Monde

L’Espagne renflouée, 4ème pays du « groupe de la dette »

Une rustine de 100 milliards d’euros

Céline Tabou / 12 juin 2012

Après la Grèce, l’Irlande et le Portugal, les banques espagnoles devraient recevoir une enveloppe de 100 milliards d’euros pour être recapitalisée. Celles-ci n’auront aucunes conditions d’austérité budgétaire, mais la troïka supervisera l’aide financière et obligera l’état à se soumettre à leur expertise.

Le commissaire européen à la Concurrence, Joaquin Almunia, et le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, ont déclaré lundi 11 juin qu’une « troïka » composée du Fonds monétaire international (FMI), de la Commission européenne (CE) et de la Banque centrale européenne (BCE) contrôlera et surveillera la restructuration du secteur bancaire de l’Espagne.

Il y a «  évidemment des conditions  »

L’annonce de la présence de la troïka, fait penser au cas grec, qui a vu sa souveraineté remise en cause, notamment sa politique économique. Toutefois, à la différence de la Grèce, de nouvelles rigueurs sociales devraient être évitées. Le vice-président de la Commission européenne Joaquin Almunia a expliqué qu’en échange de l’aide apportée au secteur bancaire, il y aura « évidemment des conditions ». « Le FMI ne finance pas et ne co-finance pas (...) mais le FMI est associé aux travaux de suivi de tout ce qui va suivre. Et il sera aussi dans la Troika », a expliqué Joaquin Almunia. « Ils viennent vérifier que l’argent donné par les citoyens espagnols et les autres citoyens européens est bien utilisé », a-t-il ajouté.
Interrogé à Bruxelles, le porte-parole du commissaire européen aux Affaires économiques, Amadeu Altafaj, n’a pas souhaité parlé de troïka mais plutôt de « quartette » comprenant la Commission européenne, la BCE, le FMI et l’EBA (autorité bancaire européenne).
En contrepartie de la réduction du déficit espagnol à 5,3% auquel s’est engagé Madrid, il ne devrait pas y avoir « de conditions supplémentaires en terme d’austérité comme on pourrait le penser ni en termes de réformas économique parce que c’est déjà en cours et cela est suivi évidemment par l’Europe », a indiqué ce dernier.

La France, fragilisée

Le renflouement du secteur bancaire espagnol aura des conséquences pour la zone euro, toutefois, d’après les économistes, celle-ci devrait pouvoir absorber la facture espagnole. Aujourd’hui, le montant global des aides apportées aux quatre États — Grèce, Irlande, Portugal et Espagne — s’élève à quelque 500 milliards d’euros, somme pour l’instant gérable par les fonds d’aide en place. En effet, deux organismes ont été créés pour pallier aux difficultés : le Fonds européen de stabilité financière (FESF), mis en place en urgence au printemps 2010 et provisoire, et le Mécanisme européen de stabilité (MES), qui doit entrer en fonction le 1er juillet, destiné à être permanent.
Le FESF peut soutenir jusqu’à 440 milliards d’euros les Etats en difficultés et le MES peut prêter jusqu’à 500 milliards d’euros. « Les caisses sont encore bien pleines », a indiqué à l’Agence France Presse, Holger Schmieding, économiste de la banque Berenberg, et « rien ne change pour les finances actuelles des Etats membres ». En effet, l’Allemagne et la France sont les deux principaux contributeurs de ces organismes. D’où l’inquiétude.
L’Allemagne paye 27% des garanties totales du MES, et la France environ 20%. Ces contributions mettent en avant l’exposition des deux pays, qui ont une économie nationale forte mais très exposée. La semaine dernière, la France a emprunté 7,836 milliards d’euros sur les marchés avec des taux d’intérêt en baisse, à 2,46% sur dix ans, contre 2,96% le 3 mai.
Cette possibilité d’emprunt à bas coût est propice pour la France, mais une trop forte exposition sur les marchés pourrait par la suite augmenter son taux d’emprunt à court et long terme, et creuser un peu plus le montant de la dette et indéniablement toucher les contribuables.

Céline Tabou


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