Monde

Darfour : regain de violence sur le terrain

Processus de paix incertain, selon l’ONU

Témoignages.re / 25 janvier 2016

Le processus de paix au Darfour demeure incertain alors que des confrontations militaires ont repris sur le terrain et que d’importants mouvements armés et partis d’opposition continuent de boycotter le dialogue national, a déclaré lundi le Secrétaire général adjoint de l’ONU chargé des opérations de maintien de la paix, Hervé Ladsous.

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Une mère déplacée prépare de la nourriture pour son enfant près d’une base de la MINUAD à Um Baru, dans le Nord-Darfour. Photo ONU/Hamid Abdulsalam

Lors d’un compte-rendu devant le Conseil de sécurité sur la situation au Darfour, M. Ladsous a abordé les récents développements depuis la publication du rapport du Secrétaire général le 24 décembre 2015.

« La reprise du conflit armé dans la région du Djebel Marra, ainsi que des affrontements dans l’ouest et le nord du Darfour, marquent la fin de la brève accalmie observée pendant la période couverte par le rapport », a-t-il déclaré.

Montée de la tension

Dans le Nord-Darfour, où des villages zaghawas ont été attaqués par des milices arabes les 27 novembre et 3 décembre 2015, la Mission de l’Union africaine et des Nations Unies au Darfour (MINUAD) s’est trouvée sous le feu à deux reprises : le 1er janvier, par l’Armée de libération du Soudan - faction Abdul Wahid, alors qu’elle tentait de récupérer un camion volé du Programme alimentaire mondial (PAM), et le 7 janvier, quand elle fut cernée par environ 60 miliciens arabes, alors qu’elle se rendait à Anka pour assurer la protection du Représentant spécial adjoint lors de sa visite dans la région, a indiqué M. Ladsous. Un Casque bleu de la MINUAD a été blessé lors de cet incident.

Le 9 janvier, la tension est également montée au Darfour oriental lorsque des membres armés de la tribu Beni Halba ont attaqué et pillé les villages massalit de Mouli et Atia, au sud d’El Geneina, suite à la découverte d’un membre de leur tribu mort dans les alentours. Le lendemain, des habitants de Mouli venus manifester contre les attaques à El Geneina sont entrés de force dans des bâtiments gouvernementaux. Six manifestants ont été tués par les forces de l’ordre lors de l’échauffourée. Pendant leurs funérailles le 11 janvier, deux autres Massalit sont morts quand le cortège a été attaqué par des milices arabes.

Selon les autorités soudanaises, 5.000 personnes auraient été déplacées du fait de ces violences et seraient arrivées dans la ville d’El Geneina. La MINUAD et les organisations humanitaires ne sont pas en mesure de confirmer ce chiffre, puisque les autorités soudanaises ne les ont pas autorisées à y accéder. La situation s’est depuis stabilisée dans la ville d’El Geneina, avec le déploiement de militaires et de forces de police supplémentaires dans la région.

Bombardements et affrontements

Malgré l’annonce le 1er janvier de l’extension du cessez-le-feu unilatéral par le Président soudanais Omar el-Béchir dans la région de Djebel Marra, des incidents sont survenus, les bombardements aériens ont repris et les affrontements entre les forces gouvernementales et l’Armée de libération du Soudan/faction Abdul Wahid se sont intensifiés au cours du mois de janvier. Au Darfour central, suite aux affrontements survenus à Guldo et Golo du 31 décembre au 1er janvier ainsi qu’une attaque le 2 janvier menée par des éléments de la faction Abdul Wahid contre un convoi du gouvernement près de Nertiti, la MINUAD a été témoin d’un largage de trois bombes le 14 janvier et de six autres le 19 janvier à Sortoni au Darfour septentrional ainsi que de cinq bombes près de Nertiti au Darfour central le 16 janvier. La Mission a reçu des rapports de trois autres bombardements aériens aux Darfour septentrional et central les 16, 17, 22 et 23 janvier. Depuis le 15 janvier, on observe également des affrontements entre les forces gouvernementales et des éléments de la faction Abdul Wahid aux Darfour méridional et central.

Progrès limité du dialogue

« Dans ce contexte de reprise des confrontations militaires, le processus politique visant à résoudre le conflit par le dialogue demeure fragmenté et les progrès sont jusqu’ici limités », a affirmé le Secrétaire général adjoint. « D’importants mouvements armés et partis d’opposition continuent de boycotter l’actuel cadre de dialogue national. Ces groupes ont continué leurs consultations sur les prochaines étapes, avec le soutien de l’Union africaine ».

M. Ladsous a conclu en exprimant son inquiétude concernant l’impact de la reprise des affrontements sur la population civile du Djebel Marra, et a émis l’espoir que les négociations sur une cessation des hostilités – avec la participation de tous les mouvements, y compris celui d’Abdul Wahid – aboutiront à une conclusion positive et permettront de mettre fin aux souffrances de la population.

Voir en ligne : http://www.un.org/apps/newsFr/story...


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