Monde

Hugo Chavez remporte une nouvelle manche face aux USA

Rétablissement des relations diplomatiques entre le Venezuela et la Colombie

Geoffroy Géraud-Legros / 12 août 2010

Interrompues au milieu des rumeurs de guerre, d’assassinat politique et d’invasion, les relations entre la Colombie et le Venezuela ont été rétablies hier. Nouvel échec de la stratégie de tension engagée par les USA contre le mouvement de nationalisation et de redistribution sociale engagé depuis 10 ans au Venezuela.

"Témoignages" rappelait il y a peu la remarquable continuité de la politique étrangère américaine depuis l’élection de Barack Obama. Là où une franche naïveté — ou un aveuglement calculé — veulent voir une évolution significative des orientations et des pratiques des Etats-Unis, la réalité se charge de montrer que les intérêts conjugués des grandes compagnies et de Washington s’expriment toujours à coup d’armes, de stratégie de tension et de manigances politiques.
Ainsi, le départ d’Irak se traduit par un renforcement immédiat de la présence militaire américaine sur le front afghan. La dénucléarisation de l’Europe de l’Est annoncée à la suite de l’accord Russo-Américain du 8 Avril dernier s’accompagne d’un redéploiement des sous-marins nucléaires, dont la base de Diego-Garcia, à quelques milliers de kilomètres de La Réunion, est l’une des premières destinations.

Le Venezuela sur la voie du changement

Aucun changement non plus en Amérique Latine, que les gouvernements américains considèrent traditionnellement comme leur chasse gardée. En témoignent, le coup d’État organisé au Honduras en 2009, et la constance de Barack Obama dans la stratégie de tension engagée contre le Venezuela par ses prédécesseurs. Il faut dire qu’aux yeux de la Maison blanche et des multinationales, Hugo Chavez, Président du pays depuis 1998, a tout pour déplaire.
Depuis son élection, il n’a cessé de multiplier les programmes sociaux, en rupture complète avec les dogmes ultralibéraux imposés depuis Washington à l’Amérique Latine depuis le milieu des années 1970. Un tournant imposé par Caracas grâce à la nationalisation de grandes entreprises, vénézuéliennes mais aussi… étrangères.

Nationalisations en cascade

Cette vague d’appropriations nationales a par exemple frappé la chaîne de grandes surfaces Exito, filiale du français Casino, qui engrangeait jusque-là des bénéfices colossaux grâce à des prix exorbitants sur les produits de première nécessité. Renationalisée aussi, la compagnie sidérurgique SIDOR, bradée par le gouvernement précédent au profit d’une multinationale basée au Luxembourg. Mais c’est la nationalisation de la production pétrolière qui est véritablement au cœur du programme de redistribution engagé par la “Révolution bolivarienne”.
En 2007, l’Etat a pris possession d’une partie des ressources du delta de l’Orénoque , expropriant partiellement les compagnies géantes British Petroleum, ExxonMobil, Chevron et le français Total. En juin dernier, le ministre de l’ Énergie a annoncé la nationalisation d’une flotte de plate-formes pétrolières, jusqu’alors propriété de l’américain Hemerich & Payne.

Tentatives de déstabilisations américaines

En réaction à cette politique de redistribution et d’émancipation nationale, le gouvernement d’Hugo Chavez a subi d’innombrables attaques, qui couvrent tout l’éventail des coups fourrés impérialistes. Campagnes de dénigrement et d’appels au meurtre financées depuis l’étranger, tentatives d’assassinat du président lui-même, détournement des mouvements sociaux contre les nationalisations, et coups d’État soutenus par la CIA dont celui de 2002 est parvenu a chasser le président du pouvoir pendant quelques heures.
Systématiquement initiée depuis les États-Unis d’Amérique, cette stratégie de la confrontation permanente a atteint de nouveaux pics au cours des jours derniers. Une fois encore, c’est le gouvernement colombien -représentant affiché des intérêts américains dans la zone - qui a servi de pièce maîtresse à la stratégie de Washington .


Bras de fer colombien

C’est l’annonce, en juin dernier, d’un renforcement de la présence militaire américaine en Colombie qui a mis le feu aux poudres. Alors que Bogotá justifiait par la "souveraineté nationale" l’accueil de troupes et de matériel US et israélien au sein de ses installations militaires, Hugo Chavez dénonçait « une menace d’invasion, d’assassinat, de mercenaires appelés contractants, de narcofrafics, d’espionnage ».

La tension entre les deux pays a atteint un point critique avec les déclarations du président colombien sur le départ, Alvaro Uribe. Le 16 uillet dernier, celui-ci accusait le Vénézuéla d’ abriter sur son sol la guérilla paysanne des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC)...discours assorti de la menace d’une "intervention préventive" des forces colombiennes, avec l’appui ouvertement exprimé de Larry Palmer, ambassadeur nommé par Barak Obama. En réponse, Caracas gelait les relations diplomatiques avec son voisin colombien.
Le 25 juillet, Hugo Chavez dut renoncer à un déplacement à Cuba, sous la triple menace d’un coup d’État, d’une invasion du Venezuela depuis la Colombie voisine et d’un assassinat politique programmé. Le remplacement le 7 août du belliqueux président Uribe par Juan Manuel Santos a donné in extremis le signe de la détente, et les deux pays ont rétabli hier leurs relations. Sans doute la Maison-Blanche a-t-elle senti que la population vénézuélienne ne se laisserait pas faire.

Geoffroy Géraud-Legros


Des acquis considérables

Pendant des années, les Vénézuéliens ont été exclus du bénéfice de leurs richesses agricoles, de leur industrie, et de leur riche sous-sol. Si elles n’ont pas permis de mettre fin aux immenses injustices qui meurtrissent le pays, plus de 10 années de pouvoir “chaviste” l’ont engagé sur la voie d’un indéniable rattrapage. Les programmes “Robinson”, “Ribas” et “Sucre” ont permis un essor sans précédent de l’éducation populaire, de la scolarisation et de la formation.
En 8 années, des moyens considérables consacrés à l’éducation et à la culture dont la part dans le PIB du pays est passée de 1,3 en 1999 à 4,5% aujourd’hui. Les revenus des travailleurs du secteur nationalisé ont souvent considérablement augmenté : ainsi, le salaire des ouvriers de l’entreprise sidérurgique SIDOR a été quadruplé. Les revenus de l’industrie pétrolière nationalisée ont permis une baisse considérable de la pauvreté, passée de 49% de la population à 33% en une décennie.

GG.L


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