Monde

L’éducation comme un nouvel antidote des conflits en Afrique

Construire un monde peuplé de cultivateurs de la paix

Témoignages.re / 29 septembre 2009

Bien qu’elle date de très longtemps, l’idée de "l’éducation pour la paix" n’a pris corps en Afrique que maintenant comme un recours à tenir compte dans la lutte contre la violence. À Mombasa, une conférence internationale a plaidé pour l’introduction de la culture de la paix, de la tolérance et du respect de la diversité dans les programmes scolaires. Cette démarche n’est pas sans rappeler celle de la Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise, qui sera l’illustration de l’égalité des cultures.

Elle est présente dans plusieurs instruments juridiques internationaux, tels que la Charte des Nations unies, adoptée en 1945, la Déclaration universelle des droits de l’Homme, en 1948 et, enfin, la Convention des Nations unies sur les droits de l’enfant, en 1989, entre autre.

Et ce, sans parler des constitutions nationales du monde contemporain, ainsi que de principaux manuels religieux, tels que la Sainte Bible et le Coran qui, tous les deux, prêchent l’amour du prochain et le caractère sacré de la vie humaine.

Il y a plus de 2.500 ans, Pythagore, le recteur de la première université du monde, conseillait déjà : « Eduquez les enfants d’aujourd’hui et ce ne sera plus nécessaire de punir les hommes de demain ».

Mais la réalité montre aujourd’hui que le concept de « l’éducation pour la paix » est resté limité au papier. Dans la pratique, certaines de ses courroies potentielles de transmission, comme l’université et la religion, sont devenues une espèce d’incubateurs du virus de la haine et de la tragédie.

Par conséquent, le monde a fini par favoriser plus de tendances â faire la guerre, la haine et l’injustice sociale qu’à faire la paix et promouvoir l’harmonie et la fraternité.

C’est à partir de ce constat qu’apparemment, le nouveau mouvement de « l’éducation pour la paix » en vient â croire qu’il est possible de faire quelque chose afin d’inverser le cadre et rompre avec la tendance actuelle à courir derrière des incendies ou des symptômes au lieu de s’attaquer à leurs véritables causes.

Dans cette perspective, la ville touristique de Mombasa, dans le sud-est du Kenya, a une fois de plus accueilli récemment une conférence ministérielle sur le rôle de l’éducation dans la prévention et la résolution des conflits.

La lutte contre la violence

Organisée par l’Association pour le développement de l’éducation en Afrique (ADEA), en partenariat avec le gouvernement kenyan, la réunion a rassemblé des délégations des pays victimes des conflits en Afrique pour étudier les meilleurs moyens de faire avancer « l’éducation pour la paix ».

Le bilan des débats, qui se sont déroulés du 14 au 16 septembre, s’est soldé par une « quasi-ratification » des idéaux défendus par les organisateurs de l’événement qui plaidaient pour une place privilégiée du secteur éducatif dans la lutte contre la violence en Afrique.

Dès le début, les principaux responsables de l’ADEA ont fait campagne en faveur de l’affirmation et la reconnaissance effective de l’éducation comme un véritable instrument de la culture de la paix pour prévenir et résoudre les conflits.

« L’éducation ne doit pas se limiter à favoriser l’acquisition des connaissances, de l’information et des habilités. Elle doit aussi viser la transformation des esprits et des c ?urs », a déclaré le président de l’ADEA, Dzingai Mutumbuka.

S’exprimant lors de la cérémonie d’ouverture de la rencontre, il a proposé l’intégration dans les programmes éducatifs de la question de la diversité culturelle de façon à ce qu’elle soit reconnue de tous comme « une richesse et non un problème » et que les apprenants sachent « accepter et respecter l’identité des autres ».

La culture de la paix, de la tolérance et du respect de la diversité

Pour confirmer la pertinence et l’opportunité de cette approche, la Déclaration finale de la réunion de Mombasa a fini par configurer une reproduction presque intégrale de l’intervention du responsable de l’ADEA.

C’est ainsi que l’inclusion graduelle, dans les programmes scolaires, des matières obligatoires spécialement orientées vers la culture de la paix, de la tolérance et du respect de la diversité, du niveau primaire au niveau universitaire, a été retenue comme l’un des objectifs à atteindre.

L’idéal est de commencer à inculquer aux élèves, dès leur début scolaire l’esprit du rejet de la violence au nom de la sacralisation de la vie humaine, de l’amour du prochain et du respect de la différence.

Comme M. Mutumbuka, le communiqué final de la rencontre définit l’éducation comme un élément cultivateur de la paix qui doit aller au-delà de la transmission de connaissances et des compétences et « viser la transformation des c ?urs et des esprits afin de permettre une vie harmonieuse entre les êtres humains ».

Dans ce communiqué, cette harmonie entre les êtres humains est aussi conditionnée à l’acceptation par les apprenants de la diversité raciale, ethnique, religieuse et culturelle de leurs sociétés comme « une partie importante de leurs patrimoines nationaux ».

Pour ce faire, le même document défend aussi « l’intégration de cette diversité dans les programmes éducatifs, aussi formels qu’informels, ainsi que l’incorporation d’une dimension spécifiquement tournée vers l’éradication de la violence et la promotion de la cohabitation pacifique entre les peuples ».

Les gouvernements africains sont appelés à formuler et/ou renforcer des politiques et des stratégies adéquates et garantir effectivement l’application, le monitoring et l’évaluation des programmes de « l’éducation pour la paix ».

« L’éducation pour la paix »

Durant les débats, les aspects nécessitant un consensus semblaient se résumer essentiellement aux modalités de l’application pratique du projet, les uns suggèrent la mise à jour des cursus existants alors que les autres militent pour l’introduction des matières complètement séparées et autonomes.

Apparemment, l’un des grands inspirateurs de ce mouvement a toujours été le Kenya, pays qui se trouve déjà dans une phase très avancée car il est visiblement déterminé à prévenir la répétition des scènes similaires à celles de la crise post-électorale de 2007 qui a causé d’importants dégâts.

Aussitôt après la tragédie décrite sur place comme « la pire crise politique depuis l’indépendance du pays, en 1963 », le gouvernement kenyan a lancé un programme de « l’éducation pour la paix » qui a déjà permis de produire des manuels scolaires spécifiques et former des enseignants spécialisés.

Le programme en cours a été élaboré après consultations avec plusieurs intervenants du secteur, dont des directions des universités et des écoles, ainsi que des agences spécialisées des Nations unies.

Selon le ministère kenyan de l’Education, depuis qu’il a été lancé en février 2008, 50.000 exemplaires de matériel didactique sur « l’éducation pour la paix » ont déjà été distribués sur toute l’étendue du pays et 6.000 spécialistes parmi des enseignants et des responsables de l’enseignement formés.

Des programmes similaires sont aussi en cours d’application ou d’élaboration dans plusieurs autres pays de la région et du continent, notamment l’Ouganda, la Côte d’Ivoire et l’Angola, tel qu’annoncé par des responsables ayant participé à la conférence de Mombasa.


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