Monde

Chypre défie la troïka

Le Parlement refuse les privatisations exigées par le FMI, la BCE et l’Union européenne

Céline Tabou / 1er mars 2014

Le Parlement chypriote a rejeté le plan gouvernemental de privatisations exigé par les bailleurs de fonds (FMI, BCE, UE), remettant en cause le déblocage d’une nouvelle tranche d’aide du mois prochain, dans le cadre de l’accord conclu en mars 2013 avec l’Union européenne et le Fonds monétaire international (FMI).

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Le vote des député aura été serré, avec 25 voix pour, 25 voix contre et cinq abstentions. Des heures avant le vote, des centaines de manifestants se sont réunit devant le Parlement à Nicosie pour dénoncer le plan mit en place par la Banque Centrale Européenne (BCE), l’Union Européenne (UE) et le FMI.

Chantage au crédit

Le Parlement chypriote a refusé d’adopter une loi très controversée sur la privatisation des principaux services publics, en échange d’une aide de 10 milliards d’euros par les bailleurs de fonds. Cette proposition de loi débouche des accords signés en mars 2013, visant un plan de sauvetage international, associé à des mesures drastiques. Le rejet de cette loi s’avère être un moyen de pression de la troïka, qui a remit en question le versement d’un nouveau versement de 236 millions d’euros. En privatisant ses entreprises publiques, le gouvernement aurait levé 1,4 milliards d’euros de bénéfices.
Face à cette situation, la télévision publique chypriote a annoncé selon les agences de presse que « si les créditeurs internationaux réagissaient mal à cette décision du Parlement, un nouveau vote pourrait être organisé dans les prochains jours ». De plus, le président de droite Nicos Anastasiades pourrait être amené à renégocier l’accord de privatisation avec la troïka, selon les médias chypriotes.

Depuis près d’un an, Chypre est sous tutelle budgétaire. Une tutelle qui a entrainé des coupes budgétaires sous conditions draconiennes conduisant à la liquidation de sa deuxième banque. La première banque du pays a été restructurée, imposant aux déposants entre 47,5 et 100% de pertes sur leurs avoirs au-delà de 100.000 euros, selon l’AFP. Depuis le début de la crise financière à Chypre, les retraits bancaires sont toujours limités à 300 euros par jour.

Double peine pour les Chypriotes

Quelques semaines avant le vote au Parlement, plusieurs mouvement de contestation ont eu lieu dans le pays, comme les grèves des salariés des compagnies de l’électricité (EAC), des Télécoms (Cyta) et de l’Autorité des Ports, les trois sociétés devant être privatisées. Les syndicats avaient d’ailleurs appelé à une grève de 24 heures jeudi 27 février, dans les principaux ports de Chypre, Limassol et Larnaca. A EAC, les employés ont fait grève mercredi 26 février, conduisant à des coupures d’électricité, et l’autorité des télécoms a fermé lundi 24 pour trois jours.

En réponse aux inquiétudes des salariés, le gouvernement a assuré que les droits des travailleurs seraient protégés, proposant que les employés acquièrent des parts des entreprises. Cependant, avec la conjoncture actuelle, certains craignent que les actions se vendent à un trop bas prix, et que les privatisations soient mauvaises pour les employés et les consommateurs.

Lors de la manifestation de jeudi devant le Parlement, Christos Toufesxis, ingénieur électricien à l’EAC a expliqué au quotidien Le Figaro, « Pour un petit pays comme Chypre, ces changements auraient dû se faire progressivement et être expliqués ». Ce dernier a précisé qu’"il y a trop de fonctionnaires, mais personne ne tient à perdre son travail, d’autant que le chômage atteint les 17% de la population active. Sans parler des prix de l’électricité qui vont sans doute augmenter… ». Ce dernier, amer comme nombre de ces concitoyens, a indiqué que « ce qui se passe à Chypre est injuste, d’une part, nous subissons la pression de la troïka pour un milliard d’euros de prêts, alors que la Grèce, qui a déjà perçu 240 milliards d’euros d’aide, n’a pas finalisé les réformes imposées ».

Ajoutant « d’autre part, nous fournissons chaque année l’équivalent d’un million d’euros à la partie nord occupée de l’île, sans être payés par la Turquie ». Face à la tension persistante, le gouvernement devra rapidement trouver une solution afin d’endiguer la crise, et notamment les fermetures de commerces, une consommation en berne et la défiance des investisseurs internationaux.

 Céline Tabou  


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