Monde

L’économie russe en pleine crise

Baisse du prix du pétrole et dévaluation du rouble

Céline Tabou / 28 février 2015

La baisse du prix du pétrole et la dévaluation du rouble ont conduit le pays dans une crise monétaire et économique qui pourrait s’aggraver si ces deux indicateurs continuent leur descente.

La Russie connaît une récession importante qui impacte sur les taux d’intérêts, les accès aux financements pour les investissements et une inflation dramatique, pénalisant les consommateurs russes. Pour Igor Yurgens, de l’Institut de développement contemporain de Russie, a expliqué à Radio-Canada, que « tout est foutu maintenant à cause de l’Ukraine, de la guerre, des sanctions » des Occidentaux.

L’Ukraine, cause de cette crise

La crise monétaire et économique actuelle découle de la position politique de Moscou vis-à-vis de Kiev. En effet, en juillet 2013, la Russie avait vivement contesté les accords qui devaient être signés entre l’Ukraine et l’Union Européenne, en décembre. En effet, Moscou souhaitait consolider son partenariat avec l’Ukraine, refusant en tout point son rapprochement avec l’Europe.

Un rapprochement souhaité par une bonne partie de la population qui s’est rendue dans les rues de plusieurs villes du pays, pour appeler à la signature des accords avec l’UE. Cependant, la crise aura duré plusieurs mois, entrainant les évènements de Maidan, puis la séparation de certains territoires dans l’est du pays, parmi lesquels la Crimée et Donetsk.

La posture de Moscou vis-à-vis des Ukrainiens et des Européens a conduit à une dépréciation de sa monnaie. En effet, le rouble est passé de 35 à 40 roubles pour 1 euro, à 44 roubles pour 1 euro. la situation ne s’est pas arrangé pour la monnaie russe. Lorsque l’ancien président ukrainien Viktor Ianoukovitch prend la fuite, le taux de change passe alors de 50 roubles pour 1 euro.

Cette dévaluation de la monnaie russe est une cause politique, plus qu’économique. Cependant, ses conséquences restent financière et économique, ainsi l’inflation s’aggrave, et touche principalement les biens de consommation qui ont augmenté de 15 % d’après les récentes données des autorités russes. Sans compter la chute du pouvoir d’achat des Russes et la fuite des investisseurs russes et étrangers.

La dette russe grimpe

Dans un tel contexte économique et politique, les agences de notation américaines Standard & Poor’s et Moody’s ont toutes deux rétrogradé, ces deux dernières semaines, la dette souveraine de la Russie. Celle-ci est désormais qualifiée d’investissement spéculatif ou pourri avec une note à Ba1, n’incitant pas les fortunes russes et les étrangers à investir en Russie.

D’autant qu’un tel abaissement exclut de fait la dette russe de certains portefeuilles financiers, et accélère les fuites de capitaux massifs, qui s’élèvent à 188 milliards de dollars en 2014, d’après la Banque Centrale Russe. Ce manque de financement, découle également des sanctions prises par les Occidentaux, en représailles de la crise ukrainienne. Ces sanctions ont fait fuir les investisseurs et fait perdre confiance en l’économie russe. De ce fait, le contexte économique et financier, ajouté à la décision de ces deux agences est “difficile” à comprendre pour les Russes.

Ces derniers affirment qu’elles ne s’expliquent pas « par des arguments purement économiques », a indiqué Evgueni Stanislassov, diplomate russe à l’agence de presse russe, Interfax. Pour ce dernier, « cette décision entre dans la logique d’une campagne antirusse bien orchestrée », appelant à « la création d’une agence de notation des pays des BRICS » (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud).

Cependant, pour l’agence Moody’s, les capacités financières de la Russie diminuent, et il y aurait « un risque grandissant de décisions de la part des autorités russes qui pourraient affecter directement ou indirectement le remboursement dans le temps du service de la dette ».

Le pétrole, indicateur essentiel

Des décisions qui devront être prises rapidement, car l’économie mondiale peine encore à se relancer, et la chute du prix du baril pourrait venir accentuer encore plus l’économie du pays.

En effet, la Russie produit en moyenne 10,58 millions barils de pétrole par jour. Le secteur pétrolier est le premier contributeur des exportations du pays, à près de 60 %, mais il est surtout source de recettes fiscales.

Avec la chute du prix du baril et l’embargo sur son économie, la Russie pourrait perdre entre 4 et 7 % de son PIB en 2015, si le prix reste à 60 ou 80 dollars le baril. Celui-ci se situait à 100 dollars avant la chute. Cependant, « la baisse du prix du pétrole et l’incapacité d’accéder aux marchés des capitaux à cause des sanctions ont un effet dévastateur », a expliqué au quotidien Le Figaro, Antoine Halff, responsable des marchés pétroliers à l’Agence internationale de l’énergie (AIE).

Pour pouvoir maintenir la production à son niveau actuel, la Russie doit investir d’importantes sommes, afin de compenser la diminution des ressources dans les champs les plus anciens. Mais les compagnies pétrolières russes n’ont plus cette capacité financière, car leurs recettes ont diminué avec le prix du baril, et elles ne peuvent plus accéder aux marchés financiers et monétaires. Un cercle vicieux se met en place, contraignant le gouvernement russe à payer les dettes des compagnies.

Ainsi, les autorités russes doivent compenser les pertes de ses compagnies pétrolières. Par exemple, la plus grande compagnie pétrolière russe, Rosneft, a reçu un crédit d’urgence de 10 milliards de dollars pour payer ses créanciers internationaux. Cette fragilité financière pousse les producteurs russes à suspendre leurs projets d’exploitation, et à retarder la production de plusieurs champs, risquant de faire baisser le niveau d’exportation du pays et de conduire le pays un peu plus dans la récession.


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