Monde

L’homme fort de la contestation inculpé

Thaïlande

Céline Tabou / 14 décembre 2013

Le chef de l’opposition et du parti démocrate, l’ex-Premier ministre thaïlandais Abhisit Vejjajiva, a été inculpé de meurtre jeudi 12 décembre. Une affaire en cours depuis 2010, qui renvoie la Thaïlande à la dernière crise de son histoire.

En pleine tension politique, la mise en examen d’Abhisit Vejjajiva pour la répression de manifestations en 2010 était prévue de longue date dans l’agenda judiciaire. Il est accusé pour « son rôle présumé dans cette répression sanglante », qui avait fait plus de 90 morts et 1.900 blessés.

2010 : année sombre

Cette année-là, près de 100.000 « chemises rouges » fidèles à l’ex-Premier ministre Thaksin Shinawatra avaient occupé le centre de Bangkok pour réclamer la démission du gouvernement d’Abhisit Vejjajiva. Les manifestants ont été délogés par un assaut de l’armée, faisant près de 90 morts et des milliers de blessés. D’après les observateurs, ces évènements ont traumatisé les Thaïlandais et expliquent que « les forts antagonismes politiques divisent toujours le pays aujourd’hui », a indiqué l’Agence France Presse.

Trois ans plus tard, la confrontation est la même, avec les mêmes tendances qui s’affrontent aujourd’hui, sauf que les partisans du gouvernement démocrate de l’époque sont désormais dans la rue pour réclamer la chute du gouvernement de Yingluck Shinawatra. Cette dernière est la sœur cadette de Thaksin Shinawatra, soutenue par les « chemises rouges », et aujourd’hui au pouvoir.

Thaksin Shinawatra, ancien Premier ministre, renversé par un coup d’État en 2006, est en exil, mais reste très présent sur la scène politique du royaume. L’opposition l’accuse de continuer à gouverner le pays à travers sa sœur. Les pro-Thaksin et les anti composés de la bourgeoisie de Bangkok, proches du Parti démocrate et des ultra-royalistes, étaient devant le tribunal criant « Assassin » contre Abhisit Vejjajiva.

De son côté, le meneur des manifestations actuelles, Suthep Thaugsuban, ex-vice-Premier ministre en 2010, ne s’est pas présenté au tribunal, bien que soupçonné d’avoir autorisé les forces de l’ordre à tirer à balles réelles en 2010. Selon les observateurs, la mise en examen d’Abhisit Vejjajiva pourrait relancer la contestation, car des milliers de manifestants restent mobilisés à Bangkok.

Le siège du gouvernement est la principale cible des manifestants, qui sont restés par milliers devant les bâtiments, coupant l’eau et l’électricité, selon la police. Le Premier ministre a délocalisé ses bureaux dans d’autres lieux, et s’est rendu jeudi 12 décembre dans son fief familial de Chiang Mai, dans le Nord de la Thaïlande.

Accusé d’insurrection et d’occupation du Ministère des Finances, Suthep Thaugsuba continue sa « révolution ». Ce dernier a refusé l’organisation de nouvelles élections législatives, fixées à début février après la dissolution du Parlement lundi 9 décembre. Il veut un « Conseil du peuple » , non élu, qui ne présage pas de politique démocratique. Cependant, le Parti démocrate n’a pas gagné d’élections nationales depuis vingt ans, et ses trois seules années au pouvoir, entre 2008 et 2011, ont été possibles suite à une décision de justice chassant le Premier ministre pro-Thaksin et dissolvant son parti.

Céline Tabou


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