Monde

L’avenir de l’Union européenne se joue en Grande-Bretagne

La majorité parlementaire sortante propose un référendum sur la sortie de l’Union

Manuel Marchal / 7 mai 2015

Dans son programme, le Parti des conservateurs a promis un référendum sur la sortie ou pas de l’Union européenne. Un départ de la Grande-Bretagne de l’UE serait un événement considérable. C’est pourquoi l’enjeu des élections législatives dans ce pays concerne toute l’Europe.

Aujourd’hui, les Britanniques élisent les 650 membres de la Chambre des communes, ce sont leurs députés. Le gouvernement est l’émanation de la majorité de cette Chambre. Deux partis se détachent, les conservateurs actuellement au pouvoir, et les travaillistes qui mènent l’opposition. Ces derniers sont les sociaux-démocrates.

L’enjeu de l’élection dépasse largement les frontières de la Grande-Bretagne. L’actuel Premier ministre, David Cameron, s’est en effet engagé à organiser un referendum sur le maintien dans l’Union européenne. Membre de la Communauté européenne depuis 1973, la Grande-Bretagne n’est pas entrée dans l’euro. Dans l’Union européenne, la crise grecque n’est pas terminée. Au sujet de ce pays, il a déjà été question d’un abandon de l’euro. Si jamais un référendum est organisé en Grande-Bretagne, et qu’il donne comme résultat la sortie de l’Union européenne, alors cette organisation connaîtra la plus grave crise de son histoire. La Grande-Bretagne est en effet une puissance économique et financière qui compte bien plus à l’échelle du monde que la Grèce. Cela pourrait être le signal d’une période d’instabilité en Europe, avec sans nul doute des conséquences à La Réunion.

Lors des élections législatives de 2010, aucun parti n’avait eu la majorité. Les Conservateurs s’étaient alliés au Parti les libéraux-démocrates pour créer un gouvernement. Cette fois, c’est le Parti national écossais, le SNP, qui peut jouer le rôle d’arbitre. Le SNP pense remporter le scrutin dans 50 circonscriptions. Son objectif est de combattre l’actuelle majorité conduite par les conservateurs. Mais pour le moment, la direction du Parti travailliste dit ne pas être prête à se coaliser avec le SNP. Des divergences subsistent sur le futur statut de l’Ecosse. Le SNP milite en effet pour son indépendance, tandis que le Parti travailliste avait fait campagne contre l’indépendance lors du référendum d’autodétermination organisé l’an dernier.

Pas de salaire minimum garanti et contrats à « zéro heure »


Dans un article publié dans les colonnes de l’Humanité, notre confrère montre le revers du « miracle économique » britannique : des salaires de misère et des contrats de travail sans garantie de temps minimal. La croissance se fait au prix d’une précarité sans précédent. Extraits :

Abbie travaille depuis plusieurs mois dans une chaîne de magasins de vêtements d’Oxford Street, la plus célèbre des avenues commerciales de Londres. Avant de débuter, ses employeurs lui ont fait signer un contrat zéro heure. Elle ne savait pas trop ce qu’il contenait de particulier et eux l’ont vendu « comme une liberté pour moi de travailler quand je veux. Ils ont évidemment omis de me préciser qu’ils ne me donneraient pas assez d’heures de travail pour vivre ». Ces contrats lient en effet l’employé à son employeur sans lui assurer la moindre heure de travail et donc le moindre revenu.

« Pour nous empêcher de nous plaindre, ils nous font miroiter un contrat de 8 ou 12 heures minimum », témoigne la presque trentenaire. « Nous ne recevons en effet notre planning qu’au dernier moment alors qu’il est réalisé longtemps à l’avance. Ils veulent juste nous garder sous la main en cas de nécessité de dernière minute, par exemple pour couvrir l’un de nous tombé malade. » Les employés qui ont fait savoir leur mécontentement ou qui ont exprimé leur désir de cumuler un second travail en parallèle ne se sont plus vu offrir d’heures. Mais, officiellement sous contrat, ils n’ont pas pu percevoir d’allocation de chercheur d’emploi.
Selon le Bureau de la statistique nationale britannique, 1,8 million de salariés sont concernés par ce contrat zéro heure (soit 5,5 % de la population active), qui sévit en particulier dans la grande distribution et la restauration rapide. Ils travaillent en moyenne 23 heures par semaine et 58 % d’entre eux sont rémunérés par leur actuel employeur depuis plus d’un an.
Voilà l’une des réalités du miracle économique britannique vanté par le premier ministre conservateur David Cameron et son responsable des finances George Osborne.

Certes, les statistiques macroéconomiques semblent donner raison à leur politique ultralibérale : une croissance de 2,8 % du produit intérieur brut en 2014, soit la meilleure des membres du G7, un chômage tombé à 5,6 % après avoir atteint 8,4 % fin 2011, et une inflation à 0 %, loin de son sommet de 5,2 % enregistré en septembre 2011.

La hausse de l’emploi s’est pourtant avant tout appuyée sur la précarisation des travailleurs, un iceberg dont les contrats zéro heure ne représentent que la partie émergée. Plus d’un million et demi d’emplois ont été créés depuis les premières secousses engendrées par la crise économique en avril 2008. Ils concernent 381 000 salariés à temps plein, dont 200 000 employés temporaires, 430 000 salariés à temps partiel et 692 000 autoentrepreneurs, dont 423 000 à temps partiel.
De plus, 1,2 million de Britanniques possèdent au moins un second emploi, soit 100 000 de plus qu’il y a 7 ans.


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