Monde

Élections tendues en Bulgarie

Crise en Europe

Céline Tabou / 14 mai 2013

Les Bulgares se sont rendus aux urnes dimanche 12 mai dans un climat tendu, après les soupçons de fraude massive apparus samedi 11 mai. Ces soupçons de fraude pourraient attiser les tensions dans le pays.

Samedi, le Parquet de Sofia a annoncé la saisie de 350.000 bulletins de vote suspects dans une imprimerie employée par le gouvernement pour imprimer l’ensemble des bulletins. Cette annonce a provoqué la colère des Bulgares. Cependant, le parti conservateur bulgare, GERB, a remporté de peu dimanche 12 mai les élections législatives anticipées, selon des sondages réalisés à la sortie des bureaux de vote. Ces résultats devront être confirmés dans quelques jours. Le GERB a recueilli entre 30,3 et 33% des suffrages et le Parti socialiste (PSB, ex-communiste) entre 25,3 et 27,1%, selon cinq instituts de sondages.

L’ancien Premier ministre soupçonné

D’après l’“Agence France Presse”, le parti conservateur GERB de l’ancien Premier ministre, Boïko Borissov, est soupçonné par les adversaires politiques d’être responsable de cette affaire, car l’imprimerie appartenait à un conseiller municipal membre du GERB. Avec des sondages très serrés entre le GERB et les socialistes (PSB, ex-communistes), l’élection pourrait se jouer à peu de voix. Cependant, le parti vainqueur n’obtiendra pas de majorité pour gouverner, selon les derniers sondages, et ne pourra certainement pas former de gouvernement, en raison de l’impossibilité de créer une coalition bipartite.

Actuellement dirigé par un gouvernement intérimaire composé d’experts, le pays pourrait être confronté à la même situation que l’Italie. Faute de gouvernement après le scrutin, le groupe à la tête du pays, composé du diplomate Marin Raykov, devra rester au pouvoir pour expédier les affaires courantes jusqu’à l’organisation de nouvelles élections. Ce contexte politique a été ponctué par une mobilisation de dizaines de milliers de Bulgares descendus dans les rues des grandes villes pour protester contre la pauvreté chronique, le chômage et la corruption au sein de la classe politique et des institutions du pays, membre de l’UE depuis 2007.

Une classe politique qui déçoit

Après l’immolation par le feu de sept personnes, l’ancien karatéka Boïko Borissov avait alors démissionné, conduisant à la tenue de ce scrutin anticipé, deux mois avant la date prévue. La campagne électorale a tourné à une confrontation entre socialistes et conservateurs autour d’un scandale d’écoutes illégales.

Selon Ognian Mintchev, Directeur de l’Institut d’études régionales et internationales, cité par l’“AFP”, « Le caractère très négatif de la campagne, dominée par les scandales, a beaucoup entamé la légitimité de la classe politique » aux yeux des Bulgares. La méfiance de la population s’est traduite par une faible participation avec un taux avoisinant les 20% et une remontée de l’extrême droite (Ataka).

« Tout le monde doit comprendre que le peuple bulgare attend un changement. Écoutez les gens, traitez leurs problèmes, proposez des solutions », a déclaré aux médias le chef de l’État, Rossen Plevneliev.

L’impopularité de la classe politique pourrait également se traduire par une impasse politique. Face aux résultats et l’absence de majorité, Serguei Stanichev, le leader du parti socialiste, a appelé à des « consultations rapides » entre les partis représentés au Parlement, hors GERB.

Cette impasse politique pourrait aggraver la situation économique du pays, État le plus pauvre de l’Union européenne, où la croissance n’a atteint que 0,8% l’an passé et où près d’une personne sur cinq est sans emploi, selon des chiffres officieux, cités par l’“AFP”.

Céline Tabou


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