Monde

Éléments troublants autour du changement de pouvoir

Égypte

Témoignages.re / 15 juillet 2013

Dans “l’Express” de samedi, une journaliste note que « les coupures d’électricité et les pénuries de gaz et d’essence » avaient mystérieusement cessé dès la destitution du Président Morsi. Cet élément parmi d’autres interroge.

Dans un article publié samedi, "l’Express" relève quelques éléments qui indiquent que la révolte contre le Président Morsi et son gouvernement n’a pas été aussi spontané que présenté.

Le rôle de la police

Autre réapparition surprise après la chute de Mohamed Morsi, les patrouilles de police dans les rues. Ben Hubbard et David Kirkpatrick du “New York Times” expliquent que le président avait tout fait pour calmer les forces de l’ordre, afin de résoudre le problème de l’insécurité, l’un des autres fléaux de l’Égypte depuis la fin de l’ère Moubarak, au risque de s’aliéner ses propres partisans. « Mais alors que la criminalité augmentait et que les embouteillages congestionnaient les rues — ce qui non seulement nuisait à la qualité de vie, mais entravait l’économie —, la police refusait de déployer toutes ses forces », expliquaient les deux journalistes.

Le soutien des partisans de l’ancien régime à Tamarrod

Le succès du mouvement populaire Tamarrod, à l’origine de la fronde anti-Morsi, n’est pas seulement dû à l’énergie de jeunes contestataires. Ben Hubbard et David Kirkpatrick expliquent que l’homme d’affaires Naguib Sawiris, très hostile aux Frères musulmans, « a mis à la disposition des organisateurs de la pétition des bureaux à travers le pays et les moyens du parti qu’il a créé, Égyptiens libres. Il a également fait la publicité de la campagne à travers le réseau de télévision qu’il contrôle et les journaux dans lesquels il détient des participations », « sans même que les jeunes de Tamarrod ne le sachent » , se vante-t-il.

Une inflation de manifestants

La question du nombre des opposants au Président Morsi a aussi été l’enjeu d’une surenchère, notamment de la part de médias égyptiens, encore largement aux mains des partisans de l’ancien régime. Le chiffre revendiqué par Tamarrod de 22 millions de signataires de la pétition demandant le départ du président égyptien est invérifiable. Même chose pour le nombre de manifestants présents dans les rues le 30 juin. Alors que les agences de presse internationales se contentaient d’évoquer des dizaines de milliers de manifestants, l’armée en comptait 17 millions, soit plus que les 13,2 millions d’électeurs qui ont voté pour Mohamed Morsi lors de la présidentielle de 2012. Le milliardaire Naguib Sawiris n’hésite pas à parler de 30 millions d’Égyptiens dans les rues, et l’activiste Nawal Saadawi va jusqu’à 34 millions (soit plus d’un tiers de la population égyptienne !). Un nombre très probablement exagéré, selon les estimations de Jack Brown, publié par le site “Maghreb émergent”, mais qui permet aux anti-Morsi favorables à l’intervention de l’armée pour renverser le président élu de se prévaloir, à défaut de légalité, d’une certaine légitimité.

Des précédents

Les événements en cours ne sont pas sans rappeler ceux du Chili en 1973 — où, dans un contexte de crise, des grèves de professions libérales et de camionneurs avaient précédé le coup d’État militaire contre Salvador Allende — ou de l’Algérie en 1992 : l’armée avait interrompu les élections législatives remportées au premier tour par les islamistes.


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