Monde

Hausse des inégalités dans les pays avancés

Crise en Europe

Céline Tabou / 5 juin 2013

L’Organisation internationale du Travail (OIT) a annoncé dans un rapport annuel sur le travail dans le monde que les inégalités ont progressé dans la grande majorité des pays avancés, en raison de l’augmentation des salaires des hauts dirigeants et des profits des grandes entreprises.

Dans un contexte de ralentissement économique en Occident, les inégalités s’accentuent, a contrario des pays émergents, dont le développement connait une hausse de l’emploi et une réduction des inégalités de revenus. A l’inverse, les inégalités de revenus ont augmenté dans les économies avancées depuis 2011, accompagnées d’une hausse du chômage mondial, dont les prévisions de l’OIT indiquent 200 millions de chômeurs dans le monde et près de 208 millions en 2015.

Evolution positive des inégalités

D’après le rapport sur le travail dans le monde de 2013, « les inégalités de revenus ont augmenté entre 2010 et 2011 dans 14 des 26 économies avancées étudiées, y compris en France, au Danemark, en Espagne et aux États-Unis ».

Pour Guy Ryder, directeur général de l’OIT, « les chiffres présentent une évolution positive dans de nombreuses régions du monde en développement, mais ils dressent un tableau inquiétant pour de nombreux pays à hauts revenus, malgré la reprise économique ».

Les inégalités de revenus ont augmenté dans les économies avancées au cours des deux dernières années, dans le contexte d’une hausse du chômage mondial — dont on prévoit qu’il passera de 200 millions aujourd’hui à près de 208 millions en 2015.

Selon l’OIT, les inégalités économiques sont en hausse parce que « les petites entreprises sont en retard par rapport aux plus grandes en termes de profit et d’investissement productif » . Les start-up et les petites entreprises ne remplissent pas les conditions d’octroi du crédit bancaire alors que les grandes entreprises peuvent se tourner vers les marchés financiers. La situation des PME est inquiétante, selon l’organisation, car leurs difficultés freinent la reprise actuelle de l’emploi et remettent en question les perspectives économiques à plus long terme.

« Dans certains pays européens, en particulier, la situation commence à mettre à rude épreuve le tissu économique et social. Nous avons besoin d’une reprise globale centrée sur l’emploi et l’investissement productif, associée à une meilleure protection sociale pour les plus pauvres et les plus vulnérables. Nous devons accorder toute notre attention à la réduction de ces disparités qui s’aggravent dans tant de régions du monde », a ajouté Guy Ryder.

Les classes moyennes durement touchées

Le rapport met également en évidence les difficultés croissantes des classes moyennes au sein de nombreuses économies avancées. Celles-ci régressent en raison d’un chômage de longue durée, d’une détérioration de la qualité de l’emploi et du découragement des travailleurs qui abandonnent le marché du travail.

Pour Raymond Torres, directeur de l’Institut international d’études sociales, le département de la Recherche de l’OIT, « le rétrécissement des groupes à revenus intermédiaires dans les économies avancées est un sujet de préoccupation, non seulement pour la capacité d’intégration de ces sociétés, mais aussi pour des raisons économiques. Les décisions d’investissement à long terme par les entreprises dépendent aussi de la présence d’une vaste et stable classe moyenne qui soit en mesure de consommer ».

Alors que les grandes entreprises parviennent à se financer, la rémunération des cadres dirigeants a, de nouveau, augmenté dans plusieurs pays, après une courte pause au lendemain de la crise mondiale. D’ailleurs, la part du profit dans l’économie totale a augmenté entre 2007 et 2012 de 3,4 points de pourcentage dans les pays du G20 à revenu intermédiaire et de 2,2 points de pourcentage dans les pays du G20 à haut revenu, l’investissement a reculé de 3,6 points, a expliqué l’OIT.

« Nous avons besoin de plus d’emplois de meilleure qualité afin de permettre une répartition plus équitable des revenus à la fois dans les économies avancées et en développement », a précisé Raymond Torres.

Céline Tabou

Les préconisations de l’OIT

Dans son rapport, l’organisation a préconisé d’appliquer des mesures d’assainissement budgétaire « à un rythme acceptable », d’accorder davantage d’attention à l’impact social et pour l’emploi des différentes politiques macroéconomiques et d’agir rapidement pour remédier aux insuffisances qui perdurent dans le système financier.

L’OIT note qu’il est « important de surmonter les obstacles pour placer l’emploi en tête de l’agenda de réforme ». Cette dernière rejette l’idée que « l’intervention des pouvoirs publics aura un effet négatif sur la compétitivité et la croissance économique », que « la conception selon laquelle s’attaquer aux problèmes de redistribution des revenus et renforcer les droits des travailleurs peuvent ralentir l’investissement productif et la création d’emplois » ou encore que « le manque de coordination internationale, qui est particulièrement importante dans des domaines comme la fiscalité et en période de faible demande globale au niveau mondial », sont des freins à l’emploi.


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