Monde

L’Allemagne vend sa « culture de la stabilité » aux Portugais

Crise en Europe

Céline Tabou / 14 novembre 2012

L’austérité est le « seul chemin possible », a déclaré le Premier ministre portugais, Pedro Passos Coelho, lors d’un point presse aux côtés d’Angela Merkel, la chancelière allemande en visite de cinq heures dans le pays.

Angela Merkel est venue défendre les politiques d’austérité au Portugal, en pleine récession avec un taux de croissance du PIB réel de 1,3% et un taux de chômage de 13,2%. (Eurostat-2011). À Lisbonne, la chancelière a indiqué que le Portugal appliquait « de façon excellente » le plan d’aide internationale octroyé depuis mai 2011. Le gouvernement portugais prévoit la mise en application d’un programme strict de réformes et d’austérité, alors que la rue commence à se mobiliser contre les mesures drastiques imposées.

Exemplarité du Portugal

« Le programme est appliqué par le Portugal de façon excellente. C’est un grand exploit », a déclaré la chancelière allemande lors de ce point presse à Sao Juliao, près de Lisbonne, le 12 novembre. Cette déclaration survient au moment du début d’une nouvelle évaluation par la troïka (Union européenne, Fonds monétaire international, Banque centrale européenne) des réformes mises en place par le gouvernement portugais de centre droit en échange du plan de sauvetage de 78 milliards d’euros. Si le rapport de la troïka est « positif », le pays pourra compter sur le versement d’une nouvelle tranche d’aide de 2,5 milliards d’euros dans le cadre du plan global.

De son côté, le Premier ministre portugais, Pedro Passos Coelho, fervent partisan de la rigueur budgétaire, à l’instar d’Angela Merkel, a réaffirmé sa volonté de mener à bien son programme d’austérité qui prévoit pour l’année prochaine une hausse généralisée des impôts. « Tergiverser sur notre programme, douter de notre capacité à le respecter serait un mauvais service rendu aux Portugais et aussi à l’Europe », a déclaré Pedro Passos Coelho. Cette déclaration ne devrait pas apaiser les tensions qui grimpent au sein de la population. Les rassemblements et les manifestations se multiplient dans le centre de la capitale, notamment devant le Parlement, ou encore aux abords du palais présidentiel.

Les manifestants se sont rassemblés à l’appel du Mouvement « Que la troïka aille se faire voir ! Rendez-nous nos vies » (QSLAT), co-fondé par l’écrivain António Costa Santos. Ce dernier a déclaré à la presse qu’Angela « Merkel a acheté une ruine au Portugal et a demandé au gouvernement de faire des travaux de démolition des vieux murs ». « Maintenant, elle vient voir comment se déroule le déblaiement des remblais. Elle est “persona non grata”. Elle symbolise l’idéologie qui a conduit le Portugal, la Grèce, l’Espagne, l’Italie, etc. dans la situation où ils sont. On ne vote pas pour elle. Et elle ne dirige pas ici », a ajouté l’écrivain.

La « culture de la stabilité » germanique

Selon les observateurs, Angela Merkel, en tournée dans les pays de la zone euro en difficulté, a deux objectifs. D’un côté, « maintenir la dynamique pour sa politique de discipline budgétaire et de réformes en Europe » et, de l’autre, « convaincre son électorat du bien-fondé de sa démarche dans l’optique des élections législatives de septembre 2013 », indiqué “Le Figaro”.

Première économie d’Europe, l’Allemagne a depuis le début de la crise de la dette souveraine imposé le rétablissement des comptes publics afin de retrouver la croissance. A un an des prochaines élections, la chancelière utilise la crise pour étendre la « culture de stabilité » germanique en Europe. En récompense, la troïka a accepté d’assouplir les objectifs d’équilibrage des comptes publics du Portugal, car la récession entraîne des recettes fiscales inférieures aux prévisions.

La visite d’Angela Merkel est également un signal pour la France, qu’elle engage à prendre la même voie des réformes structurelles. Pour Berlin, le préalable à la croissance future est dans le maintien d’une compétitivité élevée, jumelée à une modération salariale et des prix, plutôt qu’un retour à des finances publiques équilibrées. C’est ce que les Allemands nomment « la culture de la stabilité ».

Céline Tabou


Kanalreunion.com