Monde

Hausse des inégalités de revenus dans les pays de l’OCDE

Conséquence des trois premières années de crise économique

Céline Tabou / 2 septembre 2013

Selon la récente étude de l’OCDE, l’impact des premières années de la crise économique entre 2007 et 2010 a entraîné une inégalité sur la distribution des revenus des personnes dans les pays de l’OCDE.

Le rapport de l’OCDE explique qu’avec "la hausse du chômage et l’érosion du rendement du capital, la crise n’a pas seulement grevé lourdement les revenus du travail et du capital, mais elle a aussi rendu leur distribution plus inégale. Au cours des trois premières années de la crise, l’inégalité du revenu du travail et du capital a progressé autant que pendant les douze années précédentes".

"Perdus plus ou gagné moins"

Selon le rapport de l’OCDE, " l es ménages pauvres ont souvent perdu plus, ou gagné moins ", ainsi au Mexique, en Islande, Grèce, Irlande et Estonie, les revenus des ménages les plus pauvres ont diminué de plus de 5% entre 2007 et 2010. De plus, les 10% de la population "situés en haut et en bas de la distribution en 2007 et 2010, on constate que les ménages à faible revenu ont soit perdu davantage du fait de la chute des revenus, soit moins profité de la reprise, souvent lente". Le rapport expliqué que les 10% les plus riches ont obtenu des résultats "meilleurs" que les 10% les plus pauvres de la population, membres de l’OCDE. D’autant plus que ces derniers — 10% les plus pauvres — ont des revenus inférieurs à celui de 2007, "accusant une baisse de 2% par an".

Cette situation a conduit à une hausse de la pauvreté relative (c’est-à-dire la part d’individus ayant un revenu inférieur à la moitié du revenu médian national) a augmenté dans la plupart des pays de l’OCDE, " en particulier dans ceux qui affichaient de faibles niveaux de pauvreté des revenus au milieu des années 1990". La hausse de la pauvreté s’est concentrée en Suède, en Finlande, au Luxembourg et en République tchèque, où "le taux de pauvreté du revenu a augmenté de 2 points de pourcentage, quelquefois plus". Le rapport prend l’exemple de la Suède, où le taux de pauvreté est passé de 4% en 1995 à 9% en 2010. Toutefois, le taux de pauvreté relative a baissé au Chili, au Royaume-Uni, au Portugal et en Estonie.

La pauvreté diffère selon la classe de la population, entre 2007 et 2010, la pauvreté de revenu relative dans les pays de l’OCDE est passée de 12.8 à 13.4% chez les enfants, et de 12.2 à 13.8% chez les jeunes, selon le rapport. Celle-ci a diminué est passé de 15.1% à 12.5% chez les personnes âgées. Les études réalisées mettent en évidence des tendances différentes selon l’âge. Les enfants et les jeunes adultes sont les plus touchés par la pauvreté dans les pays de l’OCDE.

L’OCDE explique que "les ménages avec enfants ont été durement frappés par la crise. Depuis 2007, la pauvreté des enfants a augmenté de près de 2% dans 16 pays de l’OCDE (Turquie, Espagne, Belgique, Slovénie et Hongrie). À l’inverse, la pauvreté des enfants a diminué de plus de 2 points au Royaume-Uni et au Portugal. Les études mettent en avant que les "personnes âgées ont été relativement moins sensibles aux hausses de la pauvreté de revenu relative pendant la crise.

Les causes de la hausse des inégalités dans les pays riches

Pour Maxime Ladaique de l’OCDE, la hausse de ces inégalités entre 2007 et 2010, est dû à la chute des revenus du travail et du capital de 2% en moyenne par an – notamment en Islande, Grèce, Mexique, Espagne et Irlande à plus de 5% par an. Cela en raison de "la crise de l’emploi et de la montée du chômage". Au cours des deux décennies, avant la crise financière de 2007, les inégalités croissantes de salaires et de revenus du travail étaient le principal facteur de creusement de l’écart entre les 10% les plus riches et les 10% les plus pauvres.

L’économiste a expliqué que les réformes destinées à relancer la croissance, la compétitivité et remodeler le marché du travail ont eu un impact sur cette hausse des inégalités. D’autant plus grâce au recours à l’emploi à temps partiel et à l’aménagement du temps de travail notamment pour les femmes, les jeunes et les faibles rémunérations. Maxime Ladaique pointe du doigt la responsabilité des syndicats, dans la progression du temps partiel et des emplois faiblement rémunérés, qui creusent l’écart salarial. " L’affaiblissement des institutions du marché du travail, par exemple les syndicats, a aussi contribué à élargir les écarts de salaires ", a-t-il indiqué. Ce dernier a précisé que " les transformations des familles, avec l’augmentation des familles monoparentales et de l’homogamie (la propension à choisir son partenaire dans la même tranche de revenus) ont, selon nos travaux, eu un impact que très faible ".

