Monde

« De Gaulle, il n’est pas »

Éclairage sur l’ordre de bombarder la Libye donné par Nicolas Sarkozy

Témoignages.re / 25 mars 2011

Pour le journal en ligne américain — publié à Washington — "Foreign Policy", l’implication de la France dans la guerre civile en Libye correspond à une quête irraisonnée de gloire à tout prix de Nicolas Sarkozy en utilisant le champ de bataille. Mais comme le rappelle notre confrère, n’est De Gaulle qui veut. Voici des extraits d’une traduction résumant cet article par "Courrier international", avec des intertitres de "Témoignages".

Le soulèvement libyen vient de donner au président Nicolas Sarkozy une occasion qu’il guettait depuis longtemps : la possibilité de prendre la tête d’une mission internationale risquée qui recèle la promesse d’une gloire future. Pour le général De Gaulle, fondateur de la Ve République, la recherche de la grandeur* était la première raison d’être* d’un chef d’État. Ses successeurs ont entièrement partagé cette conception et défendu avec ténacité les intérêts et l’indépendance de la France. Mais l’idée que se fait Sarkozy de la grandeur diffère de celle de De Gaulle ou de Mitterrand. Ces présidents se considéraient comme des étudiants de l’Histoire, deux hommes avec une vision à long terme de l’intérêt national. Sarkozy, lui, est une créature de l’instant qui vit depuis toujours selon le cycle de l’actualité. (…)

L’"ami" Kadhafi

Le goût du risque du président n’a cependant pas toujours payé. Avant de devenir la Némésis de Muammar Kadhafi, il avait tenté de réintégrer le colonel dans la communauté internationale en l’invitant à Paris, en décembre 2007. Cette initiative lui avait valu les critiques de sa propre secrétaire d’État aux Droits de l’homme [Rama Yade] et avait viré au camouflet à cause du comportement erratique du Libyen. Pis encore, il s’agissait probablement d’un échange de bons procédés, après que Kadhafi, au début de l’année, avait décidé de libérer des infirmières bulgares qu’il retenait prisonnières [depuis 1999, accusées d’avoir inoculé le virus du sida à des enfants libyens]. Entre autres tributs, le colonel avait aussi extorqué en retour la promesse de 100 millions d’euros d’armes et la construction d’une centrale nucléaire dans son pays. Malgré ces ouvertures, le dirigeant libyen avait par la suite refusé de rejoindre l’Union pour la Méditerranée, un projet cher à Sarkozy, au motif que cela ruinerait l’unité de la Ligue arabe. Si Kadhafi a déçu Sarkozy, la Ligue arabe doit sûrement décevoir Kadhafi en prenant part aux actions contre lui.

Grandeur gaulliste hors d’atteinte

Bien entendu, le président français avait d’autres mobiles que la déception pour réclamer une action urgente contre le dictateur libyen. Sarkozy se plaît à invoquer des considérations humanitaires, ce qui est parfaitement légitime, et les "valeurs démocratiques" partagées avec les rebelles — sans que l’on sache exactement la position des intéressés sur la question. Mais il espère aussi jeter un voile sur le désarroi que son gouvernement a affiché au début du "printemps arabe". Et il va en outre devoir se battre farouchement pour se faire réélire en 2012. Sa cote de popularité est au plus bas. Dans ces circonstances, un dirigeant qui conduit son pays à la guerre sera toujours soupçonné de rechercher l’avantage dans les sondages. La cote de Sarkozy n’a cependant pas connu d’envolée perceptible depuis que les avions français ont décollé pour la Libye.
La grandeur gaulliste restera de toute façon hors d’atteinte si les combats dans le désert ne se déroulent pas comme prévu. Certes, les avions français ont bien été les premiers à procéder à des bombardements autour de Benghazi, avant même que les missiles de croisière américains ne frappent les sites de défense aérienne des forces loyales à Kadhafi. Mais, en réalité, les Français et les Britanniques, censés assurer le plus gros de l’opération, n’ont pas les capacités de "projection de force" des États-Unis. (…) En bref, cette intervention risque in fine de souligner les limites de l’influence de la France dans le monde, y compris dans une région où elle était jadis un acteur dominant. (…)

Engagement militaire sans vote

Le Premier ministre David Cameron et Nicolas Sarkozy ont semblé faire cause commune, malgré un désaccord temporaire concernant le rôle de l’OTAN. Il existe toutefois une différence qu’il vaut la peine de relever : Cameron a cherché à obtenir un vote de confiance des Communes avant d’entrer en guerre. Sarkozy n’avait pas à s’embarrasser de ce genre de détail : il contrôle l’Assemblée nationale. Il a simplement agi selon son bon plaisir*, comme les Bourbons d’autrefois. La souveraineté est, dit-on, le pouvoir d’agir en cas d’urgence. S’il en est ainsi, l’intervention militaire en Libye est une démonstration frappante de la souveraineté de Sarkozy sur la grande nation*. Sarkozy s’est beaucoup exposé en demandant une intervention occidentale en Libye. Il est désormais obligé de mener la mission à son terme, quand bien même cela mettrait à très rude épreuve les capacités militaires françaises.
* En français dans le texte.


Les choses sérieuses se discutent en Éthiopie

Réunion aujourd’hui au siège de l’Union africaine

Les représentants du gouvernement de la Libye, le Conseil de sécurité de l’ONU, l’Union européenne, les États voisins de la Libye sont invités à discuter aujourd’hui en Éthiopie, a annoncé ce jeudi l’Union africaine.
Mouammar Kadhafi pourrait envoyer son Premier ministre pour participer à ces discussions, qui seraient les premières depuis le début du conflit samedi dernier, a dit à la presse Jean Ping, président de la Commission de l’Union africaine.


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