Monde

Espagne : les partis émergents remportent les élections

Podemos en tête à Barcelone et en passe de diriger Madrid

Témoignages.re / 26 mai 2015

Les Espagnols étaient appelés aux urnes, ce dimanche, pour les municipales et les régionales. La nouveauté cette année est la montée du parti antilibéral, Podemos, qui confirme sa troisième place sur l’échiquier politique.

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Pablo Iglesias, secrétaire général de Podemos, lors d’un meeting à Madrid. La liste soutenue par Podemos est arrivée en seconde position dans la capitale de l’Espagne, elle peut diriger une coalition majoritaire.

Les Espagnols ont lancé un signal clair aux partis traditionnels, il s’agit pour NNN d’un « changement radical », dans un pays où plus de 23 % de la population est sans emploi, près de 30 % des enfants vivent en dessous du seuil de pauvreté, la précarisation de la société s’accentue.

La situation extrêmement tendue est souvent dénoncée par les Espagnols, lors de mobilisations contre la rigueur. Beaucoup d’Espagnols dénoncent les politiques d’austérité instaurées depuis 2009, par les gouvernements successifs, faisant payer un peu plus chaque année les classes moyennes et les pauvres.

Un tournant politique

Le Parti populaire (PP, conservateur) du chef du gouvernement, Mariano Rajoy, a perdu 11 points par rapport à 2011, ce qui représente près de 2,5 millions de voix en moins. Les socialistes du PSOE n’en mènent pas large, avec 25,1 %. Ces résultats dessinent un scénario politique radicalement nouveau : fragmentation extrême, gouvernements sans majorités et fin du bipartisme conservateur-socialiste.

Le bipartisme instauré entre le PP et le PSOE est désormais révolu, les pays voit émerger de nouvelles forces politiques, tells que Ciudadanos (« Citoyens », centre) et Podemos (« Nous pouvons », gauche radicale). Certains médias parlent de “séisme”, de « tremblement de terre », de « changement radical », mais il est certain qu’après la Grèce, avec Syriza, les partis radicaux de gauche ont la cote en Europe du Sud, alors qu’a contrario, dans le Nord, ce sont les partis d’extrêmes droite qui prennent la main. Un contraste édifiant, qui pourrait s’expliquer par l’application stricte des politiques d’austérité dans les pays du Sud.

L’hégémonie du Parti Populaire a éclaté pour le quotidien espagnol El País, qui met en exergue un bouleversement politique dans le pays. Le parti de Mariano Rajoy devra sceller des alliances s’il veut rester au pouvoir, mais la position des partis émergents restent encore incertaine.

Pour le journal, la chute du PP est « symptomatique d’un changement profond que vit le pays et que le gouvernement n’a pas été capable de détecter ». Parmi les nouveaux venus, Ada Colau, leader de la résistance de la rue contre les expulsions immobilières. Considérée comme l’héroïne des pauvres, liée à Podemos, à l’instar de Manuela Carmena, proche des mouvements indignés.

De son côté, le journal de centre-droit El Mundo, a évoqué un « changement politique aux dépens du PP », soulignant que « la forte irruption » de Podemos et « la notable ascension de Ciudadanos », le parti de centre-droit, montrent que « le panorama politique espagnol est entré dans une nouvelle phase » à quelques mois des législatives.

Madrid et Barcelone entre les mains de Podemos

Les deux principales villes du pays sont désormais entre les mains des deux femmes. D’un côté, Ada Colau, 41 ans, fondatrice de la plate-forme de victimes d’hypothèques, qui milite contre les expulsions immobilières et de l’autre, Manuela Carmena, 71 ans, ancienne militante communiste.

A Barcelone, la liste de la militante Ada Colau est arrivée en tête, devant celle du maire sortant, nationaliste conservateur Xavier Trias. Cette dernière a obtenu 25,2 % des voix, soit 11 sièges contre 10 pour celui-ci qui remporte 22,7 % des suffrages. 5 sièges ont été gagnés par Ciudadanos (centre droit) et 4 par le Parti socialiste catalan. À l’annonce de sa victoire, elle a affirmé que « l’espoir a gagné, le désir de changement a vaincu la campagne de la peur, de la résignation ». « J’ai toujours été dans le camp des perdants, je n’ai pas l’habitude de gagner, c’est étrange », a précisé Fernando Ramos, 63 ans, à l’Agence France Presse, ce dernier a assuré que le mouvement des “indignés” a été « un moteur de changement qui ne s’arrêtera pas ici ».

« Avec nous, les gens communs, ceux qui en général n’ont aucun pouvoir politique, social, médiatique, judiciaire, ont eu une opportunité historique », a déclaré Ada Colau qui vient de mettre un terme à 30 ans de domination des partis nationalistes et socialistes à Barcelone. Pour Jaime, « quelque chose de l’ancien système est en panne, endommagé. Les nouveaux partis ne vont pas éliminer les partis traditionnels, mais ils vont les obliger à changer et faire une autre politique. Je n’y crois pas beaucoup mais un peu », a-t-il expliqué à RFI.

A Madrid, la liste « Ahora Madrid » de Manuela Carmena, comprenant Podemos, a remporté 20 sièges, contre 21 par le Parti populaire, le Parti socialiste possède 9 sièges, et Ciudadanos, 7 sièges. Cette ancienne juge pourrait diriger la mairie, par une alliance avec les socialistes et/ou le parti Ciudadanos, mettant fin à 23 années de gouvernance à droite.

« Il est clair que c’est la force qui souhaite le changement qui l’a emporté. Et cette force n’est pas un parti politique, c’est vous », s’est-elle félicitée sur les réseaux sociaux. Cette dernière tient à ne pas déroger à son programme qui est de lutter contre la corruption, de renforcer les transports en commun, d’aider les plus pauvres, d’ouvrir la gestion de la mairie aux citoyens.

Vers des négociations continues

« La prochaine législature municipale et régionale sera celle du dialogue et des accords », a indiqué aux médias, Carlos Floriano, un des dirigeants du PP. En effet, la droite perd une région qui passe au Parti socialiste (Estrémadure, ouest) et en garde 12 sur les treize parties en campagne, mais le parti n’a aucune majorité absolue.
De son côté, Pedro Sanchez, secrétaire général du Parti socialiste, a expliqué que les Espagnols souhaitaient une politique plus à gauche. Ce dernier a assuré qu’il appartiendra à son mouvement de faire en sorte qu’il y ait « des gouvernements progressistes » et « un changement sûr ».

Pour El País, « le PSOE accuse un grand recul dans les grandes villes » mais « pourra gouverner dans six régions de plus s’il parvient à des accords avec Podemos », le parti anti-libéral qui a confirmé « sa forte irruption » a été créé en janvier 2014 par un groupe d’enseignants en sciences politiques.

« Les partis au pouvoir ont eu les pires résultats de leur histoire », a réagi Pablo Iglesias, son leader, promettant « un changement irréversible ». Un changement qui passera également par Ciudadanos, nouvelle formation nationale de centre droit né en Catalogne. Ce parti s’est présentée dans un millier de mairies et a pu remporter la troisième place dans certaines municipalités, grâce à un discours jugé « moderne, favorable aux entrepreneurs, implacable sur la corruption ».

SaiLin


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