d’amitié avec Antonio « Ñico » López, exilé cubain qui avait pris part à l’attaque de la caserne Moncada lancée par Fidel Castro le 26 juillet 1953. López sera à l’origine du surnom « Che » de Guevara, en référence à l’interjection typiquement argentine utilisée par le jeune médecin.

Rencontre avec Fidel

En 1955, Guevara rencontre Raúl Castro, récemment sorti de prison, avec lequel il se lie d’amitié. Peu après, il le présente à Fidel Castro. Ce dernier se souvient : « Le Che était de ceux pour qui tout le monde ressentait immédiatement de l’affection, à cause de sa simplicité, de son caractère, de son naturel, de son esprit de camaraderie, de sa personnalité, de son originalité. Il n’a pas fallu beaucoup de temps pour nous mettre d’accord et l’accepter dans notre expédition. […] Quand nous nous sommes rencontrés, il était déjà un révolutionnaire formé, un grand talent, une grande intelligence et une grande capacité théorique ».

Guevara est également marqué par la personnalité de Fidel Castro. Dans une lettre à ses parents, il écrit : « J’ai sympathisé avec Raúl Castro, le petit frère de Fidel. Il m’a présenté au chef du Mouvement. […] J’ai bavardé avec Fidel toute la nuit. Et au petit matin j’étais déjà le médecin de la future expédition. […] Fidel m’a impressionné comme un homme extraordinaire […]. Il avait une foi exceptionnelle. […] Je partageais son optimisme ». Che demande alors à Fidel Castro de lui permettre d’aller se battre en Argentine, une fois que la Révolution triompherait à Cuba.

Révolution à Cuba

Le 2 décembre 1956, Guevara débarque à Cuba avec les révolutionnaires menés par Fidel Castro. Ils sont rapidement dispersés par l’armée de Batista qui les surprend dès leur arrivée.

Che Guevara se distingue très vite par son audace et ses capacités de leader.

Fidel Castro décide de le nommer commandant en juillet 1957 et Guevara prend la tête d’une deuxième colonne appelée « Colonne n°4 » pour tromper l’ennemi sur le nombre de guérilléros. Guevara est le premier à obtenir ce grade, bien avant Raúl Castro.

Implacable avec les traitres, les assassins, les voleurs et les violeurs à qui il applique la peine capitale, Guevara se montre en revanche généreux avec les soldats ennemis faits prisonniers auxquels il accorde la plus grande attention, ainsi qu’avec les blessés.

Guevara joue un rôle-clé dans la création de l’Institut national de réforme agraire et l’élaboration de la loi de Réforme agraire promulguée en mai 1959. Selon lui, « le guérillero est d’abord et avant tout un révolutionnaire agraire. Il interprète les souhaits de la grande masse paysanne de posséder la terre, les moyens de production, les animaux et tout ce pour quoi elle a lutté pendant des années ».

Renoncement à un poste de ministre

En 1959, Guevara est nommé Ministre de l’Industrie puis Président de la Banque nationale et signe les billets de son surnom « Che », pour illustrer son mépris pour l’argent et les richesses matérielles. Il procède à la nationalisation des secteurs stratégiques de l’économie du pays.

En 1960, lors du Premier Congrès des jeunesses latino-américaines, Guevara développe le concept de « l’homme nouveau socialiste » qui privilégierait l’intérêt général aux aspirations personnelles. Il met en avant l’importance du travail volontaire, « une école qui développe la conscience », et donne l’exemple tous les weekends en travaillant bénévolement dans les usines, les champs de canne et les ports. Il entreprend également une tournée dans le bloc socialiste et en Chine et signe de nombreux accords commerciaux.

En 1964, le Che renonce à ses fonctions au sein du gouvernement révolutionnaire afin de reprendre la lutte armée en Amérique du Sud. Les conditions n’étant pas encore réunies, Fidel Castro lui propose de partir en Afrique, au Congo, où Patrice Lumumba venait d’être assassiné par la CIA trois ans auparavant. Situé au centre de l’Afrique, doté de frontières avec neuf pays, le Congo pouvait être le noyau révolutionnaire qui s’étendrait à tout le continent.

En 1965, Guevara écrit la lettre d’adieu à Fidel Castro dans laquelle il renonce définitivement à ses fonctions et à la nationalité cubaine et fait part de sa volonté de faire la révolution dans d’autres contrées. La lettre sera rendue publique en octobre 1965 lors du Premier congrès du Parti communiste cubain.

Armée de libération nationale de Bolivie

Après un séjour à Prague, Guevara retourne secrètement à Cuba où il décide de partir pour la Bolivie, alors sous le joug de la dictature du général René Barrientos. L’objectif est de lancer un mouvement insurrectionnel qui s’étendrait à toute l’Amérique du Sud.

Le 7 novembre 1966, Guevara commence la rédaction de son journal de Bolivie. Au total, 47 combattants, dont 16 Cubains, composent l’Armée de libération nationale de Bolivie et occupent la zone montagneuse du sud-est du pays près du fleuve Ñancahuazú.

Le 8 octobre 1967, l’armée surprend la troupe à Quebrada del Churo. Afin de permettre aux blessés de s’échapper, Che décide d’affronter l’armée avec les quelques hommes valides. Après plusieurs heures de combat, Guevara, blessé à une jambe, est capturé par l’armée, qui l’enferme dans une école de La Higuera. Seuls cinq guérilléros survivront et réussiront à se réfugier au Chili.

Le 9 octobre, le dictateur Barrientos, suivant les ordres de la CIA, ordonne l’exécution du Che. Le colonel bolivien Miguel Ayoroa, qui a participé à la capture du Che, témoigne : « Un des hommes de la CIA était Félix Rodríguez, un Cubain exilé. Il est entré dans la petite école et a crié ‘Tu sais qui je suis ?’. Le Che l’a regardé avec mépris et lui a répondu : ‘Oui, un traitre’, et il lui a craché dessus ».

Félix Rodríguez racontera plus tard : « J’ai demandé [au sergent] Terán d’accomplir l’ordre. Je lui ai dit qu’il devait viser en dessous du cou car ainsi nous pourrions démontrer qu’il était mort au combat. Terán a demandé un fusil et est entré dans la salle avec deux soldats. Quand j’ai entendu les tirs, j’ai noté dans mon carnet 1h10 pm, 9 octobre 1967 ».

Postérité du Che

En 1997, les restes du Che et de ses camarades de lutte sont transférés à Cuba où ils reposent dans le Mémorial Ernesto Guevara de la ville de Santa Clara.

Doté d’une grande intelligence, Guevara a laissé de nombreux écrits et une philosophie politique nommée Guevarisme. Selon Fidel Castro, « le Che était un homme de pensée profonde, d’une intelligence visionnaire, un homme de grande culture. Il réunissait en sa personne l’homme d’idées et l’homme d’action […]. La pensée politique et révolutionnaire du Che aura une valeur permanente au sein du processus révolutionnaire cubain et du processus révolutionnaire latino-américain ».

Che Guevara reste dans la mémoire collective des peuples comme le défenseur des opprimés, celui qui s’est indigné face aux injustices, le symbole du désintéressement, et l’homme qui a pris les armes au nom de l’intérêt supérieur des damnés de la terre.

Extraits de « 50 vérités sur Ernesto Che Guevara », article de Salim Lamrani