Monde

Comment l’Argentine s’en est sortie

Entreprises autogérées et relance de la production

Céline Tabou / 25 octobre 2011

En 2001, après trois années de récession, l’Argentine a vu son économie s’effondrer avec une dette extérieure de plus de 155 milliards de dollars. Cette crise économique et sociale a entrainé des affrontements qui ont fait des dizaines de morts et de blessés.

N’ayant pas respecté le programme de réformes économiques dit plan « déficit zéro » lancé en juillet 2001, le FMI refuse d’accorder au pays une aide de 1,3 milliard de dollars, après avoir déjà débloqué 20 milliards de dollars durant l’année, le 5 décembre 2001. Dans la suite, la Banque mondiale et la BID (Banque interaméricaine de développement) suspendent à leur tour le versement de 1,1 milliard de dollars.

Les Argentins ont protesté contre la décision du gouvernement de limiter les retraits bancaires à 250 pesos par semaine pour empêcher l’effondrement du système financier. Cette dernière mesure, parmi tant d’autres, a été la goutte d’eau qui a poussé des milliers d’Argentins dans les rues. L’instabilité sociale a entrainé une instabilité politique, le pays a vu cinq présidents passer en quelques jours.

Défaut de sa dette publique extérieure

Le pays fait défaut sur sa dette publique extérieure de 132 milliards de dollars et met un terme à la parité fixe de 1 pour 1 entre le peso et le dollar. Le gouvernement dévalue sa monnaie afin d’atténuer les effets sur la crise. En 2002, l’Argentine connait une récession de 12% du PIB, 57% de la population est pauvre et 23% des Argentins sont au chômage. Dès 2003, la croissance économique est repartie, pour atteindre 9,2% en 2005. L’ancien président Nestor Kirchner (président de 2003 à 2007) rembourse en avance la dette envers le FMI afin de rompre les liens économiques avec l’organisation internationale.

Pour faire face au manque d’emploi et d’activité, des coopératives autogérées sont ouvertes dans les usines et entreprises abandonnées par leurs patrons et leur capital. La production est ainsi relancée, tandis que les étrangers quittent le pays. En 2007, près de 10.000 personnes travaillent dans ces entreprises autogérées représentant une source d’emploi et une croissance économique non négligeables.

Le redressement économique est dû au boom des matières premières agricoles. Comme l’a expliqué “Les Échos”, le prix du soja est ainsi passé d’environ 200 dollars la tonne en 2002 à 450 aujourd’hui. Premier exportateur mondial de farine et d’huile de soja, troisième pour les graines, deuxième pour le maïs et cinquième pour le blé, l’Argentine est parvenue à sortir de la crise grâce à ses exportations, sur lesquelles l’État prélève des taxes. De plus, le pays a su conquérir des marchés juteux, comme la Chine. Les exportations argentines, agricoles et industrielles, ont pu progresser grâce à un taux de change avec le dollar conservé par la Banque centrale.

Le FMI réitère ses conditions

Alors que le Fonds monétaire international fait pression sur la Grèce, l’Argentine est parvenue à sortir de la crise en mettant en place une politique à l’inverse de celle préconisée par le Fonds. Roberto Lavagna, ministre de l’Économie de 2002 à 2005, a expliqué aux “Échos” que « le pays ne doit pas son salut à des causes externes, mais bien à la politique mise en place par le gouvernement ». Cette dernière est basée sur la relance de la demande, avec la priorité aux classes moyennes et défavorisées.

L’ancien ministre fustige aujourd’hui les plans de rigueur imposés à la Grèce. « Sans consommation, une économie ne croît pas. Ces programmes d’ajustement sont totalement inutiles. En réalité, ils ne font que réduire la demande quand le problème, lors d’une récession, c’est justement que la demande est insuffisante [...]. Quand une économie a une offre et un capital installés, mais pas de demande, c’est totalement contre-productif d’exiger l’équilibre fiscal [...]. C’est une erreur fondamentale qu’a commise le FMI et qu’il continue de commettre ».