Autre facteur de la dégradation de la situation : "l’incapacité à aligner la croissance du montant des prestations sociales sur la tendance générale des salaires" et "le resserrement des critères d’octroi, afin de contenir les dépenses de protection sociale". Depuis 2010, la lente reprise économique dans certains pays de l’OCDE, et la récession dans certains pays comme la France pourraient accroître la pauvreté, mais aussi diminuer les recettes fiscales. En effet, "beaucoup d’individus ont épuisé leurs droits à des allocations de chômage, et beaucoup de gouvernements ont réorienté leur politique budgétaire au profit de l’assainissement et de la consolidation fiscale". La pression sur les revenus des ménages et leur distribution devrait alors s’intensifier.

Céline Tabou

Des inégalités croissantes en France

Maxime Ladaique de l’OCDE a expliqué, sur le site de l’Observatoire des inégalités, que les inégalités avaient atteint un niveau record dans la plupart des pays de l’OCDE en 2007. L’écart entre les plus riches et les plus pauvres s’est accru entre 1980 et 2007, mais avec l’arrivée de la crise économique et financière, cet écart s’est tendu. En effet, " avant la crise, en moyenne, le revenu moyen des 10% les plus riches représentait environ 9 fois celui des 10% les plus pauvres" . " Lors des trois premières années de la crise, entre 2007 et 2010, cet écart est passé de 9 à 9,5. L’écart en France est inférieur à la moyenne des pays de l’OCDE, il est désormais à 7,2 ". À La Réunion, selon l’Insee (TER 2011), " 10 % des Réunionnais vivent avec un niveau de vie mensuel supérieur à 2.520 € (contre 2.760 € en France)" et "les 10 % les plus modestes ont un niveau de vie inférieur ou égal à 481 € par mois (contre 830 € en France)".

L’économiste a expliqué que "les inégalités de revenus sont restées globalement stables en France entre les années 90 et jusqu’au milieu des années 2000" . Ces inégalités "ont légèrement augmenté à partir de 2005, et les données récentes montrent une augmentation plus notable des inégalités en 2010", a-t-il expliqué. D’après ce dernier, en France , "entre 2008 et 2010, le niveau de vie des 10% les plus pauvres a baissé de 250 euros, alors que le niveau de vie des 10% les plus riches a augmenté de 1.700 euros". D’ailleurs, " en 2010, le niveau de vie moyen des 10% des Français les plus riches était d’environ 61.800 €, soit 7,2 fois plus élevé que celui des 10% les plus pauvres avec un niveau de vie de 8 600 € ", a-t-il indiqué. De son côté, l’Insee confirme que " les inégalités sont plus fortes à La Réunion" faisant de La Réunion, un département "hors norme".
Politique de lutte contre les fortes inégalités

L’OCDE préconise plusieurs grands axes de lutte contre les fortes inégalités. Tout d’abord, "stimuler l’emploi, améliorer celui-ci quantitativement et, surtout, qualitativement, permettant à tous d’échapper à la pauvreté et offrant de réelles perspectives de carrière". Ensuite, "investir davantage dans l’éducation et la formation". Pour Maxime Ladaique, " ces investissements dans les individus doivent débuter dès la prime enfance et se poursuivre au cours de la scolarité. Après l’entrée dans la vie active, les employeurs comme les salariés doivent être suffisamment incités à investir dans les compétences tout au long de la vie professionnelle".

L’OCDE préconise également une fiscalité qui "joue un rôle re-distributif important", cela passe par "relever les taux marginaux d’imposition du revenu pour atteindre directement cet objectif". L’institution propose aussi des mesures consistant "à rechercher une meilleure discipline fiscale, à supprimer des allégements fiscaux et à réévaluer le rôle de l’impôt vis-à-vis de l’ensemble des formes de patrimoine". Enfin, "la fourniture de services publics gratuits de qualité en matière d’éducation, de santé ou d’accueil familial". L’économiste a indiqué qu’en moyenne, "les gouvernements des pays de l’OCDE dépensent autant (quelque 13% du PIB) en services publics sociaux qu’en prestations monétaires, et réduisent ainsi les inégalités d’un cinquième environ".


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