Monde

L’Allemagne doit 162 milliards d’euros à la Grèce

La question des réparations de guerre revient sur la table

Céline Tabou / 6 janvier 2015

L’Allemagne doit à la Grèce près de 162 milliards d’euros en réparation des dommages et des atrocités commises pendant la Seconde guerre mondiale. Une somme qui pourrait servir le gouvernement, qui a vu son plan d’aide suspendu en raison des élections à venir.

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Manifestation en Grèce contre le plan d’austérité imposé par l’Union européenne. Le mois dernier, un membre du gouvernement grec avait estimé que le montant des réparations de guerre dues par l’Allemagne s’élève à 162 milliards d’euros.

La cure d’austérité imposée à la Grèce par ses créanciers, l’Allemagne en tête, a attisé un sentiment de rancœur vis-à-vis de Berlin, raison pour laquelle le débat sur les réparations refait surface. D’autant plus que les Grecs dénoncent le mépris d’Angela Merkel à leur encontre et les conditions imposées par cette dernière pour un plan d’aide.
Un plan d’aide dénoncé par le parti d’extrême gauche, Syriza, qui a assuré que sa politique se baserait sur un plan de reconstruction économique, mais surtout la renégociation d’une nouvelle réduction d’une grande partie de la dette, ce que craignent les créanciers, l’Allemagne en tête.

Une Allemagne forte au détriment des Européens

Le 6 avril 1941, l’armée allemande envahit la Grèce, où elle restera trois ans. D’après l’historien Mark Mazower (Dans la Grèce d’Hitler), la Grèce a le plus souffert de l’occupation nazie, subissant un « pillage systématique de ses ressources ». En arrivant, les Allemands imposent à la Banque centrale grecque un prêt de 476 millions de reischmarks (soit près de 10 milliards d’euros) au titre des contributions à l’effort de guerre.
Cet “emprunt” ne sera jamais remboursé, car l’accord de Londres de 1953 ne le précise pas, bien qu’il fixe le montant des dettes extérieures contractées par l’Allemagne entre 1919 et 1945. En plus de ces avantages financiers, l’Allemagne voit sa dette réduite de moitié par les Etats-Unis, qui souhaitent préserver son alliance avec le pays, pour faire face au communisme. Ainsi, les pays victimes de l’Occupation et bénéficiant du plan Marshall doivent oublier leurs demandes de réparation, afin d’édifier une Allemagne forte.
« À partir de là, l’Allemagne s’est portée comme un charme pendant que le reste de l’Europe se saignait aux quatre veines pour panser les plaies laissées par la guerre et l’occupation allemande », résume l’historien de l’économie allemand Albrecht Ritschl, professeur à la London School of Economics, dans un entretien au quotidien allemand, Der Spiegel.

Demande de réparation

Début 2010, Theodoros Pangalos, vice-premier ministre grec, avait dénoncé lors d’un voyage en Allemagne, sur les ondes de la BBC : « ils ont pris les réserves d’or de la Banque de Grèce, ils ont pris l’argent grec et ne l’ont jamais rendu. C’est un sujet qu’il faudra bien aborder un jour ou l’autre. »
En décembre 2010, le secrétaire d’Etat aux finances hellènes, Philippos Sahinidis, avait estimé le chiffre à 162 milliards d’euros. Deux ans plus tard, le gouvernement grec créé un groupe de travail, afin de chiffrer le montant des réparations qu’elle pourrait réclamer à Berlin.
En 2014, après des efforts et pressions considérables pour faire des économies, le président de la République grecque, Carolos Papoulias, avait assuré à son homologue allemand, Joachim Gauck, que « la Grèce n’a jamais renoncé [aux réparations de guerre] et exige la résolution de cette question avec l’ouverture rapide de discussions ». Une remarque vite douchée par Joachim Gauck qui lui a dit : « Vous savez que je ne peux vous faire d’autre réponse que vous dire que la voie légale est fermée ».


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