Monde

Deux détenus de Guantanamo libérés

Après plus de 10 ans de bagne sans jugement

Céline Tabou / 31 août 2013

Deux détenus de la prison de Guantanamo, Nabil Said Hadjarab et Mutia Sadiq Ahmed Sayyab, ont été libérés jeudi 29 août pour être transférés en Algérie. Il s’agit des premiers rapatriements depuis l’annonce en mai 2013 par Barack Obama de sa volonté de reprendre les transfèrements, a annoncé jeudi 29 août le Pentagone.

Nabil Said Hadjarab, 34 ans, et Mutia Sadiq Ahmad Sayyab, 36 ans, "ont été remis au gouvernement algérien", a affirmé le ministère américain de la Défense dans un communiqué. Le dernier rapatriement date de septembre 2012, avec le Canadien Omar Khadr. Près de 164 détenus sont encore incarcérés à Guantanamo, en tant que prisonniers de "guerre contre le terrorisme".

Nabil Said Hadjarab et Mutia Sadiq Ahmad Sayyab " ont été soumis à une enquête préliminaire par les services de la police judiciaire et placés en garde à vue, en attendant de les présenter devant le procureur de la République compétent ", selon le communiqué de la Cour d’Alger. Cependant, leur retour est conditionné, car le gouvernement a la charge de "garder un œil" et de "les empêcher de s’engager dans des activités extrémistes".

Plus de dix années d’emprisonnement

Nabil Said Hadjarab a été capturé le 20 décembre 2001 par des forces afghanes en tentant de fuir Tora Bora, dans l’est de l’Afghanistan. Ce dernier avait été blessé dans l’attaque d’un hélicoptère américain, puis avait été remis quelques jours plus tard aux Américains, selon des documents militaires américains divulgués par WikiLeaks, fournis par Bradley Manning (2007), cité par l’Agence France Presse. Concernant, Mutia Sadiq Ahmad Sayyab, il a également été capturé en tentant de fuir Tora Bora. Intercepté par les autorités pakistanaises après avoir franchi la frontière, il a été remis aux Américains le 4 janvier 2002, par l’armée afghane.

Considérés " risques moyens de menace contre les États-Unis ", les deux hommes ont été transférés sur décision du Pentagone, après accord du Congrès américain, le 26 juillet 2013. Ces libérations sporadiques pèsent sur le mandat de Barack Obama, qui avait promis dès sa première campagne présidentielle en 2008 de fermer la prison, mise en place après le 11-Septembre. Les difficultés rencontrées par le gouvernement sont dans un texte de loi obligeant les pays d’origine d’avoir les capacités "de garder le contrôle sur les ex-détenus et de les empêcher de s’engager dans des activités extrémistes", a précisé l’AFP.

54 personnes en détention illimitée

Conscient de ces difficultés législatives, Barack Obama a demandé l’aide du Congrès pour fermer la prison, en reconnaissant toutefois que " les questions politiques (étaient) difficiles ". Lors de ce discours, le 23 mai, il a annoncé la levée du moratoire sur le transfèrement vers leur pays de détenus yéménites. Parmi les 164 détenus de Guantanamo, 84 ont été désignés comme transférables dans leur pays d’origine par les administrations des présidents George W. Bush et Barack Obama.

56 sont Yéménites, et près de 46 autres sont en détention illimitée, sans inculpation ni procès faute de preuves, mais jugés "trop dangereux" pour être libérés de cette prison controversée, où plusieurs dizaines de détenus poursuivent un mouvement de grève de la faim entamé en février. Bon nombre des grévistes de la faim ont été alimentés de force par l’armée suite à une décision de la Cour fédérale américaine.

Dans une interview, le sous-secrétaire d’État aux Affaires pénitentiaires, William Lietzau, juriste militaire, qui a contribué à la création de la prison de Guantanamo et de ses tribunaux d’exception en 2002-2003, a reconnu que les prisonniers de Guantanamo auraient dû être qualifiés de "prisonniers de guerre" depuis le début, et non d’"ennemis combattants illégaux". Ce statut aurait pu leur prémunir contre les interrogatoires "musclés" infligés par leurs geôliers.

Céline Tabou


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