Monde

Etats-Unis : la population riposte à un verdict d’une rare violence

Aucune poursuite à l’encontre d’un policier responsable de la mort d’un jeune américain

Manuel Marchal / 26 novembre 2014

Comme prévu, le policier tueur d’un jeune américain pauvre a été lavé de tous soupçons par la justice des Etats-Unis. L’annonce de ce verdict inique a provoqué une vague d’indignation qui a largement dépassé la ville de Ferguson. Des manifestations de solidarité avec les victimes de l’injustice ont secoué les Etats-Unis, de Los Angelès à New-York. En France, Christiane Taubira, ministre de la Justice, a marqué sa solidarité avec les victimes. A La Réunion, ce verdict renvoie au rôle joué par la justice pendant la majeure partie de notre histoire : soutenir jusqu’au bout une société construite sur le racisme.

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Mot d’ordre dénonçant les méthodes racistes de la police aux Etats-Unis.

Pendant plus de la moitié de son histoire, La Réunion était sous le régime de l’esclavage. Le racisme d’État imposé par la France permettait à une minorité d’asservir la majorité. L’institution judiciaire était chargée de maintenir cet ordre. Elle appliquait le Code Noir. Ce n’est qu’en 1848 que tous les Réunionnais ont été reconnus en tant qu’être humain. Mais cette longue période a laissé des séquelles. La justice reste souvent perçue comme le bras armé d’un système politique acculé à la répression pour faire face aux manifestations de jeunes. A chaque mouvement, des jeunes sont condamnés à de lourdes peines, et les raisons de la colère sont toujours là.
Aux Etats-Unis, l’esclavage a duré encore plus longtemps qu’à La Réunion. Même après l’abolition, les meurtriers d’anciens esclaves ou de leurs descendants ont longtemps bénéficié d’une totale impunité. Ces crimes racistes se sont perpétués bien après la seconde guerre mondiale. Pendant que les Réunionnais luttaient pour que l’égalité soit appliquée, aux Etats-Unis des citoyens américains étaient pendus à des lampadaires parce qu’ils étaient noirs.
Comme à La Réunion, les esclaves et leurs descendants n’ont eu droit à aucune réparation. Ils constituent une large part des pauvres et ils sont surreprésentés dans les prisons.

Les blindés pour répondre aux manifestants

Cette division de la société entretient les tensions. Les explosions sont souvent la conséquence d’interventions de la police et de la justice. A plusieurs reprises, l’acquittement de policiers responsables de la mort de jeunes noirs a mis le feu aux poudres. C’est ce qui s’est une nouvelle fois passé avec l’affaire de Ferguson.
Dans cette ville du Missouri, le 9 août dernier, un policier a abattu de sang froid un jeune désarmé qui avait les mains en l’air. Cet acte avait déclenché une révolte de dix jours. Le gouverneur du Missouri avait envoyé les blindés pour répondre aux manifestants. Finalement, le ministre de la Justice avait obtenu le retrait des militaires de Ferguson pour ramener le calme, et avait annoncé qu’en plus de l’enquête de la justice de l’État du Missouri, une autre allait être menée au niveau fédéral.
L’État du Missouri vient déjà de rendre son verdict : il refuse de poursuivre le policier et considère donc qu’il est innocent.

Plusieurs mouvements dans d’autres villes

Habituée à des siècles d’injustices, la population de Ferguson s’attendait à ce verdict inique. Le pouvoir avait lui aussi anticipé en massant de nombreux policiers dans la ville. Aussitôt, la mère de la victime a lancé un appel au calme. Mais le sentiment de révolte a été trop fort. A Ferguson, des émeutiers ont incendié des bâtiments et des véhicules. Des manifestations de solidarité ont eu lieu à Los Angeles où des militants sont partis à l’assaut d’une autoroute. A New-York, Occupy Wall Street a rendu hommage aux victimes de la répression. Chicago, Boston, Oakland… autant de villes où des manifestants se sont joints au mouvement.
Ces révoltes en disent long sur l’état réel de la société dans un pays classé comme première puissance économique mondiale. Sans proposition concrète, Barack Obama ne peut que lancer un appel au calme en espérant que l’orage passera vite et sans trop de dégâts.

Jeté en prison pour avoir filmé des policiers à Ferguson


Un membre de l’organisation WeCopWatch a été arrêté quelques heures avant la diffusion du verdict de non lieu au bénéfice du tueur d’un jeune Américain.
David Whitt avait stoppé son vélo pour filmer un rassemblement de policiers planqués derrière un magasin. C’était avant l’annonce du verdict.
Les policiers n’ont pas apprécié et ils se sont précipités vers le vidéaste. Ils l’ont interpellé, ils ont fouillé dans ses poches puis l’ont jeté en prison.
Il est resté détenu plusieurs heures avant d’être libéré.
David Whitt est la deuxième personne emprisonnée depuis vendredi pour avoir filmé des policiers à Ferguson.
WeCopWatch est une initiative visant à équiper les citoyens de Ferguson de caméra. L’objectif est de favoriser la transparence des relations entre les policiers et les personnes qui leur ont délégué le droit d’intervenir en tant que force publique. Cette volonté de transparence n’est pas appréciée du côté de la police.


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