Monde

Echec des négociations en Argentine

Fonds vautours

Céline Tabou / 5 août 2014

Depuis plusieurs semaines, la présidente argentine Cristina Kirchner et son ministre de l’économie, Axel Kicillof, tiennent tête aux trois fonds et aux quinze particuliers, qui veulent être remboursé en totalité. Cependant, le remboursement de la dette souveraine aux fonds entrainera une faillite du pays.

Devenu un enjeu politique, le défaut de paiement de l’Argentine pourrait la conduire dans un gouffre financier, similaire à la crise de 2001, qui a plongé le pays dans l’une des crises les plus difficiles du pays.

1,3 milliard à rembourser

« Un défaut de paiement signifie ne pas payer, mais être empêché de payer n’est pas faire défaut, ils devront inventer un autre mot ! », a lancé Cristina Kirchner, présidente de la République devant la foule réunie à Bueno Aires. En effet, l’Etat argentin vient de s’acquitter de sa dette de 642 millions de dollars à destination des pays du Club de Paris, dans le cadre de l’accord conclu en mai 2014 sur le remboursement de 9,7 milliard de dollars d’arriérés.
En dépit de la bonne volonté affichée par le pays, 7% des créanciers, dont les fonds vautours, veulent être emboursés en intégralité, bien que 93% d’en eux aient accepté un décote de la dette. Le montant de remboursement s’élève à 1,3 milliard de dollars. Une somme qui pourrait entraîner une faillite du pays, déjà en mauvaise posture. La situation laisse planer une nouvelle crise, ressemblant à celle de 2001, qui a conduit plus de la moitié de la population sous le seuil de pauvreté.
Refusant dès le départ de payer, la présidente a assuré lors d’une conférence de presse dans le salon présidentiel dédié aux illustres femmes argentines : « ne comptez pas sur moi pour signer n’importe quoi ».

Un enjeu politique

Le gouvernement argentin ne pensait pas recevoir un avis défavorable de la part du juge fédéral américain Thomas Griesa, chargé de statuer sur ce dossier. « Le gouvernement était convaincu que le juge Griesa lui accorderait plus de temps. Il ne s’était tout simplement pas préparé à une autre éventualité, et ça s’est vu » a expliqué à Libération, le politologue Rosendo Fraga. Raison pour laquelle, la présidente Cristina Kirchner a adopté une stratégie radicale, en faisant d’un litige une cause nationale.
Un coup politique d’envergure, à un peu plus d’un an d’une élection présidentielle qui marquera la fin de l’ère Kirchner (2003-2015). Les autorités ont placardé dans tout le pays des affiches sur lesquelles étaient inscrites « La patrie ou les vautours », un slogan celui de la révolution cubaine : « La patrie ou la mort ». Pour le sociologue Ricardo Rouvier, dans « Le Quotidien » du Luxembourg, « le gouvernement présente le contentieux comme un face-à-face entre la nation et les fonds vautours, ce qui met l’opposition en difficulté, car se mettre du côté des vautours n’est pas une option. C’est une tactique très efficace ».
D’autant plus que la chef de l’Etat s’est érigé en symbole de résistance. Malgré le discours politique visant à dénoncer la mainmise des fonds américains sur l’économie du pays, les négociations n’ont pas abouti, contraignant l’Argentine à se déclarer en défaut de paiement partiel, depuis mercredi 4 août.

Une plainte déposée

En effet, les fonds vautour (également dits « spéculatifs », spécialisés dans le rachat de dettes à bas prix) ont remporté une longue bataille judiciaire, en faisant condamner l’Argentine à verser 1,3 milliard de dollars. Face à cela, le pays a de nouveau accusé les fonds vautoura d’exercer des manœuvres frauduleuses, et a décidé de saisir l’autorité boursière américaine (SEC), a indiqué lundi le chef du gouvernement argentin Jorge Capitanich.
L’Argentine va également demander formellement la révocation du médiateur nommé dans cette affaire, soupçonné de partialité. « Nous avons clairement observé des mécanismes d’utilisation d’information privilégiée et le jeu à trois bandes : c’est à dire, détenir des bons restructurés, des CDS (assurances sur défaut de paiement) et en plus un jugement », a déclaré le chef du gouvernement argentin Jorge Capitanich, vis-à-vis des fonds spéculatifs.
Pour ce dernier, « le juge a délégué aux fonds vautours la possibilité de concéder le stay (mesure suspensive du jugement), cela implique la perspective de manipuler le cours de valeurs boursières et d’avoir des informations privilégiées qui favorisent la volatilité des marchés pour générer des gains considérables ». Ce qui signifie que la Commission nationale des valeurs (CNV) d’Argentine va notifier la Securities and Exchange Commission (SEC), organisme régulateur des opérations boursières aux Etats-Unis, a indiqué l’Agence France Presse.

Céline Tabou


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