Monde

Jusqu’où ira la paupérisation de la Grèce ?

Crise en Europe

Témoignages.re / 9 février 2012

20,1% de la population grecque est menacée par le risque de pauvreté. Malgré ce chiffre, le Fonds Monétaire International, la Banque Centrale européenne et l’Union européenne ont imposé de nouvelles réformes en échange d’un deuxième prêt d’au moins 130 milliards d’euros.

Mardi 7 février, plus de 20.000 personnes ont manifesté à Athènes et Salonique pour protester contre un nouveau train de mesures d’austérité imposé par la troïka. Manifestant sous le mot d’ordre « ça suffit, on ne peut plus », les secteurs privé et public ont défilé sous les bannières : « non aux licenciements dans la fonction publique », « non à la baisse du salaire minimum » et « non aux réductions des retraites complémentaires ».

Les Grecs pressés de toute part

La Grèce a besoin d’une aide de la troïka pour régler une obligation de 14,5 milliards d’euros, qui arrive à échéance le 20 mars. En contrepartie de cette seconde enveloppe, les créanciers souhaitent plus de sécurité, en obligeant le gouvernement à faire des économies budgétaires supplémentaires de 1,5% du PIB, soit environ 3,3 milliards d’euros.
Les échéances de chaque obligation, les manifestations en cascade, l’aide internationale et les mesures d’austérité s’avèrent être un cercle vicieux qui pèse sur la population et l’économie du pays. Pour Christophe Blot, économiste à l’OFCE, cité 20minutes.fr, « la Grèce est dans un cercle vicieux. À chaque versement de l’aide internationale, elle doit prendre de nouvelles mesures de rigueur, ce qui ralentit son économie ».
« On n’a rien contrôlé en Grèce pendant dix ans, et aujourd’hui, la situation est devenue ingérable. Depuis deux ans, l’objectif de réduction rapide des déficits contribue à dégrader l’activité du pays et, avec elle, les comptes publics. C’est le serpent qui se mord la queue ! », a expliqué poursuit Philippe Waechter, chef économiste chez Natixis AM, dans le quotidien “La Croix”.

Protéger les voisins européens

Après une première cure d’austérité acceptée par le peuple grec, ces nouvelles mesures ont du mal à passer pour les Grecs. « Ils commettent un crime contre le pays. Ils poussent les salariés vers la pauvreté, écrasent les retraités et les chômeurs. Ils bradent les biens de l’État. Il faut arrêter ce crime, et l’arrêter maintenant », a estimé Vangelis Moutafis, haut responsable du principal syndicat GSEE.
Certains économistes proposent de restructurer la dette grecque, puisque les mesures de rigueur ne permettent pas de résoudre les problèmes structurels de l’économie du pays. Mais réformer dans le fond l’économie nationale grecque pourrait selon “La Croix” inquiéter les marchés. La crise grecque pourrait alors gagner d’autres pays européens avec des conséquences non maîtrisées. « Il va falloir encore du temps avant de stabiliser l’euro, en espérant que le Portugal ne va pas tomber à son tour dans une spirale dépressive », a expliqué Philippe Waechter.
Selon certains médias grecs, la troïka pousse les réformes au maximum non pas pour relancer la croissance et diminuer la dette publique, mais pour voir jusqu’où le peuple est prêt à plier et à se révolter. Troisième plan de rigueur, le FMI, la BCE et l’Union européenne demandent au gouvernement grec de lancer une nouvelle série de mesures afin de réduire le déficit.

Céline Tabou


Kanalreunion.com