Monde

Davos : Optimisme mais pas pour les chômeurs

La crise n’est pas finie

C.T. / 28 janvier 2014

Le 44ème Forum économique mondial de Davos, en Suisse, s’est clôturé samedi 25 janvier, par une note d’optimisme pour l’économie mondiale. Malgré tout, les inégalités persistent et les demandeurs d’emploi ne devraient pas profiter de la relance économique.

« Cette reprise que nous sommes en train de voir est vraiment dans un processus de consolidation », a résumé la directrice générale du FMI, Christine Lagarde, lors d’un débat avec certains acteurs économiques. « Nous pouvons être prudemment optimistes pour la perspective économique mondiale », a de son côté affirmé le banquier central du Japon, Haruhiko Kuroda.

Des risques d’inflation importants

En dépit de cet optimise la mesure s’impose, car la directrice générale du FMI a de nouveau alerté les puissances économiques du risque de déflation, notamment en Europe. Une position rejetée par Mario Draghi, le Président de la Banque centrale européenne (BCE). La déflation signifie un risque de repli généralisé des prix, de la consommation et de l’investissement accélérant le recul des prix et des salaires. Cette possibilité s’explique par une importante inflation dans les pays de la Zone Euro, qui est « bien en-dessous de l’objectif » limité à environ 2% par la BCE.
De son côté, Mario Draghi a confirmé le maintien des taux d’intérêt à un niveau bas, pouvant même être encore diminués. Ce dernier a tenu à rassurer Christine Lagarde, en lui indiquant « bien tenir en main les orientations financières de l’Europe ».

« L’inflation est au plus bas et pourrait rester à ce niveau pendant deux ans selon nos pronostics », a-t-il indiqué, affirmant que la BCE se tient « prête à agir » si l’inflation, tombée à 0,8% en décembre sur un an, descend sous les prévisions.
Globalement, les débats s’achèvent de manière mitigée. Pour certains dirigeants comme le Ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, « la Zone Euro dans son ensemble n’est plus au centre de toutes les préoccupations de l’économie mondiale », tandis qu’Axel Weber, Président du Conseil d’Administration d’UBS, reste prudent en indiquant que « l’Europe n’est pas de retour ». Economiquement, le monde évolue à double vitesse, d’un côté les pays avancés qui avancent plus rapidement que prévu, comme les Etats-Unis, et de l’autre, les pays émergents qui commencent à stagner.

Aucune création d’emploi

Pour "Les Echos", 200 millions de chômeurs dont 75 millions de jeunes qui, pour un tiers d’entre eux, le sont depuis plus de six mois représentent « un échec planétaire ». Angel Gurria, secrétaire général de l’OCDE, affirme que « L’emploi n’est pas là ». Un constat partagé par le prix Nobel d’économie Michael Spence, qui selon "Les Echos", explique qu’après « chaque récession dans les pays développés, le rythme des créations d’emploi s’éloigne un peu plus du taux de croissance de l’économie ».

Ce dernier a ajouté que depuis la crise de 2008, « on ne crée pratiquement plus d’emplois dans les secteurs exposés à la concurrence des pays occidentaux ». Une situation mises en exergue par le Pape François qui a appelé les dirigeants politiques à faire tout ce qu’ils peuvent pour créer des emplois, estimant que le chômage était le résultat d’une vision économique « en dehors des règles de justice sociale ». « J’appelle les hommes politiques à faire tout ce qu’ils peuvent pour relancer le marché du travail », a déclaré le pape devant des milliers de fidèles, lors de la fête du travail, l’an dernier.

De son côté, Sharan Burrow, secrétaire générale de la Confédération syndicale internationale, a expliqué que « c’est l’investissement qui relancerait la création d’emplois et la demande. Nous ne pouvons supposer que seule la croissance créera des emplois ». D’autant plus que près de la moitié des richesses mondiales est entre les mains des 1% les plus riches, tandis que 99% de la population mondiale se partagent l’autre moitié.

D’après le rapport d’Oxfam, 7 personnes sur 10 vivent dans un pays où les inégalités se sont creusées ces 30 dernières années. Pour le fondateur de Davos, Klaus Schwab, l’accroissement des inégalités est un déséquilibre qui représente « un risque majeur pour les progrès humains ».

SaiLin

Le climat à Davos


Le Forum économique mondial a consacré une partie de ces débats au changement climatique, afin de « convaincre les politiques de faire avancer le dossier et les acteurs économiques à essayer d’en tirer profit », a noté l’Agence France Presse. Classé parmi les principaux risques, le secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon a réaffirmé que « nous sommes maintenant à un stade critique dans le débat global sur le changement climatique ». Ce dernier a insisté sur la nécessité de passer à l’action, avec notamment la présentation par les dirigeants de propositions concrètes en vue de la Conférence sur le climat qui doit se tenir à Paris en 2015. A la sortie de cette conférence de 2015, un accord universel devra être signé, celui-ci devrait être contraignant et ambitieux sur les réductions des gaz à effet de serre responsables du réchauffement climatique.

Les pays émergents au cœur des débats


Les pays émergents ont tenté de convaincre les acteurs économiques et politiques du monde de leur solidité, malgré les quelques signaux négatifs. En effet, la chute du peso argentin, la glissade de la livre turque ou le recul de la production manufacturière chinoise ont mis en évidence les multiples défis, internes ou internationaux, des pays émergents.
« La Chine pourrait ralentir encore plus, la Fed américaine pourrait commettre une erreur et resserrer sa politique trop tôt, ou la correction sur le marché des matières premières pourrait être plus forte qu’attendu », a indiqué l’économiste Nouriel Roubini, résumant les facteurs exogènes pouvant affaiblir un peu plus les pays émergents, qui connaissent des difficultés (ralentissement, instabilité monétaire et financière) depuis plusieurs mois, a expliqué l’AFP.
Pour le ministre sud-africain des Finances Pravin Gordhan a déclaré mercredi que « s’il allait y avoir des changements » pour les émergents, il n’y aurait pas de chocs. Un fait que le directeur général adjoint du FMI, Min Zhu, atteste, en affirmant que « la première chose à faire, c’est de surveiller le tapering (ce mot désigne le moment où la Fed commencera à réduire ses achats d’actifs, ndlr) », la fin de la politique monétaire ultra-généreuse de la Fed américaine.
Le ministre indien des Finances a également affirmé que son pays était prêt : « il y aura des conséquences dans les économies en développement et émergentes mais je pense que nous sommes mieux préparés », a affirmé Palaniappan Chidambaram. Selon les participants au Forum, les pays émergents doivent « corriger les déséquilibres et réformer l’économie, soit pour en modifier le profil comme en Chine, soit pour la libéraliser et attirer les investisseurs, comme en Inde ou au Brésil ».


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