Monde

De plus en plus d’enfants pauvres dans les pays riches

Selon un rapport de l’UNICEF

Céline Tabou / 4 juin 2012

L’UNICEF a présenté mardi 29 mai son rapport consacré aux enfants pauvres dans les pays industrialisés. Celui-ci indique qu’« il est évident que l’augmentation du nombre de personnes dans le besoin et la diminution des services sociaux disponibles dues aux mesures d’austérité exercent une forte pression sur les familles ». L’institution internationale annonce que « le pire reste à venir ».

Plus de 30 millions d’enfants vivent dans la pauvreté. Pour l’Union européenne entière, la Norvège et l’Islande, près de 13 millions d’enfants n’ont pas accès aux éléments de base nécessaires à leur développement. L’institution internationale s’est indignée face à ces chiffres, d’autant plus que l’UE fait partie des pays les plus riches et ayant la plus forte dépense publique pour ses enfants. La France compte près de 10% d’enfants pauvres.

Seuil de pauvreté élevé

Elaboré par le Centre international de recherche Innocenti de l’UNICEF, le rapport “Mesurer la pauvreté des enfants” (Bilan Innocenti 10) considère que tout enfant n’ayant pas accès à au moins deux de 14 éléments essentiels à leur bien-être et à leur développement (trois repas par jour ; viande, fruits et légumes chaque jour ; endroit calme pour faire les devoirs ; livres appropriés au niveau de connaissance ; connexion Internet ; chaussures…) est en situation de privation.
Les taux de privation les plus élevés sont ceux des pays comme la Roumanie (70%), la Bulgarie (50%) et le Portugal (27%), alors que les pays nordiques possèdent les taux les plus bas, inférieurs à 3%. « Parmi les pays les plus riches, la France (10,1%) est seule, avec l’Italie (13,3%), à dépasser le seuil de 10% d’enfants en situation de privation », indique le communiqué de presse publié sur le site de l’UNICEF.
La pauvreté relative fait référence au pourcentage d’enfants vivant en dessous du seuil de pauvreté, défini dans cette étude comme 50% du revenu médian. Les Etats-Unis, avec une proportion d’enfants pauvres de 23,1%, se placent juste après la Roumanie (25,5%). La France se place en 14ème position, avec 8,8%.
Les deux critères — privation et pauvreté relative — sont utilisés par Innocenti 10 pour mettre en place un aperçu complet de la pauvreté des enfants dans l’ensemble des pays les plus riches du monde. Ces deux approches ont mis en évidence 30 millions d’enfants vivant dans la pauvreté. Ce bilan épingle la France, très mal classée pour l’UNICEF.

« La France, mauvais élève des pays les plus riches »

« Concernant la France, ces résultats confirment le diagnostic que nous posons depuis longtemps et soulignons dans le “Manifeste pour l’Enfance”, recueil de propositions publié pour porter la voix des enfants à l’occasion des élections présidentielles et législatives », a déclaré Fabienne Quiriau, présidente de la Commission Enfance en France de l’UNICEF France.
La France compte 600.000 enfants mal logés et 20.000 enfants sans domicile fixe. La proportion d’enfants pauvres est plus forte que la proportion d’adultes pauvres. « Nous sommes le pays de l’OCDE qui reproduit le plus les inégalités sociales d’une génération à l’autre. C’est inacceptable ! », a ajouté cette dernière.
Le Bilan Innocenti 10 se base sur des chiffres datant de 2009, car n’ayant pas de données suffisantes, et ne tient donc pas compte des conséquences de la crise économique démarrée en 2008. L’UNICEF interpelle, car en France comme dans la plupart des autres pays étudiés, « les enfants vivant juste au-dessus du seuil de pauvreté, et donc très vulnérables aux effets d’une crise, sont aussi nombreux que les enfants déjà sous le seuil de pauvreté ».
« Malheureusement, le rapport souligne que depuis 2008, les intérêts des enfants ne font pas partie des grandes priorités des agendas politiques. C’est extrêmement préoccupant, car à moyen et à long terme, ne pas mettre en place des politiques efficaces pour protéger les enfants de la pauvreté est extrêmement coûteux pour la société »,
a déploré Fabienne Quiriau.
La France a la plus forte dépense publique pour les enfants, en pourcentage du revenu moyen par habitant. Grâce à ses mesures de protection sociale (réductions d’impôts, allocations, etc.), le pays est parvenu à réduire le taux brut de pauvreté relative des enfants (19,4%) à un taux net de 8,8%. Mais des efforts sont encore à faire.

Céline Tabou


Kanalreunion.com