Monde

L’élimination du travail des enfants est loin d’être terminée

168 millions d’enfants en situation de "travail des enfants"

Témoignages.re / 26 septembre 2013

Sous le titre "Mesurer les progrès dans la lutte contre le travail des enfants – Estimations et tendances mondiales 2000 – 2012", le Bureau International du Travail (BIT) vient de publier une étude au sujet de ce grave problème. Cette étude se situe dans le cadre du "Programme international pour l’abolition du travail des enfants" (IPEC) avant 2016. Nous publions de larges extraits de ce texte ci-après, avec des inter-titres de "Témoignages" et d’autres extraits en encadrés.

Depuis 2000, le BIT fait le point et mesure les progrès mondiaux effectués dans la réduction du travail des enfants. Depuis 2006, il entreprend cette analyse à la lumière de l’objectif fixé par l’Organisation internationale du Travail (OIT) d’éliminer toutes les pires formes de travail des enfants d’ici 2016.

Le présent rapport suit la série des rapports globaux sur le travail des enfants conformément au suivi de la Déclaration de l’OIT relative aux principes et droits fondamentaux au travail et son suivi. Il se concentre sur la présentation du quatrième ensemble d’estimations du travail des enfants pour 2012 et sur l’identification des tendances de 2000 à 2012.

De réelles avancées

La publication du rapport arrive à point nommé pour apporter une contribution à la 3ème Conférence mondiale sur le travail des enfants qui aura lieu à Brasilia, en octobre 2013. Contrairement aux résultats mentionnés dans le rapport global de 2010, publiés avant la Conférence mondiale sur le travail des enfants tenue à La Haye en mai 2010, les dernières estimations montrent de réelles avancées dans la lutte contre le travail des enfants, en particulier au cours de ces quatre dernières années.

Ceci signifie que les gouvernements, les organisations de travailleurs et d’employeurs et la société civile ont pris la bonne route et avancent dans la bonne direction. Les investissements effectués, l’expérience acquise et l’attention portée à l’abolition du travail des enfants, en donnant la priorité à ses pires formes, sont clairement payants.

Des succès relatifs

Même si ce sont là de bonnes nouvelles, il faut immédiatement rappeler que les succès obtenus dans ce domaine ne peuvent être que relatifs. Comme l’a souligné l’évaluation du précédent rapport global, les progrès sont encore trop lents et leur rythme doit s’accélérer si la communauté mondiale veut s’approcher de l’objectif de 2016 qu’elle cherche à atteindre.

Les nouvelles estimations présentées dans le présent rapport indiquent que 168 millions d’enfants sont en situation de "travail des enfants" partout dans le monde, ce qui représente environ 11 pour cent de l’ensemble des enfants. Les enfants effectuant des travaux dangereux qui mettent directement en péril leur santé, leur sécurité et leur développement moral constituent plus de la moitié de tous les enfants en situation de travail des enfants, soit 85 millions en chiffres absolus.

Les pays pauvres, les plus touchés

Pour les 12 années commençant en 2000, le tableau dynamique se caractérise par des progrès significatifs. Il y a pratiquement 78 millions d’enfants en situation de travail des enfants de moins à la fin de cette période qu’à son début, ce qui représente une diminution de presque un tiers.

Ce progrès récent est une très bonne nouvelle, puisqu’il y avait des craintes que les difficultés sociales causées par la crise économique mondiale de 2008-2009 et ses suites n’aient entraîné une augmentation du nombre de familles recourant au travail des enfants afin de joindre les deux bouts.

Pour la première fois, les estimations mondiales du travail des enfants sont présentées pour plusieurs niveaux de revenu national. Il n’est pas surprenant que l’incidence du travail des enfants soit plus élevée dans les pays les plus pauvres.

Pour de bons choix politiques

Comment les progrès enregistrés au cours des 12 dernières années sont-ils arrivés ? La diminution du travail des enfants a eu lieu avec en toile de fond un mouvement mondial durable contre le travail des enfants, impliquant une multiplicité d’acteurs et d’efforts à plusieurs niveaux.

Le rapport identifie un certain nombre d’actions qui se sont traduites par des progrès, dont l’engagement politique des gouvernements, le nombre croissant de ratifications de la convention n° 182 de l’OIT sur les pires formes de travail des enfants et la brusque montée en puissance de la convention n° 138 de l’OIT sur l’âge minimum d’admission à l’emploi, les deux principaux piliers juridiques sur lesquels appuyer la lutte mondiale contre le travail des enfants, de bons choix politiques, ainsi que des cadres législatifs solides.

Quels choix politiques ?

Les progrès significatifs réalisés démontrent que la stratégie mondiale mise en place dans les plans d’action de l’OIT, dont la Feuille de route de La Haye, semblent être corrects et produire des résultats en termes de direction politique stratégique. L’intégration de l’action menée dans la législation et son application, l’éducation, la protection sociale et la promotion des possibilités de travail décent aux niveaux national et communautaire semblent être une formule à succès.

Le soutien à l’action directe sur le terrain avec l’élaboration de politiques en amont, leur mise en œuvre et leur suivi, demeure une priorité élevée pour les gouvernements et les organisations de travailleurs et d’employeurs, ainsi que pour les donateurs et les autres partenaires qui la soutiennent.
L’année 2016 menacée

La question essentielle lorsque l’on regarde l’avenir est de savoir si nous allons suffisamment vite et si nous ciblons ce qui est le plus nécessaire et le plus efficace. Il est clair que la date de 2016 visée pour l’abolition des pires formes de travail des enfants ne sera pas atteinte.

Nous avons tiré la sonnette d’alarme dans les précédents rapports globaux contre le danger d’autosatisfaction et ces résultats apportent une nouvelle crédibilité à ces avertissements. Bien qu’il y ait eu des progrès significatifs, mettre fin au fléau du travail des enfants dans un avenir prévisible va exiger une accélération importante des efforts déployés à tous les niveaux. Il y a 168 millions de bonnes raisons de le faire.
Quelles actions ?

L’expérience du passé et les données factuelles provenant de la recherche mettent en lumière le besoin particulier de continuer à renforcer l’action dans les quatre grands domaines politiques, à savoir : législation et mécanismes d’application concernant l’âge minimum et les travaux interdits aux enfants ; éducation et développement des capacités accessibles, pertinents et utiles ; socle de protection sociale, et possibilités accrues de travail décent pour les adolescents au-dessus de l’âge minimum et leurs parents.

Le rapport identifie également le besoin de renforcer les actions de réponse au travail des enfants fondées sur l’âge et le genre, une attention continue sur l’Afrique, une attention continue sur l’agriculture et une nouvelle attention sur l’industrie manufacturière et les services dans l’économie informelle, ainsi que le renforcement des actions nationales de suivi et d’évaluation de l’impact des politiques et actions adoptées en matière de travail des enfants. Nous devons tous continuer à apprendre de l’expérience, ainsi qu’être innovants et audacieux dans la lutte contre les racines du travail des enfants.


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