Monde

Coup d’État aux Maldives : la démocratie selon les États-Unis

Washington s’empresse de reconnaître le gouvernement putschiste

Céline Tabou / 11 février 2012

Soi-disant fervent défenseurs de la démocratie, le gouvernement américain a tenu à reconnaitre le nouveau gouvernement de Mohamed Waheed, ex-vice-président du président déchu Mohammed Nasheed.

Après trois semaines de manifestations de l’opposition et une mutinerie de policiers, les États-Unis reconnaissent les nouvelles autorités maldiviennes. Cependant, deux jours après l’arrivée de Mohamed Waheed au pouvoir, le pays est toujours secoué par une crise politique et des violences qui ont atteint la deuxième ville de l’archipel, Addu.

Les incohérences du gouvernement américain

La porte-parole de la diplomatie américaine, Victoria Nuland, a répondu positivement à la question, « les États-Unis considèrent-ils le nouveau gouvernement comme le gouvernement légitime des Maldives ? ». En dépit des dénonciations de coup d’État, le gouvernement américain a tenu à saluer et soutenir le nouveau gouvernement maldivien, sans attendre le rapport de l’observateur des Nations Unies, ni la fin des violences.
De plus, en dépit de la démission faite par l’ex-président Mohammed Nasheed, les autorités nouvelles ont émis des mandats d’arrêt par un tribunal pénal contre l’ancien président et son ancien ministre de la défense, a déclaré mercredi un haut responsable de la formation de l’ancien chef d’État. « Nous n’avons aucune idée [des charges qui pèsent contre eux] », a déclaré à l’Agence France Presse, Adam Manik, du Parti démocratique des Maldives (MDP), parti de Mohammed Nasheed.
Selon l’AFP, « la police et l’armée seraient sur le point d’arrêter l’ancien président qui vient de rencontrer une délégation du Commonwealth pour trouver une issue à la crise qui a éclaté mardi lorsqu’il a été contraint de quitter le pouvoir après une mutinerie de policiers et trois semaines de manifestations d’opposants ».
Malgré ces faits, la diplomatie américaine tient à apporter sa reconnaissance et son soutien à un régime proche des islamistes radicaux, l’ancien ministre des Affaires étrangères, Ahmed Naseem, a accusé Mohammed Waheed, le parti de l’ancien président et les partis islamistes d’être responsables de la situation. « J’étais avec le président mardi et je sais ce qui s’est passé. Ce n’était rien d’autre qu’un coup d’État des islamistes », a-t-il déclaré à l’AFP.

L’ONU envoie un observateur

Le sous-secrétaire général des Nations Unies aux affaires politiques, Oscar Fernandez-Taranco, a appelé au calme et à préserver les gains démocratiques aux Maldives, selon le communiqué de l’ONU, publié le 9 février. Lors d’une conférence de presse à l’aéroport de la capitale Male, Oscar Fernandez-Taranco a indiqué qu’il prévoyait des rencontres avec des responsables du gouvernement et des partis politiques, dont le nouveau président et son prédécesseur, Mohamed Nasheed, ainsi qu’avec la société civile.
Bien que le Secrétaire général de l’ONU ait reconnu « l’importante contribution du Mohamed Nasheed, premier Président du pays démocratiquement élu, à l’établissement de la démocratie aux Maldives, et son rôle dans la sensibilisation de la communauté internationale aux dangers du changement climatique et de l’élévation du niveau de la mer », les Nations Unies ont « souhaité que la démission du Président des Maldives, Mohamed Nasheed, et la nomination de l’ancien Vice-Président, Mohammed Waheed Hassan, en tant que nouveau Président du pays, permettent de mettre fin à la crise politique qui dure depuis plusieurs mois ».
Ne prenant pas en compte les dénonciations du gouvernement démissionnaire et des menaces pesant sur ce dernier, le sous-secrétaire général des Nations Unies aux affaires politiques a indiqué que sa visite devrait permettre « d’encourager les dirigeants des Maldives à trouver des moyens de stabiliser la situation et de progresser sur la base du dialogue et du consensus ».

Céline Tabou


Deux poids deux mesures de Washington dans notre région

Le gouvernement de Madagascar toujours pas reconnu

En pleine crise politique, Madagascar n’a toujours pas été reconnu par la communauté internationale, bien qu’une feuille de route ait été signée, en septembre 2011, entre toutes les parties concernées sur la scène politique malgache.
Les Nations Unies attendent la mise en place des Institutions prévues par la feuille de route pour pouvoir reconnaitre l’état, non un dirigeant. En attendant cette reconnaissance, les aides financières internationales ne parviennent pas jusqu’au pays, bien que l’Union européenne a rendu ses lettres de créances au gouvernement de transition dirigé par Andry Rajoelina.


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