Monde

Espagne / Catalogne : affrontement de deux nationalismes différents

Manifestations à Barcelone

Christine Gillard / 19 octobre 2017

Entre le 1er et le 8 octobre trois manifestations ont eu lieu à Barcelone : une manifestation catalaniste séparatiste, une manifestation catalaniste de dialogue avec l’Etat espagnol le 7 octobre et une manifestation souverainiste, c’est à dire pro-espagnole contre l’indépendance le 8 octobre.

JPEG - 142.2 ko

Ces manifestations ont eu lieu à des jours différents, sans provocations ; elles étaient en majorité composées de familles. La contre-manifestation fasciste le 9 octobre à Valence a marqué un tournant ; des groupuscules d’extrême droite, certains venus de Madrid, ont cherché l’affrontement, groupes que l’on retrouve à Barcelone le 12 octobre. La date du 12 octobre n’est pas un hasard, il s’agit d’un jour férié pour célébrer la découverte de l’Amérique, institué en 1935 (gouvernement républicain de droite) avec le nom de « Dia de la Hispanidad » puis remis en vigueur en 1958 par Franco. La commémoration s’accompagne de défilés militaires, en particulier à Madrid. La capitale catalane ne commémore pas cette date ; d’ailleurs les services administratifs municipaux sont restés ouverts le 12 octobre dernier. La Catalogne ne se reconnaît pas dans cette « hispanité ».

Nationalisme espagnol

Dans les évènements actuels il convient de comprendre que le nationalisme espagnol n’est pas le nationalisme catalan.

Le nationalisme espagnol est un nationalisme centraliste, héritier d’une tradition monarchiste mais surtout héritier au XXe siècle du fascisme. La dictature de Miguel Primo de Rivera en 1923, sous le règne de Alfonso XIII, son fils José Antonio créateur de la phalange, puis la dictature de Francisco Franco défendent l’idée d’une Espagne éternelle, catholique, avec un seul peuple, une seule langue et une seule histoire. C’est un nationalisme qui refuse la différence et professe l’assimilation.

Aujourd’hui les mouvements fascistes espagnols expriment encore et toujours les valeurs de grandeur d’une Espagne Une dans laquelle l’Etat joue un rôle de contrôle social et politique. Le collectif « Hogar Social » par exemple, groupe d’extrême droite entend s’imposer en créant du lien social parmi la population espagnole (« de souche ») la plus en souffrance économique et sociale, sur le modèle franquiste (Auxilio social).

Il convient de rappeler que pendant la guerre civile de 1936/39 les « nacionales », souvent traduit par erreur « nationalistes » au lieu de « nationaux », désignaient les partisans de Franco.

Nationalisme catalan

Le nationalisme catalan est l’expression d’une culture et d’une langue minoritaires qui essaient de vivre (et non survivre) dans un contexte espagnol et européen. Mais il est basé sur l’intégration des populations qui naissent, vivent et travaillent en Catalogne. Les consultations populaires d’auto-détermination de 2014 et de 2017 ont concerné tous les habitants de la Catalogne sans distinction d’origine. Les catalanistes ne se désignent pas volontiers par le mot nationaliste. Il n’y a aucune velléité d’expansion du territoire catalan ni d’expansion de sa zone d’influence.

Le catalanisme a traversé au cours de son histoire le clivage droite/gauche. Il a été le fait de la droite libérale bourgeoise, défendant ses intérêts économiques mais aussi le fait d’une gauche progressiste et même révolutionnaire. Aujourd’hui le catalanisme est un catalanisme de gauche, qui trouve son expression extrême dans le parti CUP qui demande la création d’un état catalan républicain. La question du régime politique, dont il est fait peu mention dans les commentaires des médias, reste pourtant en suspens.

Réponse agressive de l’Etat espagnol

La réponse agressive de l’Etat espagnol à une demande d’auto-détermination d’un peuple par l’envoi de forces de police nationale au mépris des forces de police catalane, par l’arrestation de responsables (politiques et administratifs), par l’empêchement par la force de la tenue d’un scrutin dont le résultat positif n’était pas certain, est une posture purement idéologique. Il est clair que l’Etat espagnol n’envisage pas même le début d’un dialogue pour faire évoluer la constitution nationale quant aux statuts des communautés autonomes.

Christine Gillard