Après avoir promis une aide financière aux autorités argentines, le FMI avait conditionné cette aide, et demandé un plan d’austérité destiné à « améliorer le climat d’investissement et combiné à un renforcement de la confiance intérieure et extérieure, jeter les fondements d’une croissance soutenue en Argentine ». Considérée comme un pays modèle par l’organisation internationale, l’Argentine est depuis devenue indépendante de l’institution et a relancé l’économie de son pays.

Céline Tabou 


Cristina Kirchner réélue dès le premier tour

La présidente argentine, Cristina Kirchner, a été élue dimanche 23 octobre dès le premier tour pour un nouveau mandat de quatre ans. Cette dernière a obtenu 53,08% des voix contre 17,11% pour son principal rival, le socialiste Hermes Binner, et 12,48% pour le radical Ricardo Alonsin, selon les résultats officiels, lors du dépouillement de 41,6% des urnes.
« Ces chiffres m’impressionnent et je suis infiniment reconnaissante. Si j’avais parlé de ces chiffres-là il y a à peine deux ans, on nous aurait traités de fous ! », a déclaré la présidente aux Argentins. Avec une croissance estimée à 8% cette année, un chômage à son plus bas niveau depuis vingt ans et une confiance soutenue des ménages, Cristina Kirchner a fait le choix d’une politique interventionniste : contrôle des prix, quotas agricoles et financement de la dette par une partie des réserves de la Banque centrale.
A l’instar de son époux, Nestor Kirchner, président de 2003 à 2007, Cristina Kirchner s’est attirée les foudres de Wall Street, mais l’attention des Argentins, encore traumatisés par la crise économique et sociale de 2001, suite à des années de libéralisme forcené, notamment lors de la présidence de Carlos Menem.



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  • Cet article explique que l’Argentine s’en est sortie grace à ses exportations. C’est vrai.

    Ce qui est aussi vrai, c’est que l’Argentine ne parvient toujours pas à calmer ses vieux démons : la collusion du pouvoir avec les syndicats, et l’inflation. L’un entraine l’autre : les secteurs protégés par le gouvernement (fonctionnaires et secteurs fortement syndicalisés) obtiennent 35% d’augmentation par an (contre 20% pour les secteurs non protégés (privé)) ce qui crée l’inflation qui en réalité dépasse les 25% selon les études privées, contre moins de 10% selon les chiffres officiels.

    Comme le dit justement l’article, le pays maintient son taux de change.

    La somme de ces deux facteurs : inflation et faible dévaluation fait que la compétitivité de l’Argentine s’effrite drastiquement. Le systeme ne tient que grâce aux fortes entrées de devises, qui permettent de tenir le taux de change. Fortes entrées de devises dues en partie au bon coup que l’Argentine est en train de réaliser sur le soja. Mais le puissant voisin brésilien s’y met, la production mondiale augmente plus que la consommation, donc les prix ne devraient plus tarder à chuter.

    Et là, comme en 2001, le systeme va à nouveau se gripper. Les élections sont passées, dès que le soja chute, l’Argentine chute. Depuis que l’Argentine a dépassé son apogée, à la fin de la guerre, les crises se sont enchainées avec une période de 10 ans. On s’aproche des 12 ans, la situation s’améliore. Alors, 2012 ou 2013 ?

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    • J’ai exactement la même analyse que vous. Au passage, quelques victimes collatérales comme les entreprises exportatrices qui ne sont pas sur les matières premières, qui ont des coûts en pesos (avec inflation + augmentations salariales) mais ne peuvent répercuter.
      Et tout cela pour des plans populistes comme "football pour tous" ou "LCD pour tous".
      Néanmoins il y a une chose qu’on ne peut reprocher aux K. : avoir refavorisé un peu les classes modestes après des années Menem ultralibérales.
      C’est bien dommage ce pays a de vrais atouts. Mais ce n’est pas en se mettant en guerre contre le monde entier et en ruinant son capital confiance qu’il aura une place de choix.
      Il feraient mieux d’avoir une politique concertée avec le Brésil et de se mettre dans leur sillage.

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