Monde

L’Espagne poursuit sa rigueur

Un plan d’austérité de 150 milliards d’économies

Céline Tabou / 21 décembre 2012

Les députés espagnols ont voté le 20 décembre le budget 2013 du pays, basé sur « une austérité sans précédent » et des coupes budgétaires de près de 39 milliards d’euros. En réponse à ce vote, le mouvement des indignés a défilé au côté d’un « cortège funèbre » afin de dénoncer « le budget de la faim et de la misère ».

Ce plan d’austérité dicté à l’Espagne par l’Union européenne prévoit 150 milliards d’euros d’économies jusqu’en 2014, afin de réduire un déficit public qui a dérapé jusqu’à 9,4% du PIB en 2011.

Aggravation de la crise sociale

Avec un taux de chômage de plus de 25%, une pauvreté croissante, des manifestations quotidiennes, le budget adopté est destiné à redresser les comptes publics du pays, considéré comme la quatrième économie de la zone euro. En pleine crise depuis 2008 et l’éclatement de la bulle immobilière, de nombreux plans de rigueur ont été mis en place pour redresser le pays, mais cette politique de la rigueur est de plus en plus contestée par les économistes, qui y voit un frein à la reprise économique et lourde de conséquences sur le long terme.

L’ensemble des organisations humanitaires tire la sonnette d’alarme sur les 12,7 millions de personnes, en danger de pauvreté dans un pays de 47 millions d’habitants. Selon une étude réalisée par l’Union européenne, ce chiffre pourrait atteindre 18 millions, soit près de 40% de la population, dans dix ans. Pour l’organisation Oxfam, « si les politiques d’austérité et les coupes sociales ne sont pas corrigées » .

Le chef du gouvernement de droite, Mariano Rajoy a déclaré à la presse que « 2012 a été l’année la plus difficile qu’il nous ait été donné de vivre » , ce dernier a prévenu que « 2013 sera une année difficile, mais sera l’année de la stabilisation de notre économie » . En dépit de l’optimisme du chef de l’État, son gouvernement s’attend à un recul du PIB de 0,5% en 2013, après 1,5% cette année, de son côté, l’OCDE prédit une contraction de l’économie beaucoup plus nette, de 1,4% en 2013.

Une tension pesante

Le budget voté est qualifié d’ « antisocial » par l’opposition socialiste, car celui-ci multiplie les coupes budgétaires afin de récupérer 39 milliards d’euros. Parmi ces économies, la baisse de 6,3% des prestations chômage, la hausse de la TVA, pour 15 milliards d’euros, la réduction des budgets des ministères de 8,9% (industrie : -21,3% ; agriculture : -25,4% ; éducation, culture et sports : -17,2%) et entre autres, la revalorisation des retraites.

Dans un tel contexte, l’organisation catholique Caritas s’est inquiétée jeudi de la réduction de l’aide au développement de « 45% par rapport au budget 2012 » . « Une réduction dramatique qui met en danger le système de coopération internationale actuel » , a affirmé Caritas.

Des centaines de personnes ont défilé jeudi 20 dans la soirée, lors d’une « marche funèbre » pour dénoncer ce budget d’une rigueur historique. « Je suis indignée par la fraude qu’ils sont en train de commettre dans le secteur de la santé, et que sont en train de faire avec la justice, l’éducation et les salaires. Pour moi, ce n’est pas une crise, c’est une tromperie pour nous enlever les droits que nous avons gagnés » , a dénoncé Ana Hernandez, une fonctionnaire de 53 ans, à l’Agence France Presse.

Céline Tabou


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