Monde

L’Angleterre, au centre des débats européens

40 ans après son adhésion au Marché commun

Céline Tabou / 15 janvier 2013

En dépit des attaques faites contre la Grande-Bretagne, le premier ministre britannique David Cameron a réaffirmé sa volonté de rester membre des 27. Depuis plusieurs semaines, de nombreux responsables politiques ont prôné son retrait ou son maintien dans l’Union européenne.

Entré dans l’Union européenne en 1973, le Royaume-Uni a eu de nombreuses positions de retrait et de prudence, vis-à-vis des tentatives d’intégration et de solidarité budgétaire. Pays, hors de la zone euro, il a su maintenir depuis 1984 un avantage financier important, sans pour autant compter sur la politique agricole commune.

« L’intégration de la Grande-Bretagne rend impossible toute avancée »

En décembre 2012, des responsables politiques français avaient mené la charge contre la Grande-Bretagne. Jacques Delors et Michel Rocard avaient suggéré au pays de quitter l’Union européenne, car « ils ne suivent pas la tendance allant vers plus d’intégration, nous pourrions malgré tout rester amis, mais sous une autre forme ». L’ancien président de la Commission européenne avait évoqué un « accord de libre-échange » ou « une forme comme celle de l’espace économique européen » pour pouvoir conserver des relations économiques et commerciales ». Ce dernier avait d’ailleurs dénoncé les Britanniques qui « s’intéressent seulement à leurs intérêts économiques, à rien de plus », a dénoncé le socialiste français.
Cependant pour Michel Rocard, ancien premier ministre français (1988-1991) et eurodéputé socialiste (1994-2009), « l’intégration de la Grande-Bretagne rend impossible toute avancée à cause de leur veto. Si les Britanniques sortent de l’UE, je titrerais Hourra ». Ce dernier a pointé du doigt le domaine social et judiciaire qui « à cause d’eux (…) sont hors des compétences de l’UE ». Propos appuyés par l’ancien premier ministre belge Guy Verhofstadt qui a rappelé que « l’Europe à la carte ne fonctionne pas. La Grande-Bretagne est perçue comme un fauteur de trouble ».
A contrario, de nombreux dirigeants européens ont plaidé pour le maintien du Royaume-Uni au sein de l’UE et refusé tout changement de traités. « La Grande-Bretagne est une part essentielle de l’UE », a déclaré le Premier ministre irlandais Enda Kenny. « La Grande-Bretagne a une grande valeur et est un membre très important de l’UE », a ajouté Herman Van Rompuy, président du Conseil européen, aux côtés du Premier ministre irlandais. Les deux hommes ont défendu l’importance de l’Union européenne pour les entreprises britanniques, l’intérêt pour Londres de rester un « membre entier et actif » au sein du bloc des 27.

56% des Britanniques prêts à quitter l’UE, selon un sondage

Le scepticisme des Britanniques s’est entendu lors du dernier Conseil européen du mois de novembre 2012, où David Cameron a vivement contesté les hausses de dépenses du prochain budget. En effet, Bruxelles a décidé d’augmenter le budget de l’institution entraînant des élans de contestations, notamment de la part des Anglais, dont les conservateurs qui ont réclamé un référendum sur l’appartenance à l’Union européenne.
Selon un sondage paru dans The Observer, 56% des Britanniques voteraient pour une sortie de l’Union européenne. Ce que le président du Conseil européen a contesté, car « ce serait comme si un ami partait dans le désert », a affirmé Herman Van Rompuy. Cependant, certains politiciens dénoncent la position ambivalente des Britanniques, car « il n’y aura en Europe de décision politique pour répondre rapidement en cas de crise. Même la Commission ne peut pas prendre de décision pour la relance » a expliqué Michel Rocard.
Face aux attaques, David Cameron a écarté la perspective d’organiser un référendum sur l’appartenance de la Grande-Bretagne à l’Union européenne. Ce dernier a estimé qu’il était dans l’intérêt de son pays de rester membre des Vingt-Sept. Le premier ministre a indiqué qu’un référendum était un « mauvais choix » et que même s’il estimait que la Grande-Bretagne « ne s’effondrerait pas » si elle devait quitter l’Union européenne, elle n’avait aucun intérêt à le faire.
Le Premier ministre a toutefois proposé de renégocier les liens entre Londres et Bruxelles, se disant convaincu d’avoir des alliés pour redonner au gouvernement britannique davantage de pouvoirs. En effet, le ministre des Finances George Osborne a souhaité que « l’UE fasse plus dans certains domaines, comme le marché intérieur, le numérique, l’énergie, le libre-échange avec les Etats-Unis, le Japon, et d’autres parties du monde. Nous avons des idées pour l’UE et il est frustrant qu’elles ne soient pas appliquées ».
De son côté, l’administration de Barack Obama a mis en garde la Grande-Bretagne contre le danger d’un repli sur soi et insisté sur le fait que Washington souhaitait voir Londres rester dans l’UE. D’autant que la moitié des exportations britanniques se font vers l’Europe, dont plus de 40% dans la zone euro. En octobre 2012, le PIB britannique reculait de près de plus de 0,5% avec une inflation à 3,2%.

Céline Tabou


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