Monde

Etats-Unis/Afrique, un tournant pour Washington

Premier sommet entre la première puissance économique mondiale et notre continent

Céline Tabou / 5 août 2014

Vu comme un sommet historique, le Forum Etats-Unis/Afrique, du 4 au 6 août à Washington, réunira les 54 chefs d’Etat et représentants de gouvernement des 54 pays africains invités à ce forum.

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Le site web de la Maison-Blanche donne une idée de l’importance accordée par Washington à ce premier sommet Afrique-USA.

Le but pour les Etats-Unis est de renouer ses relations avec le continent, car l’envolée chinoise sur le continent depuis une quinzaine d’années devient un blocage pour les Américains qui tentent de trouver des alternatives à la raréfaction des ressources naturelles. Ces dernières sont présentes en Afrique.

Changement de perception de l’Afrique

Depuis quelques années, les pays émergents, comme l’Inde, le Brésil et la Chine en tête, ont créé une relation avec de nombreux pays africains, parvenant à installer leurs entreprises sur le sol du continent et à signer d’importants marchés. Amadou Sy, chercheur principal à la Brookings Institution, a expliqué au micro de RFI, a expliqué que l’Afrique est « un vaste réservoir de matières premières qui a très tôt aiguisé l’appétit des majors pétroliers et miniers américains ». Mais les conflits armés ont freiné les investissements américains.
Cependant, « avec la découverte du gaz au Mozambique et du pétrole au Kenya et en Ouganda, on peut s’attendre à un regain d’intérêt pour le continent noir de la part des mastodontes américains d’hydrocarbures et de minéraux ».
En effet, lors de sa visite dans plusieurs pays africains en mai 2014, le secrétaire américain au Commerce, Penny Pritzker avait souhaité redynamiser le commerce avec l’Afrique, en permettant notamment à 6.400 produits africains d’intégrer le marché américain avec une franchise des droits de douane. C’est la compétition avec la Chine a changé radicalement la perception américaine de l’Afrique, devenue clairement « une terre d’opportunités » économiques et commerciales.

Une forte concurrence

Le but était alors de booster les échanges bilatéraux, qui se situaient en 2013 à 26,8 milliards de dollars américains contre les 200 milliards de dollars américains des chinois. A la fin de sa visite, la secrétaire avait assuré que « les entreprises américaines sont de plus en plus informées de l’existence d’opportunités pour l’investissement, non seulement en Afrique de l’Ouest, mais à travers tout le continent ».
Le sommet se tient actuellement à Washington entre dans la droite ligne voulue par Barack Obama. Il s’agit de contrecarrer l’avancée de la seconde puissance économique mondiale, la Chine, et des pays émergents, devenus incontournables dans les échanges commerciaux en Afrique. Pour cela, le gouvernement américain avait lancé les hostilités dès 2011, lors de la visite de la secrétaire d’Etat Hillary Clinton en Afrique. Cette dernière avait mis en garde l’Afrique du « nouveau colonialisme » incarné par la Chine.
Une charge menée car « la concurrence grandissante en Afrique avec des anciennes puissances coloniales d’une part, et d’autre part avec des puissances nouvelles a certes été l’un des facteurs qui poussent aujourd’hui l’administration américaine à reconsidérer ses positions à l’égard du continent noir », a expliqué Amadou Sy.

« Le temps de l’Afrique est venu »

Cependant, aujourd’hui l’Afrique n’est pas seulement un continent de lutte d’Etat mais une zone économique en plein développement. Le continent s’en est mieux sorti que les pays occidentaux face à la crise économique et financière internationale. Au cours des dernières décennies, le continent est devenu l’une des régions les plus dynamiques du monde avec une croissance moyenne annuelle dépassant 5%. « Le temps de l’Afrique est venu » a assuré le chercheur.
L’Afrique offre d’importantes opportunités d’affaires pour les entrepreneurs américains dont les investissements actuels en Afrique représentent à peine 0,7% du total des capitaux américains investis dans le monde. Le sommet devrait servir à Washington de mettre toutes les potentialités en perspective et de fixer les priorités avec la collaboration des leaders et décideurs africains. Ce serait pour les conseillers africanistes de Barack Obama, l’occasion d’élaborer une stratégie, pas « pour » l’Afrique, mais « ensemble » avec l’Afrique.

Madagascar et les Comores participent

Parmi les pays présents à ce Forum, le président malgache Hery Rajaonarimampianina, entouré non pas de ses ministres de l’Industrie et du Commerce, mais de ceux de la Défense, des Affaires étrangères, de l’Économie. Sa délégation a suscité des interrogations quant aux enjeux économiques et commerciaux de ce forum. De son côté, le président comorien Ikililou Dhoinine a décidé de participer à ce forum pour consolider ses relations avec les Etats-Unis, après notamment la signature le 6 juillet dernier, d’un accord de coopération entre les Forces militaires américaines et les Forces comoriennes de Défense.
Les relations entre les pays de la Zone Océan Indien devraient impacter sur La Réunion, dont les accords de coopération économiques et commerciaux peinent à se mettre en place. L’île se situe dans un centre géopolitique intense, entre l’Asie et l’Afrique, qui pourrait lui donner des perspectives de développement, si l’Etat français décide de mettre en place une politique africaine, adaptée à La Réunion.

 Céline Tabou  


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