Monde

L’Allemagne sourde aux doléances de la France

Europe

Céline Tabou / 7 août 2014

Lors de sa visite en Allemagne, le président François Hollande avait demandé à la chancelière allemande, Angela Merkel, d’investir davantage en Europe afin de favoriser le retour de la croissance.

Avec de mauvais chiffres sur l’économie et les déficits de la France, qui devraient être supérieurs à 3% en 2015 si l’activité reste atone, « il y a un vrai risque déflationniste en Europe : en France, l’inflation n’a jamais été aussi basse. Or, si une faible croissance pèse sur les rentrées fiscales, une faible inflation a également des conséquences budgétaires négatives sur les recettes comme sur la dette », a affirmé le chef de l’Etat, le 4 août à Liège.

Paris attend de l’aide

François Hollande a tenu à convaincre l’Allemagne de l’aider à surmonter ce contexte économique difficile, alors que la France a déjà obtenu un délai de deux ans, de 2013 à 2015, pour ramener ses déficits sous la barre des 3%. « Nous mettons en place les réformes annoncées, mais le rythme des efforts entrepris pour réduire les déficits dépend aussi de la croissance. Nous ne sollicitons pas de l’Allemagne une quelconque indulgence, mais nous lui demandons un soutien plus ferme à la croissance. Ses excédents commerciaux et sa situation financière lui permettent d’investir davantage », avait alors indiqué François Hollande.
François Hollande a avait expliqué que « ce que la BCE doit comprendre, et aussi ce que nos amis allemands doivent entendre, c’est qu’il y a des pays en déficit, la France en est un, ces pays-là doivent faire des efforts pour redresser leurs comptes, pour améliorer leur compétitivité, c’est ce que nous faisons en France ». Et de l’autre a-t-il assuré, il y a « des pays qui sont en excédent parce qu’ils ont fait des réformes » et qui doivent « soutenir la consommation, soutenir la demande, augmenter les salaires, faire davantage d’investissements pour qu’il puisse y avoir plus de croissance en Europe. Ce sera bon pour l’Allemagne et bon pour la France. »
Un appel à l’aide non masqué, appuyé par les déclarations du Premier ministre Manuel Valls qui a annoncé vendredi 1er qu’il dirait « la vérité aux Français » à la mi-août, en avertissant l’Union européenne qu’une consolidation budgétaire trop rapide risquait « d’éteindre la croissance ».

Berlin refuse

En dépit de cette bonne volonté affichée en Allemagne, la chancelière est restée sourde aux doléances de la France. « Le gouvernement allemand ne juge pas nécessaire d’infléchir sa politique économique pour soutenir la croissance dans la zone euro », a déclaré mercredi 6 août la porte-parole Christiane Wirtz.
« L’Allemagne est déjà le plus important moteur de la croissance de la zone euro et pour répondre à ces déclarations très générales de Paris, nous ne voyons aucun besoin d’apporter le moindre changement à notre politique économique », a-t-elle déclaré. Cette déclaration met fin à la volonté de Paris de voir Berlin s’impliquer un peu plus dans l’économie de la zone euro.
Avec l’instauration d’un salaire minimum, la revalorisation des retraites et des programmes d’investissements, parmi lesquels un investissement de 5 milliards d’euros dans les infrastructures de transport, Berlin estime tout faire relancer la consommation dans le pays, sans pour autant augmenter la dette.
Pour Angela Merkel, il s’agit d’une « inflexion politique importante, comparée à la politique de rigueur préconisée durant son précédent mandat », a indiqué le quotidien Le Figaro. D’autant plus que l’opinion allemande refuse que le pays finance le laxisme des Etats européens qui n’ont pas mené de réformes structurelles pour adapter leurs économies. Un quolibet supplémentaire pour François Hollande, qui devra rendre des comptes sur les prochains chiffres de la croissance économique française.

Céline Tabou


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